3 min de lecture Élections municipales

Municipales 2020 : tiraillé entre deux stratégies, pourquoi EELV joue gros

DÉCRYPTAGE - EELV compte bien peser sur les élections municipales, après la surprise du scrutin des européennes. Mais quelle stratégie adopter ? Devenir leader de la gauche face à LFI et le PS ou élargir sa base électorale ?

Yannick Jadot, eurodéputé écologiste, le 22 juin 2019
Yannick Jadot, eurodéputé écologiste, le 22 juin 2019 Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Incarner "la vraie alternative" au Rassemblement national. Voici tout l'enjeu pour les écologistes à une semaine du premier tour des élections municipales. Avec cette stratégie, Yannick Jadot souhaite consolider sa poussée lors des élections européennes de mai 2019, en tablant sur les alliances de l'entre-deux-tours. 

Dans les colonnes du Journal du Dimanche, le député européen a notamment évoqué Strasbourg, Besançon et Rouen parmi les villes prenables par les écologistes. EELV serait aussi en bonne place à Villeurbanne, Lyon et Nîmes  "Aujourd'hui, nous avons un pays abîmé, en situation de burn-out démocratique et social", affirme-t-il, estimant que "la déliquescence du macronisme est devenue le marchepied de l'extrême droite" et que "la verticalité arrogante et technocratique du pouvoir affaisse notre démocratie". 

Prochaine étape : "Rassembler les progressistes et les humanistes", notamment à gauche. Mais "nous devons aussi accueillir celles et ceux, d'où qu'ils viennent" qui "défendent la justice sociale, la République et l'Europe", car "certains ont cru à la bienveillance du macronisme, et ils en sont aujourd'hui déçus", explique Yannick Jadot. 

Fédérer à gauche ? Élargir sa base ?

Mais Daniel Cohn-Bendit, lui, reproche aux Verts leur "entre-soi". Dans Le Parisien, l'ancien eurodéputé vert met en garde EELV, un parti qui "a conservé les mêmes structures et le même fonctionnement qui étaient déjà les siens il y a dix ans". Soutien d'Emmanuel Macron, il va plus loin en dénonçant "un petit cercle idéologiquement très refermé et pas toujours à la hauteur du défi politique du moment".

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Selon Daniel Cohn-Bendit, "si la base d’EELV s’élargit, sa ligne politique s’ouvrira, ses capacités d’alliance se renforceront et le parti sera alors en position de gouverner". Une vraie leçon de stratégie politique donnée par l'ancien eurodéputé. Pour lui, EELV doit empiéter sur le terrain de la France insoumise et du Parti socialiste. Pour cela, le parti dirigé par Yannick Jadot doit miser sur "une écologie de gouvernement". "Si le parti continue de défendre une écologie doctrinaire, comme la fin immédiate du glyphosate ou une hausse massive de la taxe carbone, on verra de nouveaux 'gilets jaunes' dans les rues ou des agriculteurs en colère". 

Autre point : "Il faut aussi que les Verts acceptent des compromis politiques susceptibles d’entraîner une majorité de Français. Or, ce ne sont pas des coalitions avec la gauche qui le permettront".

Ligne Bayou contre ligne Jadot ?

Même si Yannick Jadot est "un leader capable de dépasser l’enfermement idéologique du parti lui-même", Daniel Cohn-Bendit met en garde contre Julien Bayou, le secrétaire national EELV. "Les cadres du parti, avec Julien Bayou à sa tête, restent dans une tradition de gauche toute qui les empêchera d’accéder au pouvoir", déclare-t-il. 

En réponse à l'ancien eurodéputé vert, Julien Bayou estime au contraire qu'EELV "a adopté une ligne d'ouverture". Joint par RTL.fr, il ajoute : "Daniel Cohn-Bendit pense que parce qu'il discute avec Emmanuel Macron, il influe sur sa politique. Mais il s'égare. La promesse d'Emmanuel Macron est celle d'une brutalisation de la démocratie".

Le raisonnement établi par Daniel Cohn-Bendit fait écho aux résultats d'un sondage paru dans Le Journal du Dimanche. 65% des Français jugent les écologistes "capables d'améliorer la situation de leur commune en matière d'environnement" et 57% les considèrent "proches de leurs préoccupations". Mais ils sont aussi 61% à penser qu'ils "proposent des solutions peu réalistes" et 51% les trouvent "sectaires"

Le cas des municipales à Paris

Une stratégie qui s'annonce délicate à mettre en place pour les élections municipales. L'exemple de Paris incarne toute la problématique des écolos pour le scrutin à venir. De l'aveu de Yannick Jadot lui-même, "à Paris, les sondages sont un peu moins favorables" mais "la candidate socialiste ne se revendique pas socialiste, elle se revendique écologiste" et "c'est déjà une demi-victoire". Mais cet argument ne devrait pas être suffisant à la table des négociations.

Le premier débat télévisé entre les 7 principaux candidats "a donné quelques indications et penchants", souligne à l'AFP, le président de la plateforme de campagne d'Anne Hidalgo ("Paris en Commun"), Jean-Louis Missika, dans une allusion à David Belliard et Cédric Villani. "Les négociations n'ont "pas commencé avec l'équipe d'Anne Hidalgo", nuance toutefois auprès de la directrice de campagne de David Belliard, Hélène Bracon. EELV garde en ligne de mire "la coalition climat", proposée par l'écologiste à tous les candidats de l'Insoumise Danielle Simonnet (qui l'a refusée), à Cédric Villani en passant par la maire sortante.  

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