4 min de lecture Jean-Luc Mélenchon

"Mélenchon est dans une forme de compétition avec Ruffin", selon Olivier Bost

ÉDITO - Avec la crise des "gilets jaunes", "les extrêmes se confondent parce qu'elles partagent une part de leur discours", explique Olivier Bost qui constate une "porosité nouvelle".

Alba Ventura L'Edito politique Alba Ventura
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"Mélenchon est dans une forme de compétition avec Ruffin", selon Olivier Bost Crédit Image : Alain JOCARD / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Olivier Bost
Olivier Bost
et Marie-Pierre Haddad

Jean-Luc Mélenchon a fait part dans un long texte de sa "fascination" pour Eric Drouet, l'un des porte-paroles auto-proclamés des "gilets jaunes", interpellés à nouveau hier près des Champs-Élysées. C'est inquiétant ? Pourquoi ?

Vous ne la voyez pas, cette fameuse jonction en train de s’opérer ? Quand les extrêmes se confondent parce qu'elles partagent une part de leur discours. Aujourd’hui, ce qui me stupéfait, c'est cette porosité nouvelle. L’extrême gauche qui trouve du charme à des complotistes, qui trouvent du charme à l’extrême droite, qui aiment quelques trublions, pas toujours très éloigné d'antisémite notoire.

C'est ça Jean-Luc Mélenchon qui admire Eric Drouet. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Voilà son raisonnement, le tout habillé d'une forme de romantisme pour la révolution et l'insurrection. À la fin, cela donne surtout une grande confusion idéologique. Ce n’est plus "prolétaires de tout pays, unissez-vous". 

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C’est : "Extrémistes de tout poil et infréquentables, allons renverser le régime". On a sous-estimé les propos de Jean-Luc Mélenchon quand il avait dit qu’il n’était pas la gauche que la gauche n’était pas son problème, comme le rappelait Benoît Hamon sur RTL.

À ce moment-là, le leader de la France insoumise est effectivement passé dans autre chose. Et ce sont, finalement, peut-être des "gilets jaunes" comme Eric Drouet, ces théoriciens du chaos, qui vont faire cette grande jonction. Façon mouvement 5 étoiles et la ligue en Italie. On a peut-être tord de s’appuyer trop sur notre histoire pour se dire que ça ne peut pas se produire en France.

Une partie des "gilets jaunes" qui ne représentent absolument pas la diversité de ce mouvement n'en ont rien à faire des élections et de la démocratie. Jean-Luc Mélenchon qui voit Eric Drouet comme un héros des temps moderne n'est pas dans le long texte qu'il a écrit en désaccord avec tout ça.

En compétition avec François Ruffin ?

Mais il ne faut pas y voir aussi un peu de stratégie politique ? Si, bien sûr. Mais alors avant tout, une stratégie interne à la France insoumise. Une partie de l'entourage de Jean-Luc Mélenchon redoute que François Ruffin prenne le dessus. Et que le député de la Somme arrive à capter une part de l'énergie des "gilets jaunes".

Lui aussi a commis un écart. François Ruffin a loué avant Noël les vertus d'une autre référence des "gilets jaunes". Etienne Chouard, partisan du RIC (référendum d'initiative citoyenne). Eric Chouard, c'est aussi des amitiés pour la fachosphère, ses complotistes et ses antisémites.

François Ruffin est donc le premier a être allé très loin dans des louanges discutables. Le député de la France insoumise est aussi allé prés de l'Élysée, pour dire qu'Emmanuel Macron pourrait finir comme Kennedy. C'est toujours cette porosité nouvelle dont je vous parlais. Qu'importe les affinités des uns et des autres, il n'y a que l'objectif, celui d'un renversement du pouvoir, qui compte.

Jean-Luc Mélenchon s’était assagi, jusqu’à la défaite de 2017

Olivier Bost
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Jean-Luc Mélenchon est donc dans une forme de réponse, de compétition avec François Ruffin. C'est l'explication la plus rationnelle pour cette admiration pour le "gilet jaune" Eric Drouet. Mais Jean-Luc Mélenchon qui rêve du grand soir, ce n'est pas franchement nouveau ?

Ça reste ambigu. On va dire qu'il fait une rechute. À chaque fois, on oublie ses excès trop vite. Il y a eu le bruit, la fureur, le tumulte et le fracas en 2012 et promis juré, cette époque-là était terminée. Il était devenu re-fréquentable. Il s’était assagi, jusqu’à la défaite de 2017. Avant qu’on ne redécouvre Jean-Luc Mélenchon lors du moment surréaliste des perquisitions à la France insoumise l'an dernier.

Il n’y a alors pas que la justice qui a employé les grands moyens. Jean-Luc Melenchon en a fait des tonnes. Jusqu’à cette phrase qui restera comme l’une des phrases de l’année 2018 : "La république, c’est moi. Ma personne est sacrée !".

Cornériser et sous pression interne

Jean-Luc Mélenchon, toujours présenté comme profondément respectueux de la République, a un rapport parfois compliqué avec tout ça. Car le fond de sa pensée se voit dans ces moments de débordements. Elle est aussi dans le texte de louange au "gilet jaune" Eric Drouet. Jean-Luc Mélenchon aimerait renverser le système, rien de moins. Ses velléités insurrectionnelles sont plus ou moins virulentes. Mais elles reviennent, elles sont toujours là.

Donc Jean-Luc Melenchon est un insurrectionnel éternel ? Oui, à moins qu’il ne s’agisse de provocation pure et dure. On en revient au bruit et à la fureur, à une rechute. Jean-Luc Mélenchon est à la fois "cornérisé", sous pression interne et déboussolé. Il a abîmé durablement son image. Il surfe avec le populisme. Il n’a plus beaucoup de limites

Pourquoi ? Parce que l’histoire peut se terminer son leadership retomber. Que 2022, c’est une course lointaine et très incertaine pour lui. Jean-Luc Mélenchon ne veut pas quitter la scène. Il donne donc dans la provocation, sa meilleure arme, pour être encore là. Il n'en reste pas moins que par son comportement nous précipite certainement plus vite vers le populisme que vers la révolution et la différence est importante.

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