4 min de lecture Polémique

Manuel Valls - Dieudonné : retour sur un conflit politico-médiatique en 4 actes

RÉCIT - L'ex-premier ministre juge "insupportable" que l'humoriste controversé puisse continuer à "se produire" sur scène. Retour sur une relation plus que conflictuelle entre les deux hommes.

Dieudonné au Palais de Justice de Paris, le 28 janvier 2015 (archives).
Dieudonné au Palais de Justice de Paris, le 28 janvier 2015 (archives). Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Martin Planques
Martin Planques

Manuel Valls et Dieudonné n'ont pas fini de s'affronter. Le conflit politico-médiatique a repris de plus belle le 22 novembre dernier quand l'ancien premier ministre a réagi à la tenue d'un spectacle de l'humoriste controversé, à Marseille, devant près de 8.000 personnes.

"C'est insupportable qu'il puisse se produire, a déclaré le député de l'Essonne dans un discours au dîner annuel de Radio J. Heureusement, il y a des actions qui sont en cours mais il se produit. Et, en se produisant, il gagne de l'argent et il peut ainsi continuer à se produire." Pour Manuel Valls, c'est intolérable, Dieudonné "est antisémite et raciste et il a été condamné pour cela".

La haine entre les deux hommes remonte à plusieurs années avec en épilogue : la condamnation de Dieudonné M'Bala M'Bala à deux mois de prison avec sursis et 10.000 euros d'amende après des mois de bataille judiciaire. L'humoriste était poursuivi pour "provocation à la haine raciale" et "injure raciale" dans le cadre du spectacle, La Bête immonde. Les propos tenus par Dieudonné avait encouragé Manuel Valls a vouloir faire interdire les représentations.

Habitué des propos condamnables et condamnés, Dieudonné avait déjà écopé en 2015 de deux mois de prison avec sursis pour son message "Je me sens Charlie Coulibaly" diffusé après les attentats de Paris, en double référence à l'hebdomadaire satirique et à l'auteur de l'attaque contre l'Hyper Casher de la porte de Vincennes.

1. La circulaire "anti-Dieudonné" de Manuel Valls

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L'histoire du conflit opposant les deux hommes commence en 2014 lorsque Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, fait interdire en janvier le spectacle de l'humoriste. Le 6 janvier, Manuel Valls adresse aux préfets une circulaire dans laquelle il donne des instructions afin que les spectacles de Dieudonné soient interdits là où des risques de troubles à l'ordre public auront été constatés.

Sur le plan juridique, une jurisprudence sur la liberté de réunion entrave l'application de la circulaire de Valls. Il n'est pas permis stricto sensu d'interdire de façon préventive une manifestation artistique. La circulaire du ministère de l'intérieur s'est alors appuyé sur une autre jurisprudence du Conseil d'État qui avait, en 1995, validé l'interdiction d'un spectacle de lancer de nain en tant que représentation attentant à la dignité de la personne humaine, et par conséquent à l'ordre public. La mairie de Bordeaux est la première à annoncer qu'elle interdira à Dieudonné de se produire durant sa tournée.

Depuis de nombreuses villes (Grenoble, Orléans, Toulon, Avignon...) ont tenté de faire interdire, par arrêtés municipaux, la tenue des spectacles de Dieudonné. Mais l'humoriste, contrant toujours en faisant appel à la justice, a souvent réussi à faire casser les arrêtésDernière municipalité en date à en avoir fait les frais : Marseille. Le Conseil d'État a estimé lundi 20 novembre que la ville de Marseille avait eu tort d'annuler la location d'une salle de spectacle au polémiste Dieudonné, en jugeant que cette annulation représentait "une atteinte grave à la liberté d'expression".

2. Dieudonné condamné pour injures publiques

Le sulfureux comédien est un habitué des tribunaux. Notamment dans une affaire qui concernait les deux hommes et qui remonte à 2013, lorsque le polémiste avait qualifié le Premier ministre de "Mussolini moitié trisomique" dans une de ses vidéos. Dieudonné a été condamné à 3000 euros d'amende pour "injures publiques". En appel, les juges avaient infirmé un jugement de première instance qui avait relaxé l'humoriste, estimant que les termes utilisés n'entraient pas dans le cadre du texte de loi définissant l'injure publique. 

Concernant la plupart des autres propos poursuivis, le tribunal avait estimé qu'ils s'inscrivaient dans le cadre "d'une polémique politique" dans le contexte du débat sur l'interdiction de ses spectacles. Dieudonné avait notamment qualifié Manuel Valls "d'acteur de film porno" pour "la très mauvaise qualité de son jeu d'acteur", de "petit soldat israélien veule et docile" ou était comparé à des excréments devant "disparaître (...) dans l'eau des chiottes". À l'audience, l'avocate générale avait parlé "'attaques personnelles" contre Manuel Valls, et a estimé que l'humoriste avait dépassé "la limite autorisée" par sa profession.

3. La gifle bretonne et les élections législatives

Dieudonné s'était aussi dépêché de contacter le jeune Nolan Lapie quand ce dernier passait sur toutes les télévisions de France en janvier 2017 pour avoir giflé Manuel Valls en Bretagne. Après ce "fait d'arme", le jeune identitaire breton s'était déclaré fan de l'humoriste.

Il n'en a pas fallu plus pour que Dieudonné invite de façon régulière le jeune homme sur scène lors de ses tournées en province. Il était acclamé par les spectateurs pour sa gifle à Manuel Valls. Nolan Lapie a écopé de trois mois de prison et 105 heures de travaux d'intérêt général pour ce geste.

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Lamballe. Manuel Valls giflé Durée : |

L'humoriste a ensuite voulu défier Manuel Valls sur le terrain politique. En effet, il s'est présenté face sur une liste concurrente lors des élections législatives de 2017 en Essonne. Sur cette même liste se trouvait Nolan Lapie "Le Gifleur breton". Dieudonné s'est présenté en tant que suppléant du jeune breton. Ils avaient obtenu 3,84 % des suffrages tandis que Manuel Valls était arrivé en tête.

4. Clap de fin à la Main d'Or

La justice avait ordonné, le mercredi 8 novembre, l'expulsion de Dieudonné du théâtre parisien de la Main d'Or, demandée par les propriétaires de cette salle où il se produit depuis plus de 15 ans. Cette décision, qui confirme un jugement de septembre 2015, est exécutoire, et peut donc être appliquée immédiatement.  

L'avocate de Dieudonné, Isabelle Coutant-Peyre, a pour sa part indiqué à qu'elle envisageait un pourvoi en cassation. Mais celui-ci ne serait pas suspensif, et n'empêcherait donc pas une expulsion. "C'est un homme libre. Il fera ses réunions dans des bus", avait-t-elle déclaré. 

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