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Macron, Sarkozy, Le Pen... Une décennie politique entre communication et populisme

INVITÉS RTL - Communication politique, réseaux sociaux, populismes et la fin des partis politiques ont marqué les années 2009-2019. Retour sur ces événements avec Alain Duhamel, Pascal Perrineau et Benjamin Sportouch.

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Les Rétrospectives de l'Info du 31 décembre 2019 Crédit Image : AFP / Christophe Ena | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
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Vincent Parizot et Marie-Pierre Haddad

Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron... Certaines de leurs prises de parole ont marqué ces dernières années. La communication politique et les réseaux sociaux sont devenus des incontournables de cette dernière décennie.

Autre phénomène marquant : la montée des populismes. Marine Le Pen peut-elle s'allier à d'autres politiques en Europe ? Y-a-t-il une porosité de l'électorat entre celui de Rassemblement national et de la France insoumise dirigée par Jean-Luc Mélenchon. 

Et enfin, la période 2009-2019 aura été marquée par l'éclatement des partis politiques. En France, le clivage gauche-droite est désormais dépassé. Mais quels sont les nouveaux modes de clivages ? Alain Duhamel, Benjamin Sportouch et Pascal Perrineau reviennent sur une décennie riche en bouleversements.

L'hypercommunication, la stratégie de cette décennie ?

Le discours politique a évolué depuis 2009 : plus de slogan, de réseaux sociaux, des punchlines qui valent mieux qu'un long discours. C'est un fait l'hyper-communication en politique est à l'oeuvre en France et ailleurs dans le monde. "Le summum, c'est aux États-Unis avec Donald Trump depuis quelques années. C'est important de marquer les esprits par des phrases courtes qui impriment et qui deviennent des bandeaux sur des chaînes d'informations en continue, mais aussi sur les réseaux sociaux qui deviennent un lien direct entre le politique et les citoyens", explique Benjamin Sportouch, chef du service politique de RTL. 

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Mais il existe une contrepartie et un effet boomerang. "Ces politiques se retrouvent parfois avec des dérapages, des phrases construites trop vites et qui déclenchent des polémiques malgré eux", ajoute-t-il. 

Certains candidats se sont spécialisés dans la bataille sur les réseaux sociaux

Alain Duhamel
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Ce sont les réseaux sociaux qui font les grands mouvements politiques dans l'opinion ? Est-ce l'élément marquant de ces dix dernières années ? "Oui incontestablement. Ça c'est installé comme une sorte de vecteur parallèle de la vie politique classique. C'est un phénomène essentiel. Dans les conflits sociaux, cela joue un rôle presque dominant. Dans la bataille politique, ça joue un rôle qui n'est pas secondaire. D'autant plus que certains candidats se sont spécialisés dans la bataille sur les réseaux sociaux, analyse Alain Duhamel qui fait ainsi référence à l'élection présidentielle de 2017 avec Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron

Aujourd'hui, fait-on de la politique en 140 signes ? "Il y a un nouvel espace public où on a l'impression qu'il y a une forme de démocratie électronique, d'agora électronique qui s'est peu à peu structurée. C'est largement une illusion parce que les gens restent de plus en plus dans des niches : on communique et on échange avec les mêmes, avec ceux qui vous ressemblent le plus et ça vous renforce dans vos croyances mais aussi dans vos illusions", explique Pascal Perrineau, professeur à SciencesPo.

Sarkozy et Macron, experts du storytelling ?

Selon Alain Duhamel, "ce qui est frappant, c'est l'évolution du langage des hommes politiques depuis la mise en place des réseaux sociaux. La dégringolade du langage politique est spectaculaire et elle est aussi professionnelle. S'il y a cette évolution, c'est parce que le rôle des conseillers en communication a évolué. On forme des hommes politiques à être inférieurs à ce qu'ils sont dans leurs expressions et on réduit l'espace politique à sa caricature". 

Nicolas Sarkozy est-il à l'origine de ce tournant avec la stratégie du "storytelling" ? "Des présidents en France ont essayé d'avoir cette histoire à raconter. Nicolas Sarkozy l'a fait. Il y a cet échec avec François Hollande. Et maintenant, c'est le retour de l'épopée avec Emmanuel Macron : cet homme venu de nulle part qui essaye de construire une histoire", explique Benjamin Sportouch.

L'ascension fulgurante des populistes

La montée du ou des populismes est l'autre sujet central de cette dernière décennie. "Marine Le Pen a connu une ascension assez fulgurante, au point de se retrouver un score conséquent en 2017 (34% des voix, ndlr). Pourtant, la présidente du Rassemblement national a échoué à constituer une alliance populiste en Europe. Chacun a ses critères d'exercice", explique Benjamin Sportouch. 

Le populisme est-il lié à l'éclatement des partis populistes et cette communication en 140 signes ? "C'est lié à ça mais aussi à la montée des nationalismes. C'est lié à la crise économique de 2008 qui a traversé la décennie qui s'achève. La montée du populisme a succédé à un grand espoir, la chute du mur de Berlin et une nouvelle espérance, l'installation du libéralisme", rappelle Alain Duhamel.

Et la France n'y échappe pas. "Elle a montré la voie. Quand le FN perce dans les années 80, nous sommes à l'avant-garde d'un mouvement. La France et l'Autriche ont été les deux premiers pays à connaître des courants populistes. Ce sont des formes d'actions politiques en phase avec le nationalisme", ajoute Pascal Perrineau.

Tous ces populismes dont on parle ont une base électorale populaire énorme.

Pascal Perrineau
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Se pose la question de l'alliance des populismes de gauche et de droite avec l'exemple italien. "En France, on voit bien que Jean-Luc Mélenchon est en train clairement de s'adresser aux électeurs de Marine Le Pen. Mais lui tendre la main, c'est pas encore une option envisagée", souligne Benjamin Sportouch. 

Selon Alain Duhamel, il est important d'observer leur électorat. "On voit bien qu'il y a l'électorat de la droite modérée qui est prête à voter Marine Le Pen. Mais on le voit aussi dans l'électorat de Jean-Luc Mélenchon. Il y a une partie du vote d'extrême gauche qui est prête à voter pour l'extrême droite. L'élection présidentielle est devenue depuis des décennies une élection de rejet et non pas de projet. Le rejet favorise le rapprochement entre les extrémismes, leurs électeurs et leurs dirigeants", analyse-t-il. 

"Tous ces populismes dont on parle ont une base électorale populaire énorme. Il faut savoir qu'aujourd'hui, on le voit aux européennes, c'est un ouvrier sur deux qui est allé voter qui a choisi de voter pour la liste du RN. Ces forces populistes ont rencontré les catégories populaires", explique Pascal Perrineau.

L'éclatement des partis politiques

L'éclatement des partis politiques traditionnels est un phénomène nouveau. L'UMP et le Parti socialiste se partagent l'échiquier politique et le reste des partis politiques se partagent les miettes. "L'arrivée d’Emmanuel Macron a tout bouleversé. C'est aussi ce que voulait faire François Bayrou, mais il a échoué. En France, beaucoup de choses sont constituées autour des partis, c'est l'article 4 de la Constitution. Certes les partis sont terminés, mais les clivages perdurent", explique Benjamin Sportouch. 

"Aujourd'hui, ce clivage n'a pas disparu, il s'est estompé et il est distancé par d'autres clivages plus profonds", selon Alain Duhamel. Constat partagé par Pascal Perrineau. Alain Duhamel ajoute qu'"il y a deux mouvements contradictoires. D'un côté, il y a la dissolution et le naufrage des partis politiques classiques et simultanément, il y a la formation de solidarité politique".

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