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LR et FN, entre ligne rouge infranchissable et flirt idéologique

DÉCRYPTAGE - La question d'une alliance avec le Front national est devenue l'éternelle bombe à désamorcer pour la droite. Des glissements sont opérés au sein même du parti. Retour sur un dilemme idéologique qui dure depuis de nombreuses années.

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez
Le président des Républicains, Laurent Wauquiez Crédit : AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

La droite n'a jamais autant été confrontée à ses démons. La question de la stratégie à adopter vis-à-vis du Front national est centrale au sein des Républicains : faut-il franchir le Rubicon ? La ligne officielle rabâchée par Laurent Wauquiez est ferme : invité au Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI en octobre 2017, le président des Républicains affirmait qu'il n'y aura "aucune alliance avec le FN, c'est non-négociable". 

L'objectif de Laurent Wauquiez est bien différent avec le parti de Marine Le Pen : siphonner son électorat, sans en faire un allié politique. Mais du côté du Front national, on pousse pour un rapprochement avec Les Républicains. 

Un mois après la mise au claire du chef de la droite, la présidente du parti frontiste brouillait les pistes : "Quand j'entends le discours de monsieur Wauquiez aujourd'hui, je me dis s'il est sincère, compte-tenu des propos qu'il tient, il devrait aller jusqu'à proposer une alliance politique, tout cela se discute". Les Républicains semblent donc tiraillés entre la ligne officielle et le chant des sirènes lancé par le Front national. Petits pas, après petits pas, certains semblent se laisser tenter par une alliance avec le parti fondé par Jean-Marie Le Pen. 

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Thierry Mariani, électron libre assumé

Le cas de Thierry Mariani pourrait bien faire jurisprudence au sein des Républicains. L'ancien ministre sarkozyste posait la question dans Le Journal du Dimanche : "Le Front national a évolué. Regardons si un accord ou un rapprochement sont possibles. Parce que si on veut des alliés, ils seront forcément de ce côté-là si on veut appliquer un programme de droite".

Au sein des Républicains, ces propos n'ont pas entraîné l'exclusion de l'ancien ministre sarkozyste. "Tout le monde a le droit de tout dire, heureusement", assurait Guillaume Peltier, le vice-président des Républicains sur Public Sénat. Même discours, chez Laurence Sailliet, porte-parole du parti : "Thierry Mariani a exprimé un point de vue, totalement isolé, mais nous ne bloquons pas l'expression d'idées au sein de notre famille politique"

Pourtant, lors des élections législatives, le discours était différent. À l'antenne de RTL le 3 mai 2015, François Baroin affirmait que "tous ceux qui se rapprochent du Front national seront exclus, pour la présidentielle et pour les législatives".

Un discours sur le fil

Repousser un peu plus la ligne rouge. C'est ce que semble faire Thierry Mariani. Selon Le Parisien, le membre des Républicains pourrait être sur la liste Front national pour les élections européennes de 2019. "Déconne pas Thierry", a lâché Gérald Darmanin en faisant référence à la chanson de Renaud. "C'est un grand républicain. Je crois que l'opposition des Républicains doit être digne. Elle l'est pour la plupart de ses membres", a-t-il ajouté lors du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI.

La petite musique du rapprochement avec le Front national commencerait à prendre au sein des Républicains. Le secrétaire général délégué du parti, Geoffroy Didier, a déclaré sur CNews, "si le FN dit quelque chose qui est convenable, nous n'hésiterons pas à dire la même chose". 

Et de contrebalancer en ajoutant : "Nous n'avons pas le même ADN que le Front national. le Front national est sur une tradition d'exclusion et de repli nationaliste avec un programme économique et social socialiste. Nous sommes tout le contraire, nous sommes de tradition gaulliste. Nous n'avons absolument pas envie de nous allier avec les boutiquiers du FN". 

Les Républicains sclérosés par le "ni-ni"

Les convergences entre les idées du Front national et des Républicains remontent à 2007. Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a mené une chasse électorale sur les terres frontistes. Dans son livre Chroniques de l'ancien monde, quand la droite s'est perdueGérald Darmanin, ancien membre des Républicains, aujourd'hui ministre de l'Action et des Comptes publics au sein de la présidence d'Emmanuel Macron, écrit : "Nicolas Sarkozy se décida à prendre le taureau par les cornes. Il constata que la plupart des thèmes du Front national étaient souvent des thèmes abandonnés par la politique gouvernementale devant le tribunal du politiquement correct". 

Et d'ajouter : "Et en refusant toute alliance avec le parti de la famille Le Pen, il fit reprendre par la droite française, par ses propositions, une posture plus capable de faire entendre aux électeurs du FN qu'il était plus efficace de revenir au bercail de la droite de gouvernement". 

Pendant de nombreuses années, la droite aura appliqué la stratégie du "ni-ni" lors des élections. Elle avait été la seule consigne de vote pour les élections régionales de 2015. Mais elle avait été stoppée d'un coup net par Nicolas Sarkozy en octobre 2016. Voulant éviter un second tour entre François Hollande et Marine Le Pen lors de l'élection présidentielle, l'ancien président de la République avait affirmé sur BFMTV : "Je n'ai jamais voté pour le FN et je n'ai pas l'intention de le faire. Il y a une barrière infranchissable. Pour eux, l'immigration c'est un problème de principe, pour moi c'est un problème de nombre. Ce n'est pas tout à fait la même chose". 

Une question centrale à droite

Ce choix cornélien n'est pas une nouveauté pour la droite. En 1983, l'ancêtre des Républicains, le RPR et le Front national avaient fusionné leur liste lors de l'entre-deux-tour de l'élection municipale partielle de Dreux. Le candidat du RPR avait ainsi été élu. Plus récemment, cette année, Marine Le Pen a appelé à voter pour le candidat Les Républicains pour l'élection législative partielle de Mayotte.

Au lendemain des résultats du premier tour de l'élection présidentielle, la droite a appelé à voter contre Marine Le Pen, mais sans pour autant encourager ses électeurs à voter pour Emmanuel Macron. Pour certains membres des Républicains, la ligne rouge aura été franchie à cet instant. 

Désormais, le constat est différent selon Gérald Darmanin, devenu symbole de la macronie. "Le trou est béant. Certes le Front national n'est pas en forme, mais le pire est à nos portes : une droite extrême qui laisse ses dirigeants politiques se confondre avec la radicalité du Front national". Reste à savoir si, au delà des déclarations politiques, d'autres barrières pourraient tomber entre Les Républicains et le Front national.

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2018-04-03 07:43:00
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