3 min de lecture Réforme territoriale

"Les capitales régionales ne sont que la partie émergée de l'iceberg territorial", dit Alba Ventura

REPLAY / ÉDITO - Lille-Amiens, Rouen-Caen, Toulouse-Montpellier... Ce pourrait être des derbys de foot. En réalité, ces villes s'affrontent pour devenir capitales de régions. Ce n'est pas gagné d'avance.

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"Les capitales régionales ne sont que la partie émergée de l'iceberg territorial", dit Alba Ventura Crédit Image : Alba Ventura | Crédit Média : RTL | Date :
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Alba Ventura Journaliste RTL

On connaît désormais la date des élections régionales : elles auront lieu les 6 et 13 décembre 2015. La question que l'on se pose désormais, c'est : quelles seront les nouvelles capitales de région ? Le casse-tête continue.

En tout cas, ça défile en ce moment dans le bureau du ministre de l'Intérieur. Mardi 14 avril, il recevait les Picards. Que va devenir Amiens si Lille devient la capitale régionale ? Il n'est pas question pour les Picards de se retrouver sur la touche.

Et en Normandie, alors ? Où seront les élus du conseil régional, à Rouen ou à Caen ? Le grand diplomate est à la manœuvre. Le Grand-Quevilly, fief de Laurent Fabius, est tout proche de Rouen. On est aussi dans des jeux politiques dans cette affaire.

Difficile de contenter tout le monde

En réalité, c'est assez cruel, mais compte tenu de l'étendue des nouvelles régions, il n'y aura pas photo. Entre Amiens et Lille, il n'y aura pas photo. Entre Lyon et Clermont-Ferrand, il n'y aura pas photo. Certaines grandes villes ne peuvent pas prétendre à un rôle de leader lorsqu'il y a une grosse métropole.

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Mais qu'en est-il quand il y a deux grosses métropoles ? C'est le cas de Toulouse et Montpellier dans la grande région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Là sans doute, c'est la plus grosse des deux, celle qui a le poids économique le plus puissant, qui devrait l'emporter, c'est-à-dire Toulouse. Mais il faudra donner quelque chose en échange aux Montpelliérains. C'est là que ça se complique !

On voulait un pouvoir décentralisé, on va l'avoir !

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On comprend que cela ne va pas être facile de contenter tout le monde. Vous avez aimé le millefeuille territorial ? Vous allez adorer l'étouffe-belle-mère de la réorganisation régionale ! Dans chaque région, il va donc y avoir une capitale régionale. Mais il va falloir installer une nouvelle préfecture de région. Cela va faire partie du "deal" entre les villes qui seront choisies pour être le symbole de la région et celles qui ne veulent pas se retrouver à faire de la figuration.

Par exemple, si Rouen obtient la capitale, Caen voudra obtenir la préfecture. Vous voyez d'ici le mic-mac. Attendez, ce n'est pas fini ! Il va falloir revoir la carte des préfectures, mais aussi la carte des sous-préfectures (sans doute certaines vont passer à la trappe). Il faudra aussi revoir également les directions régionales de l'État : directions de l'aménagement du territoire, rectorats, agences régionales de santé, etc.

Dans l'immense région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente, par exemple. On a bien compris que Bordeaux sera la capitale, très bien. Mais Poitou-Charentes revendique la direction régionale de l'Éducation et de l'Environnement. Le Limousin, lui, entend bien obtenir la direction régionale de l'Agriculture. On voulait un pouvoir décentralisé, on va l'avoir !

Comme ces régions vont être très grandes, il faudra également installer des "maisons de l'État" dans les territoires les plus reculés. Si vous habitez dans le Béarn, cela ne va pas être simple d'aller chercher votre permis de conduire à Limoges ou à Poitiers.

Un projet titanesque

On ne vous parle même pas des emplois des agents territoriaux et des personnels des préfectures. C'est d'ailleurs le point le plus important. La moitié des préfets de région vont être sur le carreau. Il va falloir recaser des milliers de gens. Les capitales régionales ne sont finalement que la partie émergée de l'iceberg.

Au départ, le but de cette réforme c'était de faire des économies et de simplifier. On comprend aujourd'hui que, tant du côté des économies que de la simplification, ça prendra des années. Tellement le projet est titanesque, tellement il va falloir consacrer d'énergie à cette réforme qui a été "pondue" en trois mois sur un coin de table.

C'est bien joli le découpage, mais il faut d'abord réfléchir à ce qu'on met dedans !

Alba Ventura
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C'est ça le problème : refondre la carte territoriale, ça prend du temps. C'est du long terme. Cela ne s'improvise pas. Vous vous rendez compte qu'en quelques mois, un habitant de la Marne s'est d'abord retrouvé avec une façade maritime côté Picardie, avant finalement de découvrir qu'il avait une frontière avec l'Allemagne avec la nouvelle région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne.

Ça peut faire sourire, mais cela montre surtout le degré d'impréparation. C'est bien joli le découpage, mais il faut d'abord réfléchir à ce qu'on met dedans !

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