4 min de lecture Présidentielle 2017

La crise en Guyane fait son entrée dans le débat présidentiel

La grève générale illimitée entamée lundi 27 mars dans le département d'outre-mer inspire les candidats à l'élection présidentielle, tandis que le gouvernement dénonce une "intolérable instrumentalisation politique".

Les Guyanais avait entamé une grève générale illimitée lundi 27 mars 2017
Les Guyanais avait entamé une grève générale illimitée lundi 27 mars 2017 Crédit : Jody Amiet / AFP
Léa Stassinet
Léa Stassinet

Il n'aura fallu que quelques heures pour que les candidats à la présidentielle se saisissent du sujet. Dimanche 26 mars, le gouvernement a dénoncé "l'instrumentalisation à des fins électoralistes" de la "crise sociale" que traverse la Guyane. "L'invective, l'outrance et l'approximation dont ils ont fait preuve contribuent à attiser les désordres qui perturbent la vie de nos concitoyens guyanais", ont déclaré dans un communiqué commun le ministre de l'Intérieur Matthias Fekl et Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer. 

Critiques du gouvernement, solutions à apporter pour résoudre le conflit, chaque candidat à l'élection a son mot à dire sur le mouvement social qui touche le département français. Le lundi 27 mars a sonné le début d'une "grève générale illimitée", le principal syndicat local réclamant plus de moyens pour lutter contre l'insécurité, mais aussi des investissements dans le secteur de la santé et de l'éducation

La question sera peut-être abordée lors du débat entre les 11 candidats à la présidentielle, prévu le 4 avril prochain, et diffusé sur CNews et BFMTV, mais en attendant, chacun égraine ses propositions. Après le vrai-faux lapsus d'Emmanuel Macron, qui parlait de la Guyane comme d'une île, avant de se justifier en expliquant qu'il faisait référence à l'île de Cayenne, le candidat d'"En Marche !" a dit "entendre la colère des Guyanais". Dans une vidéo publiée sur son compte TwitterEmmanuel Macron veut mettre en place s'il est élu "une présence 24 heures sur 24 de la police aux frontières ainsi qu'un nouveau peloton de gendarmerie. Il promet également une relance économique et sanitaire, le candidat veut s'engager sur "un pacte d'avenir". 

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Pour Marine Le Pen, "il est grand temps de remettre de l'ordre" dans le département, comme elle l'a déclaré dimanche lors de son meeting lillois. "Si je n'excuse pas les blocages de ces collectifs citoyens, honnêtement je les comprends", a expliqué la présidente du Front national. Si elle est élue présidente, Marine Le Pen compte nommer  "un ministre d'État d'Outre-mer et de la Mer qui, en Guyane, s'attellera à la lutte contre l'immigration" notamment clandestine qui, selon elle, "est la cause d'une insécurité gravissime". Ce nouveau ministre devra également œuvrer au "développement économique au travers d'un véritable plan de désenclavement des différentes régions du département".  

François Fillon a quant à lui rendu le gouvernement responsable de la crise actuelle. "C'est une situation extraordinairement dangereuse, qui est le résultat d'une absence de politique en matière d'outre-mer depuis cinq ans, sur des territoires qui avaient déjà des handicaps", a estimé l'ancien Premier ministre lundi 27 juin lors d'un point presse en Loire-Atlantique. Celui qui a accusé Ségolène Royal d'avoir écourté sa visite en Guyane "dès que les incidents ont commencé" affirme sur Facebook que "le prochain quinquennat doit être celui de la restauration de l'autorité de l'État (...), du développement économique autour de la valorisation de ses ressources et de ses atouts naturels". 

Après avoir créé la polémique en 2014 en estimant qu'il fallait "rouvrir Cayenne" et y envoyer les Français partis faire le jihad en Irak et en Syrie, Nicolas Dupont-Aignan s'est excusé auprès des Guyanais et a estimé qu'ils méritaient "qu'on leur parle, qu'on les écoute". Selon lui, "l'envoi d'une simple mission de hauts fonctionnaires est à juste titre perçu comme l'expression d'une forme de mépris". Celui qui juge le gouvernement "aux abonnés absents" n'a pas détaillé ses propositions mais a promis, s'il était élu, une série de "mesures pour rétablir la continuité territoriale", surtout en matière de sécurité, d'éducation et de santé. 

Benoît Hamon pour la création d'une maison d'arrêt de 300 places

Contrairement à ses adversaires, Benoît Hamon a salué dans un communiqué le travail fait "ces cinq dernières années pour rattraper les retards subis" par la Guyane. Il reconnaît néanmoins qu'il "reste énormément à faire". Le candidat socialiste, qui appelle au dialogue, propose de réserver 500 millions d'euros par an à "un fonds d'égalité réelle pour les Outre-mer, afin de développer les infrastructures de ces territoires". Concernant la sécurité Benoît Hamon souhaite instaurer une prime aux forces de l'ordre présentes dans les territoires d'outre-mer, tout comme la création d'une maison d'arrêt de 300 places en Guyane. 

Jean-Luc Mélenchon a quant à lui profité de son meeting à Rennes pour lire une lettre du collectif "Sauvons la Guyane" adressée à François Hollande. Pour lui, le territoire est "le symbole grossi par une loupe de ce qui se passe ici en métropole". Faisant part d'un "immense salut de solidarité"  à la Guyane, le candidat de la France insoumise a estimé que le territoire, "par un non-développement entretenu (...) est devenu une terre de violence généralisée qui va jusqu'à 40% chez les jeunes, le plus élevé de France, avec des hôpitaux qui ressemblent plus à des mouroirs qu'à des lieux de guérison". Jean-Luc Mélenchon a en outre indiqué que la "réponse aux problèmes des Guyanais" se trouvait dans "L'avenir en commun", son livre-programme. 

Jean Lassalle en pleine collecte de fonds pour partir en Guyane

Jean Lassalle a abordé le sujet lundi 27 mars sur LCI. Lui aussi estime que la France a laissé à l'abandon ses "territoires et départements d'outre-mer depuis une trentaine d'années". Et s'il n'a pas énuméré de propositions précises pour mettre fin au conflit guyanais, le député centriste en a profité pour tacler Emmanuel Macron. "C'est là qu'il aurait dû aller (le candidat d'"En Marche !" était en visite à La Réunion le week-end du 25-26 mars, ndlr). C'est là qu'il aurait dû rendre compte du bilan du gouvernement auquel il appartenait". Jean Lassalle a par ailleurs indiqué qu'il était à la recherche de fonds pour financer son voyage jusqu'en Guyane. 

De son côté, Philippe Poutou a dénoncé sur son site de campagne qu'"un mépris de l'État pour la Guyane depuis des décennies". Il a également rappelé que son parti, le NPA et lui-même "réaffirment  la volonté de voir tous les peuples colonisés aboutir à leur autodétermination.Le peuple guyanais nous montre la voix de la mobilisation pour prendre en main son destin". Quant à Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte Ouvrière a estimé sur France Inter que les Guyanais "paient leur dîme au grand capital". 

Toutes ces réactions ont en tout cas plus qu'agacé le gouvernement. À l'issue d'une réunion avec le Premier ministre Bernard Cazeneuve, Ericka Bareigts et Matthias Fekl ont fustigé ces candidats "qui ne semblent découvrir les outre-mer qu'à l'occasion des campagnes électorales". 

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