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Qui sont les 500 frères, symboles de la contestation en Guyane ?

Le mouvement des "500 frères contre la délinquance" revendique une action non-violente pour lutter contre l'insécurité.

Le collectif des 500 frères a notamment refusé de dialoguer avec la délégation gouvernementale, voulant s'entretenir uniquement avec le Premier ministre.
Le collectif des 500 frères a notamment refusé de dialoguer avec la délégation gouvernementale, voulant s'entretenir uniquement avec le Premier ministre. Crédit : Jody Amiet / AFP
Léa Stassinet
Léa Stassinet

La crise semble bien profonde en Guyane. Ce lundi 27 mars sonne le début d'une grève générale illimitée à travers tout le territoire. Une dizaine de barrages s'est érigée depuis jeudi 23 mars autour des ronds-points stratégiques du littoral guyanais, afin de bloquer l'entrée de la capitale. Parmi les contestataires, on retrouve des salariés d'EDF, des transporteurs, des socio-professionnels, un collectif dénonçant l'insuffisance de l'offre de soins ou encore des collectifs contre l'insécurité. Tous se retrouvent désormais sous la bannière "Pou Lagwiyann dekolé" ("pour que la Guyane décolle", en créole guyanais). 

Et l'un des collectifs qui compose ce mouvement fait particulièrement parler de lui : les 500 frères. Vêtus uniquement de noir et cagoulés, les membres du mouvement ont fait de la lutte contre la délinquance très élevée dans le département leur cheval de bataille. La Guyane est le territoire français où l'on compte le plus d'homicides : 42 pour 252.000 habitants en 2016. À titre d'exemple, la criminalité y est 8 fois supérieur à celle de la région PACA.

1er coup d'éclat le 17 mars, lors de la visite de Ségolène Royal

C'est d'ailleurs à la suite du meurtre d'un homme dans un quartier populaire que le collectif s'est créé, à la mi-février. Aux côtés d'un autre collectif, "Trop Violans", il avait lancé une manifestation contre la délinquance, où près de 600 personnes s'étaient rendues. Composé en réalité d'une centaine de membres actifs venus de tous les corps de métiers (artisans, pêcheurs ou encore employés administratifs), le mouvement des 500 frères s'est fait remarquer le 17 mars dernier. Une quarantaine de membres cagoulés s'étaient introduits dans le bâtiment de la collectivité territoriale de Guyane, où Ségolène Royal participait à la 14ème conférence de la Convention de Carthagène. 

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Revendiquant des actions non-violentes, leur venue avait pourtant précipité le départ de plusieurs délégations qui craignaient pour leur sécurité, dont celle des États-Unis. Interpellant la ministre de l'Environnement en lui demandant d'agir pour "arrêter la violence", ils ont affirmé à Ségolène Royal : "Nous ne sommes pas des méchants. Vous êtes en sécurité avec nous, ce n'est pas la peine d'appeler des renforts". Ce qui n'aura pas empêché la Ministre a regagner plus tôt que prévu la France, parce qu'elle avait "des dossiers urgents à gérer". 

Une méthode musclée qui ne plaît pas à tout le monde, et qui leur vaut parfois d'être qualifiés de milice. Ce que réfute Mickaël Mancée, un des porte-parole du collectif. "Nous ne sommes pas une milice. Si on n'était pas choquants, personne n'entendrait parler de nous. La peur fait avancer l'homme", explique-t-il à Vice News. Un autre porte-parole du mouvement, Zadkiel Saint-Orice se justifiait lui du port de la cagoule dans les colonnes du Monde : "La cagoule en plein état d'urgence, c'est juste pour attirer l'attention, faire quelque chose de différent". 

Saluez le ministre pour nous et dites-lui de venir

Un membre des 500 frères à la délégation interministérielle
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Bénéficiant d'un soutien populaire de plus en plus important, les 500 frères sont devenus les porte-paroles de la contestation. Ce sont eux qui ont accueilli la délégation interministérielle envoyée samedi 25 mars, et conduite par l'ancien préfet de Guyane et actuel conseiller maître à la Cour des comptes Jean-François Cordet. Ils ont opposé une fin de non-recevoir, indiquant qu'ils souhaitaient s'entretenir directement avec le Premier ministre Bernard Cazeneuve. "Ce sont tous des hauts-fonctionnaires qui ont tous été en poste ici et qui n'ont rien fait", explique un membre du collectif. "Saluez le ministre pour nous et dites-lui de venir". 


Mais quelles sont précisément leurs revendications ? Les 500 frères, qui scandent à chaque fois leur slogan "nou bon ké sa" (on en a marre) à chaque manifestation dresse la liste de leurs propositions pour éradiquer la délinquance qui fait des ravages dans le département d'Outre-mer. Ils souhaitent tout d'abord que l'état d'urgence soit appliqué en Guyane, "réorienter le travail de l'escadron de gendarmerie mobile vers des missions 'coups-de-poing' notamment dans les squats et les quartiers dits sensibles, dans toute la Guyane". Le collectif souhaite également la création d'une "véritable politique de lutte contre le trafic d'armes à feu, notamment à l'intention des jeunes", ainsi que la "mise en place de Grands Frères dans tous les quartiers du départements", indique le site Franceguyane

La Guyane, une "zone de non-droit"

Pour les 500 frères, la Guyane est devenue une "zone de non-droit". "L'immigration clandestine" en serait une des causes, venue notamment du Brésil et du Suriname. C'est pourquoi le collectif demande l'extradition des ressortissants de ces pays, qui représentent "la moitié des prisonniers de la prison de Rémire-Montjoly", explique le porte-parole des 500 frères Mickaël Mancée à Vice News, qui tient toutefois nuancer son propos. "On ne veut stigmatiser personne : la Guyane est un melting-pot, et notre mouvement regroupe toutes les nationalités". 

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Le mouvement des "500 frères contre la délinquance" revendique une action non-violente pour lutter contre l'insécurité.
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2017-03-27 15:37:00
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