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"Il y a un lien très fort" entre complotisme et extrême-droite, affirme Gérald Bronner

INVITÉ RTL - Le sociologue va donner son nom à une commission lancée par Emmanuel Macron. Sa mission : lutter contre la montée du conspirationnisme.

Gérald Bronner est l'invité d'Alba Ventura
Gérald Bronner est l'invité d'Alba Ventura
Crédit : RTL
Gérald Bronner est l'invité d'Alba Ventura
07:59
Gérald Bronner est l'invité d'Alba Ventura
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Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud

Gérald Bronner est professeur de sociologie à l'université Paris-Diderot, membre du Conseil scientifique de l'Éducation nationale. Il a publié au printemps dernier Apocalypse cognitive, un livre qui a connu un grand succès. C'est lui que le président de la République a choisi pour diriger la commission Bronner, qui a pour but de lutter contre le complotisme et tout ce que les réseaux sociaux charrient de conspirationnisme, scepticisme et fake news. Objectif : remettre de la rationalité dans le débat. 

Très vaste, très vaste programme, en effet. Il s'est passé quelque chose d'absolument révolutionnaire ces 15-20 dernières années, note le sociologue, invité de RTL. On ne s'informe plus du tout la même façon. Dans les deux dernières années, on a tout simplement produit 90% de l'information disponible. La question est de savoir si, dans cet océan d'informations, les boussoles qui sont mises à notre disposition dans le monde numérique nous conduisent bien vers la rationalité, l'objectivité, la tempérance des points de vue, la possibilité du débat... Bref, un espace logique, intellectuel, commun qui est essentiel à la vie sociale et en particulier à la vie démocratique." 

"Internet est un outil technologique formidable. Il ne s'agit pas de revenir en arrière. Il s'agit simplement de se poser les conditions, finalement, de la possibilité de ce débat. Et en effet, il y a le meilleur. Il y a des cours formidables du Collège de France, par exemple, des propositions intellectuelles de toutes sortes. Mais, effectivement, dans cette concurrence effrénée qui caractérise aujourd'hui le monde de l'information, ce que beaucoup d'études montrent, c'est qu'il y a une prime à la négativité

La puissance des biais cognitifs

Le sociologue explique que les fausses informations sont d'autant plus efficaces et virales qu'on veut les croire. "Certaines informations sont trompeuses. Elles peuvent sembler vraies lorsque deux phénomènes surviennent en même temps. Par exemple, on peut avoir l'impression que l'un a causé l'autre. C'est ce qu'on appelle la confusion entre corrélation et causalité. C'est une illusion mentale. Ce qu'on appelle un biais cognitif. Et ces biais cognitifs envahissent en quelque sorte notre vie publique".

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"Aux États-Unis ou même en Europe, les réseaux sociaux sont en passe de devenir la première source d'information. C'est déjà le cas chez les plus jeunes. Ils s'informent beaucoup sur les réseaux sociaux et en même temps, ils ont du mal à croire ce qu'ils lisent sur les réseaux sociaux, ce qui a abouti à une sorte de situation très incommode que nous vivons aujourd'hui. Nous avons tous une part de responsabilité dans cette situation, explique Gérald Bronner. Les mondes numériques ont cette caractéristique de donner une audience incroyablement forte à des groupes minoritaires. Tout simplement parce qu'ils sont très motivés à faire valoir leur point de vue. Les mondes numériques amplifient en réalité ce qui a toujours existé. Par exemple, on parle souvent du "biais de confirmation", c’est-à-dire la tendance que nous avons en général à aller chercher une information qui va dans le sens de nos croyances préalables. Ça n'a pas attendu Internet, évidemment, c'est très ancien, aussi ancien que l'humanité. Mais Internet a probablement amplifié cette réalité. Donc, en fait, il s'agit de repenser les conditions de notre liberté de pensée.

"Il y a un réel danger. À partir du moment où vous avez vu, par exemple aux États-Unis, le Capitole envahi, qu'en France, on a vu des mouvements anti-vaccins... On voit bien que ces réalités numériques ne restent pas confinées dans le monde numérique. Elles sont réelles." 

Zemmour peut-il catalyser les compliste ?

Un individu serait-il capable, comme Bolsonaro au Brésil ou Donald Trump aux Etats-Unis d'agréger cette force complotiste ? "Je ne crois pas que les conditions politiques soient réunies en France. (...) Zemmour pourrait effectivement être un individu qui catalyse cela. Seulement, j'ai l'impression que Zemmour catalyse surtout le vote à droite ou très à droite, précise le sociologue." Eric Zemmour lorsqu'il prétend que Pétain protégeait les juifs français et n'avait livré aux nazis que les juifs étrangers "falsifie un certain nombre de données et c'est incontestable". "Je ne dirai pas qu'il est complotiste pour autant, continue Gérald Bronner. On peut diffuser des fausses informations sans que ça soit directement du complotisme."

"Il y a un lien entre l'extrême droite et le complotisme. Un lien très fort. La science le montre d'une façon générale. Il y a un lien entre les radicalités politiques, pas seulement d'extrême droite, et le complotisme. Mais, il est vrai, il y a comme une asymétrie, en faveur de l'extrême droite sur ces questions. D'ailleurs les évènements récents le montrent, puisqu'il y a quelques jours encore, un groupe a été arrêté par la DGSI. Des complotistes d'extrême droite qui projetaient de brûler un temple maçonnique et puis des centres de vaccination, par exemple", rappelle le sociologue.

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