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Emmanuel Macron et le mythe des 100 jours de pouvoir

REPLAY - Le 15 août prochain, cela fera tout juste cent jours qu'Emmanuel Macron a accédé à l'Élysée. Les 100 jours, un mythe couperet.

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Emmanuel Macron et le mythe des 100 jours de pouvoir Crédit Image : LCI / AFP | Crédit Média : RTLnet | Date :
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Rémi Sulmont et Loïc Farge

Si on tire une ligne entre le jour de l'élection d'Emmanuel Macron et le centième jour du pouvoir, on tombe sur le mardi 15 août 2017. Ça fera des jolis titres dans la presse sur la plage, surtout si l'actualité est plate comme la mer. Cent jours. C'est beau les comptes ronds. Surtout si ça convoque l'Histoire de France. Les 100 jours jours font appel à l'imaginaire napoléonien. Et pourtant, les Cent Jours c'est l'histoire d'un échec, d'un retour avorté.

Les 100 jours, c'est l’occasion de dresser un bilan. Or celui de Napoléon, le 22 juin 1815, franchement ce n'est pas brillant. Quand l'Empereur abdique pour la deuxième fois, la France est en ruine. L'expression "100 jours" n'a pas été inventée par Bonaparte, mais par le préfet de Paris, Chabrol de Volvic, lorsqu'il a flatté le roi Louis XVIII pour de son retour sur le trône. Il faudra attendre des dizaines d'années avant que pour la première fois, un président reprenne timidement l’expression.

100 jours, un sentiment d'urgence

Cent jours après son investiture, le 24 juillet 1933, Franklin Delano Roosevelt emploie l'expression à la radio en dressant le bilan des trois premiers mois de son New Deal. Roosevelt installe définitivement l'idée que dans la vie politique, pour réussir, il faut agir vite. Que la réussite dépend d'un rythme accéléré de réformes.

Les 100 jours, c'est finalement un sentiment d'urgence. C'est l'idée que si on ne balaye pas les conservatismes dès les premières semaines, le mandat entier va s'enliser. L'imaginaire qu'on a gardé de Napoléon, c'est la notion d'un homme fort providentiel qui doit agir. De Gaulle en 1962, avec le suffrage universel direct et la présidentialisation, renforce cette idée de l'homme providentiel, seul au sommet du pouvoir.

Hollande, dans sa volonté de ne pas se presser, voulait faire l'anti-Sarkozy

Vincent Martigny, maître de conférences en sciences politique à Polytechnique
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Depuis Giscard, nos présidents n'emploient pas l'expression mais vivent avec cette urgence. Regardez Mitterrand et le choc de l'arrivée de la gauche à l'Élysée en 1981. Les socialistes pensent qu'ils peuvent être éjectés comme Léon Blum après seulement un an et vingt-cinq jours de Front populaire. Alors ils se pressent avant de donner du temps au temps.

La question posée par ces 100 jours, au fond, c'est de savoir si le politique peut réussir à contrôler le temps. Est-ce possible au temps de Twitter ? Le passage du septennat au quinquennat a réduit le temps de l'action dans un mandat. L'opinion attend des réformes de plus en plus rapides. Emmanuel Macron tente donc de se défaire de ce mythe-couperet des 100 jours.

L'être remplace le faire

"On se réfère toujours, quand on est un nouveau président élu, aux 100 jours du président précédent. François Hollande, dans sa volonté de ne pas se presser, voulait faire l'anti-Nicolas Sarkozy, qui avait lancé beaucoup de réformes", décrypte Vincent Martigny, maître de conférences en sciences politique à l'École Polytechnique. "Emmanuel Macron est dans une position un peu intermédiaire. Chez lui, c'est moins le fait d'agir tout de suite que de montrer qu'il est autre chose que ses prédécesseurs. C'est là où l'être remplace le faire", ajoute-t-il.

Emmanuel Macron fait le pari que le rythme imprimé et la re-sacralisation présidentielle lui éviteront le piège des 100 jours et du bilan. C'est tout le problème d'un président avec ces 100 jours : c'est qu'on pointe ses promesses non tenues, qu'on dresse son bilan, alors que lui regarde les 1.725 jours qui a devant lui.

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