1. Accueil
  2. Actu
  3. Politique
  4. ÉDITO - Union de la gauche : une situation comparable au Front populaire de 1936 ?
3 min de lecture

ÉDITO - Union de la gauche : une situation comparable au Front populaire de 1936 ?

Le 3 mai 2022 signe l'anniversaire de la victoire électorale du Front Populaire de 1936. C’est Jean-Luc Mélenchon, qui tente de constituer une union de la gauche pour les prochaines législatives, qui a fait le parallèle. Mais la situation actuelle est-elle comparable à celle de l’entre-deux guerres ?

Jean-Luc Mélenchon (2022) et Léon Blum (1950).
Jean-Luc Mélenchon (2022) et Léon Blum (1950).
Crédit : AFP
ÉDITO - Union de la gauche : une situation comparable au Front populaire de 1936 ?
00:04:13
ÉDITO - Union de la gauche : une situation comparable au Front populaire de 1936 ?
00:04:13
François Lenglet - édité par Marine Derquenne

3 mai 1936. À cette date-là, le Front Populaire remportait les élections législatives. Aujourd'hui, c'est Jean-Luc Mélenchon qui essaye de constituer une union de la gauche pour les législatives qui auront lieu en juin prochain. Le leader insoumis a par ailleurs lui-même fait le parallèle avec cette victoire. Il y a effectivement des similitudes avec la situation de l'entre-deux-guerres. L’écho d’une crise inhabituelle, celle de 1929 à l’époque, l’épidémie aujourd’hui. La remise en cause des élites. L’affaiblissement des partis politiques traditionnels. La présence d’une extrême-droite puissante. Le déclenchement d’une guerre à nos portes, en 1936, c'était la guerre d’Espagne qui opposait Franco aux républicains. 

Mais il y a aussi des différences considérables. L’État-providence n’existait pas, il n’y avait rien pour contrer la montée du chômage. La troisième république finissante était plus instable que la cinquième. Et surtout, la France était environnée de pays fascistes, l’Allemagne, Hitler prend le pouvoir en janvier 1933, l’Italie, avec Mussolini, et l’Espagne de Franco.

Qu'a fait exactement le Front populaire dans notre Histoire ?

Le grand acquis, ce sont les conquêtes sociales, qui ont été pour partie imposées au premier gouvernement de gauche français. Car dès l’arrivée au pouvoir de Léon Blum, président du Conseil à l'époque, équivalent au Premier ministre, la France se met en grève. Et il faudra les accords Matignon, à l’été, pour la remettre au travail, après des augmentations de salaires de 7 à 15%, les premiers congés payés, deux semaines par an, la durée du travail légale établie à 40 heures hebdomadaires, la liberté syndicale, l’établissement des conventions collectives. 

Toute la base de notre droit social date de 1936. Le gouvernement a aussi nationalisé l’industrie de l’armement et les chemins de fer, la SNCF, société publique, date de cette époque-là. Il tente encore de prendre le contrôle de la Banque de France, qui était alors privée. 

Combien de temps a duré le Front populaire ?

Un an exactement. En juin 1937, le Front est rompu, devant les difficultés économiques considérables provoquées par le choc sur la compétitivité et la fuite des capitaux : le déficit budgétaire explose, tout comme le solde extérieur, l’inflation s’emballe, le chômage repart. Les grèves se multiplient, au point de compromettre la préparation de l’expo universelle de 1937. C’est à ce moment-là qu’on modernise le parc des expositions porte de Versailles. Il en reste d'ailleurs les quatre tours à l’entrée construite en briques. À l'époque, les ouvriers qui construisent cela, comptent le nombre de briques de façon à limiter l'avancée des travaux. 

À écouter aussi

Dès septembre 1936, Blum est contraint de dévaluer le Franc, qui avait été stabilisé par Poincaré en 1928, déjà au prix d’une dépréciation considérable par rapport à l’avant-guerre. Une nouvelle dévaluation aura lieu début 1937, déchaînant l’inflation

Le Front populaire a-t-il été un échec ?

Il y a un contraste énorme en l’héritage social et symbolique du Front Populaire, revendiqué par Mitterrand en 1981 et toujours par la gauche d’aujourd’hui, et le bilan économique désastreux de l’expérience. Le bilan économique est en partie dû à ce qu’on appelait alors le "mur de l’argent", les investisseurs français et internationaux qui ont fui le pays, et à la surenchère syndicale. Sans oublier la politique économique déflationniste du gouvernement d'avant, celui de Pierre Laval, qui avait précédé le Front Populaire. 

En 1937, Camille Chautemps prend la suite de Léon Blum. Et le fossé s’élargit entre une Allemagne hitlérienne qui a vaincu la crise grâce à la planification nazie et qui fait tourner ses usines d’armement à plein régime, et une France essorée, dont le potentiel industriel ne s’est toujours pas redressé de la première guerre, affaibli encore par les grèves à répétition et les nationalisations. 

Les gouvernements français se succèdent, ignorant la catastrophe qui pointe en Europe. Et Léon Blum doit se retourner dans sa tombe en entendant Jean-Luc Mélenchon récuser la construction européenne qui a tant manqué à l’époque.

La rédaction vous recommande
À lire aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/