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5 décembre : "C’est la galère comme en 95 mais la comparaison s’arrête là", selon Bost

ÉDITO - Le gouvernement retient son souffle, ce jeudi 5 décembre et redoute une agrégation des colères. Tout ceci à propos d’une réforme dont on ne connaît pas totalement les arbitrages.

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5 décembre : c'est la galère comme en 95 mais la comparaison s'arrête là, selon Bost Crédit Image : DERRICK CEYRAC / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Olivier Bost
édité par Marie-Pierre Haddad

Est-ce reparti comme en 95 ? À l’époque, c’est au bout d’un mois de grève que finalement le gouvernement Juppé avait retiré sa réforme des retraites. 24 ans plus tard, nous en sommes au premier jour des manifestations, mais il y a peu de comparaison possible. Pourquoi ce n’est pas reparti comme en 95 ?

Le contexte politique, l’état de la société et des syndicats et la nature de la réforme... Tout cela n’a rien à voir avec la France des années 90. D’abord, la première différence, celle qui provoque tant d’inconnues aujourd’hui, c’est bien la nature de la réforme. En 1995, il y avait un projet de loi qui visait clairement les régimes spéciaux.

En 2019, nous avons un mouvement qui démarre sur un projet de réforme bien plus large puisqu’il s’attaque aux 42 régimes en même temps, mais sans loi pour l’instant et sans aucun texte. Quelles sont les différences avec aujourd’hui ?

L'histoire d'une promesse politique oubliée

En 95, Jacques Chirac venait d’être élu pour résorber la fracture sociale, avant de se lancer dans une politique d’austérité, pour faire face aux déficits creusés par un Édouard Balladur bien trop dépensier. C’est d’abord l’histoire d’une promesse politique abandonnée, oubliée. Là, en 2019, c’est le contraire.

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Emmanuel Macron s’accroche à une promesse de campagne. Le contexte économique a changé depuis son élection, mais il tient à cette réforme emblématique de l’image qu’il ne peut pas abandonner : l’image de celui qui fait bouger les choses contre vents et marées pour reprendre ses métaphores. Emmanuel Macron fait ça parce que son prédécesseur François Hollande avait été paralysé par son inaction.

L’autre différence, toujours sur le plan politique, c’est que le balancier gauche/droite a été cassé en 2017, avec un Président largement élu face au Rassemblement national et le reste de l’opposition qui s’est effondré. En 1995, les difficultés du RPR s’était soldé par le retour du Parti socialiste en cohabitation, deux ans plus tard. L’histoire était quelque part bien plus classique qu’aujourd’hui.

Les débats tombent immédiatement dans l’affrontement et les caricatures

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Et l’état de la société n’avait rien à voir non plus. "C’est beaucoup plus difficile de gouverner aujourd’hui", nous a confié un ancien premier ministre. Aujourd’hui, il y a les populistes qui poussent partout et les réseaux sociaux. Les débats tombent immédiatement dans l’affrontement et les caricatures. On s’invective, on ne cherche plus à convaincre, il y a une violence verbale et une violence physique qui n’existaient pas en 1995.

Le dernier grand mouvement qui a fait plier un gouvernement

C’est une différence très importante. C’est comme si tout un pays s’était radicalisé. Ça ne date pas de l’élection d’Emmanuel Macron mais ça se détériore. Au passage, l’image d’un État fort et puissant qui fait respecter l’ordre en a pris un coup. C’est à cause des "gilets jaunes" et le déferlement de violences inédit mais aussi à la réponse des forces de police, toujours plus dure, pour faire cesser ces débordements.

Faut-il regretter 95 ? Disons qu’aujourd’hui, une part des gens qui défileront n’auront pas en référence 95, ce moment où la rue a effectivement fait renoncer le pouvoir. La référence est bien plus récente, ce sont "les gilets jaunes" et les violences de l’année dernière. C’est le dernier grand mouvement qui a fait plier un gouvernement puisque les actions syndicales n’y arrivent plus depuis le CPE, le contrat première embauche. Dans une société à cran éruptive quand c’est la violence qui finit par l’emporter, c’est très dangereux.

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