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Pelouses jaunes : l'herbe est-elle morte ou va-t-elle finir par reverdir ?

L'enchaînement des canicules et le manque d'eau de cet été ont entraîné le jaunissement et l'assèchement des plantes. Si cette "mise en pause" de la végétation est normale lorsqu'il fait chaud, la longueur des conditions extrêmes pourrait être fatale pour nos pelouses.

Vue de la tour Eiffel et de l'herbe desséchée du Champ de Mars à Paris, le 15 juillet 2026.

Crédit : Martin LELIEVRE / AFP

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Une vague de chaleur. Puis une deuxième. Et une troisième. L'été 2026 restera dans l'histoire comme celui de tous les records. Les canicules à répétition ont marqué les corps. Le manque de pluie a complètement asséché les fleuves et la végétation. Les paysages en sont complètement modifiés. Partout – dans les jardins, dans les parcs, dans les stades, dans les prairies –, l'herbe est devenue jaune et sèche.

La France, l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie, la Hongrie... La plupart des pays européens, touchés par les chaleurs extrêmes de l'été, ont changé de visage, comme l'attestent les images satellites. Les zones vertes apparaissent cramées, jaunies. Même dans les pays habituellement bien arrosés, comme l'Irlande, le Royaume-Uni et les régions françaises de Bretagne et Normandie, le vert a laissé la place au bruni.

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Conséquence : certains terrains sont tellement dégradés qu'ils en sont devenus impraticables. C'est le cas du Parc des Princes, terrain de jeu du PSG, où la pelouse est particulièrement endommagée. La Ligue de football professionnelle a carrément décidé de délocaliser le match de Ligue 1 qui devait s'y jouer dimanche 23 août.

Des plantes en dormance

Si cette métamorphose des paysages est spectaculaire et paraît à première vue inquiétante, elle ne signifie pourtant pas la mort des plantes et des brins d'herbe. Au contraire : le jaunissement est un mécanisme normal de protection qui permet aux plantes de se défendre face à la chaleur et au manque d'eau. On dit alors que les graminées entrent dans un état de dormance. 

Concrètement, l'herbe et les plantes en général se mettent en état d'alerte lorsque les conditions climatiques deviennent extrêmes : trop chaud, trop froid ou trop peu d'eau. Elles stoppent leur mécanisme habituel de photosynthèse (l'absorption de CO² et de lumière qui sont transformés en sucre pour se nourrir) pour concentrer toute leur énergie sur les racines, organe vital. Les végétaux cessent donc d'alimenter leurs feuilles, d'où le jaunissement estival.

Cette vue aérienne montre des personnes marchant sur une herbe extrêmement sèche, au sommet de la falaise surplombant le phare de Beachy Head, près d'Eastbourne, sur la côte sud de l'Angleterre, le 4 août 2026.

Crédit : Brook MITCHELL / AFP

"C'est un mécanisme de défense courant qui permet à la plante de sauver l'eau présente dans ses tissus et de mieux repartir une fois les chaleurs terminées", explique à RTL.fr Catherine Picon-Cochard, chercheuse à l'Inrae (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) et spécialiste de l'écosystème des prairies. Pas d'inquiétude à avoir, donc, quand les paysages changent de couleur. Les plantes se conditionnent simplement pour mieux revenir à la fin de la saison.

Mais cet été multi-caniculaire est différent. "Ce qui est moins fréquent, c'est la longueur de la période de jaunissement", souligne la chercheuse basée à Clermont-Ferrand. "La chaleur et la sécheresse sont si marquées cette année qu’il est bien difficile de prédire ce que vont devenir les gazons cet automne", constate également Jean-Daniel Arnaud, membre du conseil scientifique de la Société nationale d'horticulture de France.

Une expérience sur 50 jours

Les scientifiques de l'Inrae ont étudié l'impact des fortes chaleurs sur les prairies. Dans une étude parue en 2020, ils ont conclu que la photosynthèse des végétaux (principalement de l'herbe dans ce cas) s'interrompait une fois les 30°C dépassés. Mais les expériences des scientifiques ont toujours été limitées à une durée de 50 jours, précise Catherine Picon-Cochard. 

Les chercheurs avaient alors déterminé qu'après 4 à 5 semaines de sécheresse, il fallait une quinzaine de jours avec de l'eau en quantité abondante pour que l'herbe reprenne et retrouve sa couleur verte. 

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Or, l'été 2026 est extrême de bout en bout. Le mois de juillet a été le mois le plus chaud jamais enregistré par Météo France depuis le début des mesures, tous mois confondus. Les fortes chaleurs ont même commencé bien avant, vers la mi-juin (voire fin mai, où la France a connu sa première canicule de l'année). Et le mois d'août est resté extrêmement chaud. "On se rapproche de la sécheresse de 1976", qui fut historique, souligne la chercheuse. 

Des résistances différentes selon les espèces

Les pelouses risquent-elles d'être définitivement mortes ? Il faudra attendre la fin des fortes chaleurs et le retour des pluies abondantes pour le dire. Les spécialistes soulignent que toutes les plantes ne sont pas logées à la même enseigne. Certaines sont plus résistantes que d'autres, soit parce qu'elles ont des racines plus profondes, ce qui leur permet plus facilement de capter l'eau en profondeur, soit si leurs réserves en sucres sont importantes. "Plus il y a de sucres, plus la plante va récupérer", précise Catherine Picon-Cochard. 

"La grande majorité des gazons sont des mélanges de plusieurs espèces et variétés de graminées qui ont des comportements forts différents en cas de chaleur et/ou de sécheresse", explique Jean-Daniel Arnaud, retraité du GNIS, Groupement national interprofessionnel des semences et plants. 

Certaines espèces sont plus résistantes que d'autres. Le Ray-grass anglais, la variété de graminée la plus répandue dans les jardins, est celle qui a la plus grande réserve de glucides. Mais "est-ce qu'il y aura suffisamment de sucres pour que l'herbe récupère ?", s'interroge la chercheuse à l'Inrae.

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Réponse dans les semaines ou mois à venir. Si l'herbe est morte, il faudra soit replanter (ce que font les agriculteurs qui ont besoin de plantes pour nourrir leurs bétails et régénérer les sols), soit attendre que les terrains, les champs et les jardins soient naturellement repollinisés. Mais il y a un risque majeur : que des espèces envahissantes comme le datura, une plante toxique pour les humains et les animaux, en profitent pour se propager.

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