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"Un crime de sang ne doit jamais rester impuni" : l'avocat de Marie-Thérèse Bonfanti, dont le meurtre a été prescrit malgré les aveux du suspect, réagit sur RTL

PODCAST - "L'Heure du Crime" revient sur l'affaire Marie-Thérèse Bonfanti. Cette jeune mère de famille a disparu en Savoie en mai 1986. Le 16 janvier dernier, la cour de cassation a annoncé que le crime était prescrit. Une décision douloureuse pour la famille de la victime qui se bat depuis 39 ans pour que justice soit faite.

Thérèse Saia, la mère de Marie-Thérèse Bonfanti, à la recherche de sa fille à Pontcharra (Isère), en 1992

Crédit : AFP

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Jean-Alphonse Richard - édité par Thomas Bernardon

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Jeudi 22 mai 1986 en fin d'après-midi, Thierry Bonfanti, 26 ans, rentre chez lui dans le village de La Rochette, en Savoie. Surpris de ne pas trouver son épouse Marie-Hélène à la maison. Les enfants, Erika, quatre ans, Flavien, six mois, sont toujours chez la nounou. Marie-Thérèse Bonfanti, n'est jamais passée les prendre. Le mari est inquiet. Il sait que ce jour-là son épouse était en tournée, en voiture, pour livrer des liasses de journaux gratuits. Elle a peut-être eu un ennui, un accident. 


Après avoir sillonné la ville, il aperçoit la Peugeot 104 blanche de son épouse. Mal garée devant une grosse maison. Les clés sont sur le tableau de bord, le sac à main est resté sur le siège passager, le hayon du coffre est grand ouvert. Devant la maison, qui est un petit immeuble de six étages, il croise alors le fils du propriétaire. Il ne le connaît pas. Un homme jeune dénommé Yves Châtain. Un individu au regard fuyant, fébrile, pressé de s'en aller. Dans la soirée, le mari signale la disparition aux gendarmes. L'affaire est tout de suite prise au sérieux.

Vendredi 30 mai 1986, une information judiciaire pour arrestation et séquestration est ouverte. Le mari est le premier à être placé en garde à vue. Yves Châtain, 21 ans, fils du propriétaire de la fameuse "maison Châtain", est lui aussi placé en garde à vue. En garde à vue, les gendarmes ont des doutes. Le jeune homme est imprécis dans ses déclarations. Il bafouille, se contredit, même s'il jure n'avoir fait aucun mal à la livreuse de journaux. Lundi 2 novembre 1987, un an et demi après la disparition de Marie-Thérèse Bonfanti, le juge d'instruction délivre un non-lieu.

Une dispute qui aurait dégénéré

Le combat de la famille de Marie-Thérèse Bonfanti ne va jamais cesser. "Après le non-lieu prononcé par la justice, ils avaient revu en détail tout ce qui avait été écrit dans ce dossier. Pour eux, il était clair qu’Yves avait une responsabilité dans ce drame. Ils ont continué à travailler le dossier jusqu'à contacter le procureur pour avoir des éléments", indique Serge Pueyo, correspondant RTL à Grenoble et dans les Alpes. Une lutte payante puisque le mardi 17 novembre 2020, le procureur de Grenoble, Éric Vaillant, rouvre une information judiciaire pour détention ou séquestration.

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Après deux années de vérifications, Yves Châtain est interpellé et placé en garde à vue. Il reconnaît avoir tué Marie-Thérèse Bonfanti. Ce 22 mai 1986, il s'est disputé avec la jeune livreuse de journaux dont la voiture gênait le passage. Le ton est monté. Il l'a étranglée. Tout de suite après, il a chargé le corps dans sa propre voiture. Il se souvient l'avoir enterrée dans un coin désert, à quelques kilomètres de Pontcharra. Mercredi 26 octobre 2022, les enquêteurs exhument des fragments crâniens à La Buissière, une commune à six kilomètres de Pontcharra. Il s'agit bien des restes de Marie-Thérèse Bonfanti. 

L'avocat grenoblois de la famille, Bernard Boulloud, sait que la question de la prescription du crime va se poser. Avant même que les restes du corps de Marie-Thérèse Bonfanti soient découverts, la défense d'Yves Châtain avait déjà demandé l'annulation de la mise en examen et la libération de son client. L'avocat de la famille estime lui qu'Yves Châtain a dissimulé son crime. La prescription démarrerait donc au jour des aveux. 

La lettre de l'avocat de la famille Bonfanti à Gérald Darmanin

Jeudi 3 novembre 2022, six mois après son arrestation, Yves Châtain est devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Grenoble. Il demande à être libéré. Châtain n'est pas présent physiquement, mais sur les écrans de visioconférence, les proches de Marie-Thérèse Bonfanti peuvent découvrir son visage. Le meurtrier de la mère de famille est un homme costaud, la mâchoire serrée, le crâne dégarni. La famille Saia-Bonfanti attend un procès. Lors de la demande de libération conditionnelle, leur avocat, Bernard Boulloud, avait fait le forcing pour que Châtain reste en prison. 

Vendredi 16 janvier 2026, presque quarante ans après l'enlèvement et la mort de Marie-Thérèse Bonfanti, la cour de cassation tranche définitivement le dossier. Lors des débats, le procureur général de la cour avait demandé à ce qu'on déclare le crime non prescrit. Mais la cour ne suit pas le haut magistrat. Le dossier est déclaré prescrit, le meurtrier présumé Yves Châtain ne pourra pas être jugé. 

Vendredi 28 novembre 2025, lors des débats, le procureur général près la cour de cassation, Rémy Heitz, favorable à un procès pour Yves Châtain, avait mis en garde contre la prescription. Me Bernard Boullou, avocat de la famille de Marie-Thérèse Bonfanti, ne compte pas en rester là. Il va envoyer une lettre à Gérald Darmanin, l'actuel garde des Sceaux. "J’espère qu'elle trouvera un accueil favorable, qu’on prendra en considération le travail fait par toute la famille et moi", explique-t-il dans L'Heure du Crime, sur RTL, avant de compléter : "Nous ne baisserons pas les bras car un crime de sang ne doit jamais rester impuni". 

Les invités de "L'Heure du Crime"

- Serge Pueyo, grand reporter, correspondant RTL à Grenoble et dans les Alpes. 
- Me Bernard Boulloud, avocat au barreau de Grenoble, avocat de la famille de Marie-Thérèse Bonfanti.

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