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Toute une famille volatilisée le soir du réveillon de Noël : 53 ans après la disparition des Méchinaud, le "temps peut être un allié", le pôle cold case lance un appel à témoins sur RTL

PODCAST - "L'Heure du Crime" revient sur l'affaire Méchinaud, le plus vieux dossier du pôle des cold cases. Toute une famille a disparu dans la nuit du 24 au 25 décembre 1972 en Charente. De nouvelles fouilles devraient avoir lieu prochainement.

Des gendarmes se renseignent près de pêcheurs lors de recherches menées sur la Charente, le 23 novembre 2011 près de Boutiers-Saint-Trojan, 39 ans après la disparition de la famile Méchinaud

Crédit : PIERRE DUFFOUR / AFP

Jean-Alphonse Richard - édité par Thomas Bernardon & Sylvain Zimmermann

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Le 25 décembre 1972, vers 2h30 du matin, après avoir passé le réveillon de Noël chez des amis, la famille Méchinaud décide de rentrer chez elle. La famille prend la route à bord de leur Simca 1100 en direction de Boutiers. Elle ne réapparaîtra jamais. Cinquante-trois ans après, le mystère reste entier.


Ce jeudi 15 janvier 2025, la procureur de la République adjointe au pôle cold case du tribunal judiciaire de Nanterre Marie-Céline Lawrysz a lancé un appel à témoins dans L'heure du crime sur RTL : "Les mémoires peuvent révéler beaucoup de choses avec le temps. Le temps n'est pas forcément un ennemi, au contraire, parfois cela peut être un allié. Des personnes sont décédées, des menaces, des pressions qui peuvent ne plus exister. Certains témoins peuvent maintenant peut-être parler".


Pour évoquer quoi ? "Peut-être avoir vu ce véhicule, la voiture Simca 1100, couleur grenat, bordeaux, utilisée par la famille Méchinaud. Peut-être avoir entendu des choses lors des déjeuners, des dîners de famille. Car on sait que la mémoire locale est très vive concernant ce dossier", confie-t-elle.


Marie-Céline Lawrysz poursuit : "Les personnes qui ont des choses à nous dire, même s’il s’agit d’un petit détail qui peut leur sembler anodin, ne pas hésiter à écrire à l’adresse mail du Parquet cold case de Nanterre, ou appeler la gendarmerie ou le commissariat pour faire état d’un élément qui nous serait remonté ensuite par les services enquêteurs".

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La voiture de la famille, clé de résolution du dossier ? "Pour nous, la voiture est la clé de résolution de ce dossier. Il faut essayer de la chercher encore pour pouvoir avancer." 


Jeudi 8 janvier 2026, le journal Ouest France a révélé que la juge d'instruction du pôle des cold cases, Fabienne Bernard, pourrait prochainement organiser une nouvelle campagne de fouilles autour du village de Boutiers-Saint-Trojan. Le but est de retrouver la voiture de la famille dans des secteurs peu ou pas explorés. 

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Une disparition mystérieuse

Samedi 6 janvier 1973, Pierre Esnard pousse la porte de la brigade de gendarmerie de Cognac. Il vient signaler la disparition de sa fille Pierrette, 29 ans, de son gendre Jacques, et de ses deux petits-enfants, Éric et Bruno, 7 et 4 ans. La famille Méchinaud n’a plus donné aucune nouvelle depuis Noël, il y a maintenant une douzaine de jours. Ni coup de fil, ni lettre, ni visite.

Quarante-huit heures plus tard, les gendarmes entendent le couple Fontanillas, domicilié à Cognac. Les Fontanillas, parents eux aussi de deux jeunes enfants, sont les derniers à avoir vus vivants les Méchinaud. Le 24 décembre au soir, ils sont venus chez eux pour y passer le réveillon. Les deux pères de famille sont collègues à l'usine Saint-Gobain. La soirée s'est très bien passée. 

Mercredi 10 janvier, une trentaine de gendarmes, des pompiers et des personnels des Ponts et Chaussées sillonnent les abords de la Charente. L'hypothèse d'un accident de la route est privilégiée. Le cours d'eau est dragué. Des étangs sont explorés. Un hélicoptère de la Protection Civile survole la région. Sans succès. "C'est une disparition hors norme parce qu'elle concerne une famille entière. On n'a pas de corps, pas de voiture, très peu de témoins", déclare Marie-Céline Lawrysz, procureure de la République adjointe au Tribunal Judiciaire de Nanterre.

Le couple Méchinaud battait de l'aile

Jeudi 18 janvier 1973, le journal Sud-Ouest titre "Un drame de la jalousie pourrait expliquer la disparition". Les gendarmes de Cognac enquêtent en effet sur la vie privée du couple Méchinaud. Leur mariage battait de l’aile. Pierrette aurait eu des envies de liberté qui ne plaisaient guère au mari. "Elle aimait les minijupes, alors que lui, de caractère jaloux et renfermé, voulait qu'elle reste une fée du logis", déclare un voisin. Au printemps, le mari a confié avoir des doutes sur la fidélité de son épouse. 

Les doutes de Jacques Méchinaud étaient fondés. Les gendarmes n'ont aucun mal à retrouver l'amant de son épouse. Il s'agit du voisin direct, à Boutiers-Saint-Trojan, de la famile disparue. Maurice Blanchon, 30 ans, ouvrier viticole, reconnait sa liaison avec Pierrette. Il passait par le jardin, la nuit, quand le mari travaillait à l’usine. Il franchissait le grillage, ne faisait pas de bruit pour ne pas réveiller les enfants.

"Cela ouvre une piste mais surtout un mobile et peut être un mobile qui rassure. On va d’une certaine façon très vite s’engouffrer dans cette brèche", rappelle Marie-Céline Lavrysse. En effet, les enquêteurs font de Jacques Méchinaud un possible suspect. Le mari trompé, bouillonnant de rage, aurait pu décider de tuer femme et enfants puis de mettre fin à ses jours. Peut-être, mais l'absence des corps et de la voiture fragilise cette hypothèse.

Sur les traces de la Simca 1100

En 2001, le jeune gendarme Stéphane Chalumeau, se retrouve en poste à la brigade de Cognac. Il tombe sur le dossier Méchinaud, totalement oublié, et décide de passer du temps sur cette enquête. Il va ainsi interroger des dizaines de témoins jamais entendus à l'époque. Quelques années plus tard, il se rapproche de Jean-Paul et Annie Méchinaud, frère et sœur de Jacques. Ils parviennent à faire rouvrir l'affaire. Les fouilles reprennent. En 2013, une Simca 1100 est repêchée dans la Charente. Hélas, le numéro de châssis et d'immatriculation ne correspondent pas au véhicule des Méchinaud. 

Printemps 2019, Solange, une habitante de Cognac, est discrètement entendue par les gendarmes. En 1972, elle travaillait à l'usine du cognac Courvoisier. Elle avait pour collègue l'une des sœurs de Pierrette Méchinaud. Les gendarmes l'interrogent sur son ancien compagnon, Claude F., décédé quelques mois auparavant des suites d'un cancer. Une lettre d'un corbeau, apparemment bien renseigné, accuse cet homme d'être impliqué dans la quadruple disparition. La personnalité de cet homme, une force de la nature, intrigue les enquêteurs. Des vérifications sont effectuées. Elles ne mènent à rien. 

Si vous avez la moindre information, vous pouvez contacter l'adresse mail suivante : parquet.coldcase.tj-nanterre@justice.fr

Les invités de "L'Heure du Crime"

- Marie-Céline Lawrysz, procureure de la République adjointe au Tribunal judiciaire de Nanterre (au pôle national des crimes sériels ou non élucidés).
- Me Marine Allali, avocate au barreau de Paris. 
Avocate d'une sœur de Pierrette Méchinaud.
- Me Didier Seban, avocat au barreau de Paris.
Avocat d'une sœur de Pierrette Méchinaud.

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