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Terrorisme : le rapport du Sénat cible le "danger" du salafisme

Trois jours avant la présentation d'un nouveau plan de lutte contre le terrorisme par Matignon, un rapport du Sénat s'inquiète des "réelles insuffisances" dans le traitement de la menace intérieure et cible tout particulièrement le salafisme.

La devanture de la mosquée de Brest en novembre 2015 (illustration)
La devanture de la mosquée de Brest en novembre 2015 (illustration) Crédit : FRED TANNEAU / AFP
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Cécile De Sèze
et AFP

La lutte contre le terrorisme est loin d'être terminée. Les spécialistes le martèlent, ce n'est pas parce que l'État islamique a perdu l'immense majorité de ses territoires en Irak et en Syrie que la France est sortie des radars des terroristes, au contraire. C'est un constat que fait aussi le Sénat dans son rapport sur la lutte contre le terrorisme dévoilé mardi 10 juillet.

Pilotée par les sénateurs Bernard Cazeau (REM) et Sylvie Goy-Chavent (Union centriste), la commission d'enquête brosse le tableau d'une menace terroriste devenue essentiellement intérieure.

"Aujourd'hui la menace est endogène avec des individus un peu frustrés de ne pas avoir pu partir en zone irako-syrienne et qui du jour au lendemain, peuvent être motivés par des actions sur le territoire", explique Sylvie Goy-Chavent. 

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Selon le rapport, 278 adultes sont revenus en France et tous les majeurs y compris les femmes sont systématiquement judiciarisés. Toutefois, une quinzaine de revenants ont déjà été jugés et sont sortis de prison, prévenait RTL.fr en mai dernier, d'autant que selon François Molins évoquait lui aussi un "risque majeur" concernant ces futurs "sortants". 

Le salafisme comme "dérive sectaire"

Après des bons points distribués aux chantiers mis en oeuvre par les pouvoirs publics depuis 2015, le rapport du Sénat fait part de "fortes inquiétudes pour l'avenir" face à l'évolution de la menace. Et met notamment l'accent sur "le danger du salafisme".

Comme Manuel Valls ou Nathalie Kosciusko-Morizet avant eux, parmi leurs 63 propositions, les sénateurs adressent une violente charge contre "l'enracinement du salafisme en France" qui selon les estimations rapportées par la commission, réunirait de 40.000 à 60.000 adeptes de ce courant rigoriste de l'islam. Selon eux, il "constitue le terreau idéologique du djihadisme dans un contexte propice au terrorisme 'inspiré'".  

Le rapport accumule les griefs contre les "zones ghettoïsées" sans que celles-ci ne soient explicitement désignées. Sans non plus éviter l'incantation, les sénateurs plaident pour un "retour de la République", "davantage de mixité", et préconisent une mobilisation de l'arsenal juridique ou encore d'inscrire le salafisme sur la liste des dérives sectaires de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). 

Ils fustigent ainsi "l'inaction coupable des pouvoirs publics" : "Le manque de courage conduit trop souvent à fermer les yeux sur la place du salafisme en France, tandis que certains individus surveillés ne sont pas toujours empêchés de passer à l'acte". 

Salafisme ne veut pas dire jihadisme

Comme à chaque attentat, des politiques proposent de rendre illégal le salafisme. Outre le fait que ce soit impossible, cette mesure ne serait pas tellement efficace selon Romain Caillet, co-auteur du Combat vous a été prescrit, une histoire du jihad en FranceIl expliquait déjà à RTL.fr en mars dernier, après l'attentat à Trèbes, que "fermer les mosquées salafistes n'a pas d'influence sur la lutte antiterroriste". 

Il faut distinguer le salafisme quiétiste du salafisme jihadiste. Le quiétisme - majoritaire en France - se distingue ainsi du jihadisme qui milite, lui, pour l'usage de la force et de la violence. Le jihadisme est bien une branche du salafisme, mais il plaide pour la lutte armée et "les salafistes quiétistes désignent les jihadistes sous l'appellation de takfiris", explique Romain Caillet.

Toutefois, selon Achraf Ben Brahim, auteur de L'Emprise, enquête au cœur de la djihadosphère, "plusieurs mosquées pas jihadsites mais orthodoxes servaient de lieux de rencontres aux partisans du jihad car le discours étaient un peu plus ferme que les autres mosquées". "S'il y a un lien, il n'est pas mécanique", nuançait Samir Amghar, sociologue spécialiste de la question de l'islam, à RTL.fr déjà en 2016.

Les jihadistes finissent par entrer en contradiction frontale avec les quiétistes. Pour exemple le régime de l'Arabie saoudite élevé en "modèle idéal", comme l'explique Romain Caillet, par les quiétistes est largement rejeté par les jihadistes.

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2018-07-10 20:45:00
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