3 min de lecture Terrorisme

Interdire le salafisme, une mesure efficace contre le terrorisme ?

ÉCLAIRAGE - À chaque attentat, certains politiques proposent de fermer les mosquées salafistes ou carrément "d'interdire" le salafisme. Outre la complexité juridique, quelle efficacité contre les actes commis au nom du jihad ?

Une pancarte tenue par un musulman après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis
Une pancarte tenue par un musulman après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis Crédit : RICHARD BOUHET / AFP
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Fermer les mosquées salafistes, expulser des imams salafistes, voire interdire le salafisme tout court... Les propositions pour lutter contre le terrorisme islamiste pleuvent après chaque attentat en France. Après celui du vendredi 3 mars dans l'Aude (qui a fait quatre victimes), les responsables politiques ont une nouvelle fois étaler une liste d'idées pour contrer les attaques terroristes perpétrées au nom d'un islam radical : le salafisme, jihadiste. 

Manuel Valls a réitéré. "Je pense qu’il faut prendre un acte fort, politique, à caractère symbolique d’une interdiction du salafisme, a déclaré l’ancien Premier ministre sur BFM-TV dimanche. Je reconnais que c’est extrêmement difficile, on peut fermer des mosquées, un des imams salafistes de Marseille est en voie d’expulsion." Et Le Monde de rappeler que Manuel Valls avait déjà fait le lien direct entre salafisme et terrorisme

Comme le rappelle Alain Duhamel, la proposition est inapplicable. Le salafisme est "une opinion et en France, il y a la liberté de l'opinion religieuse." C'est effectivement écrit dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, article 11 : "La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi". Outre la complexité légale à faire appliquer cette idée, serait-ce réellement efficace dans la lutte contre le terrorisme ?

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Salafisme ne veut pas dire jihadisme

Le salafisme est un courant de pensée de l'islam qui prône une pratique rigoriste de la religion et un retour à l'islam authentique, au plus proche des textes sacrés. Sa pratique "va donc à l'encontre des valeurs défendues par la majorité des Français", selon Romain Caillet.

Le salafisme est aussi appelé le quiétisme. Il condamne le recours à la force pour convertir les infidèles et va convaincre par la foi. Il condamne les attentats tout comme le terrorisme.

Le quiétisme, ou salafisme quiétiste - majoritaire en France, se distingue ainsi du jihadisme qui milite, lui, pour l'usage de la force et de la violence. Le jihadisme est bien une branche du salafisme, mais il plaide pour la lutte armée et "les salafistes quiétistes désignent les jihadistes sous l'appellation de takfiris", explique Romain Caillet, co-auteur d'Une histoire du jihad en France, à RTL.fr. Soit, appartenant au courant du takfirisme.

Fermer les mosquées salafistes n'a pas d'influence sur la lutte antiterroriste

Romain Caillet, co-auteur d''Une histoire du jihad en France'
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Toutefois, selon Achraf Ben Brahim, auteur de L'Emprise, enquête au cœur de la djihadosphère, "plusieurs mosquées pas jihadsites mais orthodoxes servaient de lieux de rencontres aux partisans du jihad car le discours étaient un peu plus ferme que les autres mosquées".

"S'il y a un lien, il n'est pas mécanique"nuançait Samir Amghar, sociologue spécialiste de la question de l'islam, à RTL.fr déjà en 2016. Et Romain Caillet d'affirmer : "Fermer les mosquées salafistes n'a pas d'influence sur la lutte antiterroriste et n'empêche pas les attentats".

D'après de nombreux témoignages recueillis dans plusieurs ouvrages sur le jihad, différents jihadistes ont d'abord été convaincus par les prêches quiétistes, qu'ils ont ensuite rejetés. Ils considèrent que le quiétisme n'est pas en adéquation avec ce qu'il prône, vivant dans une société occidentale et pointent ce paradoxe. L'État islamique gonflait ses rangs en appelant ainsi les musulmans radicaux de France à le rejoindre en quittant une terre mécréante et ainsi pouvoir pratiquer leur religion sur une terre d'islam. 

Les jihadistes finissent par entrer en contradiction frontale avec les quiétistes. Pour exemple le régime de l'Arabie saoudite élevé en "modèle idéal", comme l'explique Romain Caillet, par les quiétistes est largement rejeté par les jihadistes.

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