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Soupçons de viols dans 8 pays pendant 55 ans, meurtres de sa mère et de sa tante... Ce que l'on sait sur le parcours de Jacques Leveugle

Le nombre de victimes a été établi à partir d'écrits compilés dans une clé USB par le mis en cause qui évoque des "rapports sexuels" sur des mineurs âgés de 13 à 17 ans, a précisé le procureur de Grenoble lors d'une conférence de presse tenue ce mardi 10 février 2026.

Le procureur Etienne Manteaux lors d'une conférence de presse ce mardi 10 février 2026.

Crédit : Timothée PIRON / AFPTV / AFP

"Il y a urgence" : le procureur de la République de Grenoble lance un appel à témoins pour identifier les victimes de Jacques Leveugle, écroué pour des viols sur 89 mineurs entre 1967 et 2022

00:06:10

Serge Pueyo & Chloé Berry & AFP

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15 tomes de confessions lugubres. Ce mardi 10 février 2026, lors d'une conférence de presse donnée par Étienne Manteaux, le procureur de Grenoble, nous avons appris l'existence d'une enquête qui pourrait s'apparenter à une nouvelle affaire Le Scouarnec. Un homme de 79 ans a été mis en examen en février 2024 et depuis écroué pour des viols et agressions sexuelles sur 89 garçons mineurs, âgés de 13 à 17 ans.

Les faits se sont déroulés entre 1967 et 2022 et ont eu lieu dans huit pays différents. Le mis en cause s'appelle Jacques Leveugle. Un nom donné volontairement par le procureur afin de "permettre à d'éventuelles victimes de se manifester". Un appel à témoins a été lancé.

La découverte de cette affaire a été possible grâce au neveu de l'accusé. Lors d'une randonnée en montagne avec son père et son oncle, ce dernier, qui se "questionnait sur la vie affective et sexuelle" de son oncle, a trouvé des clés USB dans la chambre de Jacques Leveugle et a décidé de les exploiter. 

La brigade policière de Vizille (Isère) étant "sous-dimensionnée" pour traiter une affaire aussi vaste, l'enquête a été confiée à la section de recherches qui dispose de davantage de moyens pour mener les investigations. Le travail d'exploitation des mémoires devrait durer "plusieurs mois", précise le procureur.

Un appel à témoins lancé… avant l'ouverture d'un procès ?

Le procureur a lancé un appel à témoins "pour permettre à d'éventuelles autres victimes de pouvoir se manifester". Un numéro vert (0 800 20 01 42) a été mis en place. Deux tiers des victimes seraient françaises, majoritairement dans les Cévennes, le Gard et le sud-ouest de la France. Un tiers serait domicilié à l'étranger.

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"Dans ce dossier, on a les écrits du mis en cause, sauf que les faits se sont étalés sur 55 ans. Nous sommes en difficulté pour localiser et entendre toutes ces victimes", explique Étienne Manteaux, invité à réagir sur notre antenne, quelques minutes après la conférence de presse. "Nous souhaitons inverser le processus pour que les investigations avancent", a-t-il ajouté.  

Par ailleurs, il y a "urgence" à ce que le processus s'accélère. "Le mis en cause a 79 ans et je veux qu'on puisse anticiper un procès dans les plus brefs délais", annonce le procureur. 

Si la plupart des faits risquent d'être prescrits, Étienne Manteaux appelle les victimes d'avant 1993 à se manifester tout de même. "Il ne faut pas se limiter auprès des enquêteurs." 

Qui est Jacques Leveugle ?

Jacques Leveugle est né à Annecy en 1946. Il a fait des études, mais n'est "jamais allé au bout de ses projets". Par exemple, il n'a jamais terminé son parcours en classe préparatoire littéraire, ni sa formation d'infirmier ou celle pour devenir éducateur spécialisé. Sans les diplômes correspondants, il n'a jamais fait carrière de professeur en France, mais faisait du soutien scolaire.

Entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 2020, il sillonne le monde : Maroc, Algérie, Niger, Philippines, Inde, Suisse, Allemagne, Nouvelle-Calédonie et Colombie. Dans chacun de ces pays, il encadre des camps de jeunesse dans le cadre d'activités sportives ou en tant qu'éducateur. C'est dans ce cadre qu'il rencontre de jeunes garçons et va avoir des relations sexuelles avec eux.

Un "pédéraste"

En 1964, alors qu'il a 18 ans, il écrit dans ses mémoires : "Je connais ma nature particulière de m'attacher à des garçons prépubères". On apprend qu'il réfute alors le terme de "pédophile" et lui préfère celui de "pédéraste" (un homme qui a des relations sexuelles avec de jeunes garçons, ndlr).

Pour approcher ses victimes, Jacques Leveugle semble répéter le même schéma. "C'est d'abord une conquête par l'intelligence, puis des caresses", explique Étienne Manteaux. Cet homme, qui avait une "vraie aura" et beaucoup de "charisme", approchait des familles modestes "avec bienveillance". Les mineurs entendus ont expliqué que Jacques Leveugle passait "beaucoup de temps" à leur apprendre les langues étrangères ou à les éveiller à l'architecture.

S'il défendait une "sorte d'éducation à la sexualité" dans ses mémoires, l'homme de 79 ans aurait "pris conscience de la gravité des faits au moment de sa garde à vue. 

Il a reconnu avoir tué sa mère et sa tante

L'homme a reconnu au cours de l'enquête avoir étouffé à l'aide d'un coussin sa mère cancéreuse en phase terminale en 1974, puis sa tante, âgée de 92 ans, en 1992, avec le même mode opératoire, a précisé le procureur Étienne Manteaux lors d'une conférence de presse. 

Concernant sa tante, "parce qu'il devait repartir dans les Cévennes et qu'elle le suppliait de ne pas partir, il a fait le choix de lui donner la mort également et donc profitant de son sommeil a pris un coussin et l'a étouffée", a indiqué le procureur. 

Une enquête distincte de celle sur les viols et agressions sexuelles a été ouverte pour ces deux faits "là aussi tout à fait reconnus et admis" par le prévenu qui "légitime son passage à l'acte en considérant qu'il aimerait bien qu'on lui fasse la même chose s'il se trouvait dans cette situation de fin de vie", a indiqué cette même source. 

Pourquoi cette affaire est rendue publique 2 ans après la mise en examen du septuagénaire ?

Interrogé sur le fait de n'avoir pas révélé cette affaire au moment de la mise en examen du septuagénaire, Étienne Manteaux a indiqué qu'il s'agissait d'un "dossier un peu singulier, on voulait d'abord s'assurer de la véracité des faits". 

"On pensait qu'on arriverait en interne à identifier toutes les victimes" mais "on s'est rendu compte qu'on (était) face à un mur (…) avec certains noms, prénoms uniquement qui apparaissent, il y a 40 ans de cela", et "on ne (pouvait) pas indéfiniment continuer à chercher", a-t-il expliqué. 

Avant de lancer un appel à témoins, "on voulait d'abord s'assurer d'avoir une quasi-certitude du contenu des mémoires", et puis "c'est apparu indispensable pour pouvoir permettre à des victimes qui n'ont pas pu être identifiées et qui n'allaient pas être entendues de pouvoir se manifester", a-t-il ajouté. 

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