4 min de lecture Justice

Prisons : 4 pistes pour réformer le système carcéral

ÉCLAIRAGE - La grogne qui sévit dans les établissements pénitentiaires depuis une dizaine de jours à la suite de l'agression de surveillants par un détenu radicalisé ne faiblit pas. Le dernier plan proposé par la ministre de la Justice a été rejeté.

L'accès pour la prison de Vezin-le-Coquet, près de Rennes (Illustration)
L'accès pour la prison de Vezin-le-Coquet, près de Rennes (Illustration) Crédit : DAMIEN MEYER / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Le problème est profond et ne pourra se régler à coups de "mesurettes". C'est le message qu'ont voulu envoyer les syndicats de surveillants de prison. Depuis le 11 janvier dernier et l'agression de surveillants par un détenu radicalisé à la prison de Vendin-le-Vieil, la grogne ne s'éteint pas dans les prisons et maisons d'arrêt. Plusieurs agressions ont continué à alimenter la colère des gardiens. 

Lundi 22 janvier, alors que la ministre de la Justice recevait les syndicats de gardiens de prison, 27 établissements étaient bloqués à 12h15, selon la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP). Et ce malgré les propositions émises par Nicole Belloubet samedi, qualifiées de "mesurettes" par les syndicats. 

Les gardiens jugent leur profession dangereuse, mal payée et mal considérée alors que les prisons souffrent d'une surpopulation chronique. L'Ufap-Unsa et la CGT jugent insuffisante la proposition de 1.100 créations de postes sur quatre ans. Les trois principaux syndicats demandent des revalorisations soit indemnitaires (pour l'Ufap), avec une hausse des primes de nuit ou de pénibilité, soit statutaires (pour FO et la CGT), avec le passage pour les agents de la pénitentiaire de la catégorie C à la catégorie B. Ils retrouveront la ministre mardi 23 janvier pour discuter de la question de la sécurité du personnel, la question indemnitaire et la création d'emplois supplémentaires, alors que le blocage des prisons va se poursuivre.

À lire aussi
Jérôme Cahuzac, le 15 mai 2018 justice
Jérôme Cahuzac autorisé à exercer la médecine générale par l'Ordre des médecins

Le système pénitentiaire français est loin d'être un modèle d'excellence en Europe. La France a été condamnée plusieurs fois par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) sur son modèle carcéral. Récemment encore, l'Observatoire international des prisons a saisi la justice européenne sur la question de la surpopulation. Afin d'améliorer le quotidien des surveillants et des détenus, quelques pistes pour réformer les prisons et apaiser la situation. 

1. Revaloriser le métier de gardien de prisons

À commencer par revaloriser le métier en soi. 1.500 surveillants devraient être recrutés cette année, mais l'administration pénitentiaire peine à faire le plein. La semaine dernière, près de 70% des personnes inscrites pour passer le concours ne sont tout simplement pas venues.

>
L'administration pénitentiaire peine à recruter des nouveaux surveillants de prisons Crédit Média : Cindy Hubert | Durée : | Date :

C'est pourquoi les syndicats militent pour une revalorisation de leurs conditions de travail, afin d'attirer davantage de sang neuf. Ils réclament une meilleure indemnisation salariale, ce qu'ils devraient obtenir selon Nicole Belloubet, qui ne s'est toutefois pas prononcée sur la hauteur de cette revalorisation. En revanche, la Garde des Sceaux a écarté toute requalification statuaire du métier de surveillant de prison, à la sortie de sa réunion avec les syndicats.

2. Sécuriser la profession face aux détenus radicalisés

L'aspect sécuritaire du métier est au cœur du débat. C'est bien l'agression de trois surveillants par un détenu radicalisé qui a été l'élément déclencheur de la grogne dans les prisons. Aujourd'hui, tous les détenus poursuivis pour des faits de terrorisme doivent obligatoirement passer par un quartier spécial. Ils sont évalués pendant 4 mois. Les plus virulents sont ensuite placés à l'isolement tandis que le reste retourne en détention classique. 

Mais ces quartiers tournent à plein régime. Il n'y en a que trois, tous en Île-de-France. Ensuite, rien n'est prévu. On se contente de les trier en amont, sans travailler sur le long terme sur un désengagement de la violence. Pour les syndicats, il faut absolument muscler le dispositif de toute urgence. 

Sans oublier les autres, ceux qui sont en prison pour des faits de droits commun, un braquage par exemple, mais qui sont repérés comme radicalisés. On en compte près de 1.200. 

3. Rénovation des lieux, l'exemple de Fresnes

C'est l'un des établissements pénitentiaires les plus insalubres de France. La prison de Fresnes, dans le Val-de-Marne, a été visitée en surprise par deux sénateurs début janvier, à la suite de laquelle, Laurence Cohen et Pascal Savoldelli ont réclamé une "rénovation complète" et "un plan d'urgence". "Cette prison est indigne de la France. C'est un sujet de souffrances pour les personnels pénitentiaires comme pour les détenus", a argumenté la sénatrice communiste.

Dans cette prison de 2.500 détenus, remplie à 200% de sa capacité, les deux sénateurs ont constaté la "vétusté" des infrastructures et les nombreuses cellules de 9m2, partagées par trois détenus. 

Infiltrations d'eau, champignons sur les murs, fenêtres mal isolées, parloirs insalubres, surpopulation : les conditions d'incarcération à Fresnes ont déjà été dénoncées par la contrôleure générale des prisons (CGLPL) dans un rapport fin 2016. En novembre, plusieurs avocats de détenus ont saisi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) à ce sujet. 

4. Lutter contre la surpopulation carcérale

L'un des problèmes majeurs des prisons et maisons d'arrêt en France c'est la surpopulation carcérale. Emmanuel Macron a promis d'y remédier en créant 15.000 places supplémentaires de prison. Mais certains ont d'autres idées qu'augmenter la capacité d'accueil : vider les cellules. Invitée du Grand Jury - RTL - Le Figaro - LCI, Valérie Pécresse, par exemple, a émis l'idée de "centres de détention dans lesquels les conditions de la détention seraient un peu allégées, pour desserrer rapidement cette population carcérale".  

"Que ces centres de détention soient réservés à des détenus beaucoup moins dangereux, avec par exemple des délits comme la conduite en été d'ivresse récidiviste ou délinquance financière", a-t-elle ajouté.

D'autres estiment que la prison ne doit pas être une réponse systématique. Le président a déjà souligné cette idée dans la présentation de son projet de la réforme de la Justice. Les peines aménagées seraient, pour certains, un meilleur moyen de lutter contre la récidive, tout comme les peines alternatives à l'incarcération. 

La ministre de la Justice va devoir montrer qu'elle a entendu le problème mis en avant par le mécontentement des surveillants de prison, et réformer en profondeur le système carcéral et judiciaire. Un "plan pénitentiaire global" devrai être annoncé d'ici la fin février.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Justice Prisons Société
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7791940242
Prisons : 4 pistes pour réformer le système carcéral
Prisons : 4 pistes pour réformer le système carcéral
ÉCLAIRAGE - La grogne qui sévit dans les établissements pénitentiaires depuis une dizaine de jours à la suite de l'agression de surveillants par un détenu radicalisé ne faiblit pas. Le dernier plan proposé par la ministre de la Justice a été rejeté.
https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/prisons-4-pistes-pour-reformer-le-systeme-carceral-7791940242
2018-01-23 06:30:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/EhqKRzGWdDaZibkHdtY6vA/330v220-2/online/image/2018/0122/7791940259_l-acces-pour-la-prison-de-vezin-le-coquet-pres-de-rennes-illustration.jpg