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Les forces de l'ordre pendant une manifestation des lycéens à Paris le 6 octobre 2026.
Crédit : Dimitar DILKOFF / AFP
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Un lycéen la main arrachée, un autre qui perd ses dents... Le gouvernement est mis à mal depuis plusieurs jours par les images de violences capturées lors des blocages de lycées. Devant l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a fait état de 215 jeunes blessés depuis le début du mouvement dont "l'immense majorité" l'ayant été "soit dans le cadre d'accidents", "soit par le fait d'autres individus extérieurs". Au moins 11 enquêtes de l'IGPN, la "police des polices" ont d'ailleurs été ouvertes.
Eden, âgé de 14 ans, souffre d'une double fracture de la mâchoire après avoir été touché par un tir de lanceur de grenade lacrymogène dans le Val-d'Oise : sa mâchoire est scellée, les dents du haut cassées, celles du bas arrachées. Le policier auteur du tir a été mis en examen pour violences et mutilation. À Tours, un autre lycéen de 16 ans a perdu l'usage de son œil et ses lésions sont "compatibles avec l'impact d'une balle de défense de type LBD", d'après le parquet. Et à Lens, un jeune de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade.
Face à ces affaires qui se multiplient, les critiques se font entendre. La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) s'est dit inquiète du "recours disproportionné à la force" appelant le gouvernement "à renforcer le dialogue avec la jeunesse" et à "garantir l'exercice de leurs droits".
"La gestion des contestations lycéennes exige avant tout mesure, écoute et strict respect des libertés fondamentales", assure la CNCDH qui alerte sur "la tentative d’assimiler l'ensemble du mouvement lycéen aux violences illégitimes qui peuvent être commises en marge des manifestations, et ainsi justifier une répression exacerbée".
La gauche s'est de son côté insurgée contre la doctrine de maintien de l'ordre du gouvernement, visant notamment le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Car ce dernier avait indiqué sur TF1 qu'il n'y avait "aucune consigne de retenue (en direction des forces de l'ordre) et aucune consigne de ne pas utiliser tout l'armement intermédiaire à disposition". "Une faute politique grave et la preuve d'un manque d'humanité affligeant", a dénoncé la candidate à la présidentielle Marine Tondelier sur X.
Même son de cloche chez les Insoumis, que le gouvernement a d'ailleurs accusé avec ses "proxys de l'ultra-gauche" d'être à l'origine du mouvement. Jean-Luc Mélenchon a estimé dans une vidéo publiée sur YouTube que la doctrine de maintien de l'ordre est devenue "de plus en plus brutale, puisque son objet est toujours plus confus, toujours moins facile à discerner, toujours plus difficile à qualifier".
"La surenchère policière est hors de contrôle. Le nombre d'interpellations est plus élevé que pendant mai 1968 et au plus haut niveau depuis octobre 1961 pendant la guerre d'Algérie. Les violences indignes, les abus de pouvoir, les provocations se multiplient sans limite ni retenue conformément aux déclarations du ministre Nuñez", a-t-il ajouté sur X.
Fabien Roussel a également demandé des comptes au ministre de l'Intérieur, assurant : "Laurent Nuñez doit répondre de ses choix politiques. On ne maintient pas l'ordre en mutilant notre jeunesse." Alors qu'Olivier Faure, a martelé que "le pouvoir ne peut répondre par la violence, avec des armes dont l'usage peut mutiler et briser des vies".
Que répond Sébastien Lecornu ? Il reconnaît que les "accidents" puissent arriver. "Est-ce que, dans une manœuvre aussi sensible d'ordre public, des accidents peuvent arriver ? La réponse est oui. Et je dis accident puisque je vois là aussi la terminologie qui est employée de violences policières. Violences policières suggérerait qu'il y ait des instructions politiques de répression policière. C'est faux, c'est un mensonge et c'est jeter l'opprobre sur la police de la République", a-t-il martelé devant l'Assemblée nationale. Il indique que "des instructions de proportionnalité ont été données aux policiers et aux gendarmes"
Le gouvernement se trouve dans une situation inédite, face aux forces de l'ordre se trouvent souvent des mineurs. Mais Laurent Nuñez l'affirme : "Quand il y a des troubles, il doit y avoir une intervention." Face aux lycéens les policiers utilisent uniquement des armes non létales : matraques, boucliers, canons à eau, etc. Mais aussi des grenades lacrymogènes envoyés à l'aide de lanceurs avec l'interdiction formelle de réaliser des tirs tendus, qui peuvent provoquer de grosses blessures. Quant au LBD, le lanceur de balle de défense, son utilisation est règlementé : seul le commandant de compagnie peut donner l'ordre de l'utiliser.
Rien n'interdit d'utiliser ces armes contre des lycéens, il n'y a aucune mention du terme mineur dans le schéma national du maintien de l'ordre, publié en 2020. Ce qui pose problème à Thomas Dumortier, conseiller juridique à la Commission consultative des droits de l'homme. "Pourquoi envoyer des policiers avec des LBD face à des lycéens ?", se questionne-t-il au micro de RTL. "On a affaire à des enfants. Il y a déjà un problème, un déséquilibre qui n'est pas approprié."
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