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"On exploite la misère humaine" : les passeurs proposent des "go fast" pour migrants, avec les mêmes méthodes que pour la drogue

Selon une enquête de RTL, les migrants sont aujourd'hui considérés comme de la marchandise par les passeurs, qui les transportent, à l'image de la cocaïne, en "go fast". Ce phénomène inquiète les autorités.

Des migrants tentant de traverser la Manche à bord d'une petite embarcation

Crédit : Sameer Al-DOUMY / AFP

"On exploite la misère humaine avec la même méthodologie que le trafic de drogue" : notre enquête sur les go fast de migrants

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Morad Djabari - édité par Juliette Vignaud

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Ce phénomène inquiète de plus en plus les autorités. Selon une enquête de RTL, les passeurs de migrants font des "go fast", comme les narcotrafiquants, avec de puissantes voitures, qui acheminent de la drogue dans l'Hexagone. Mais cette fois-ci, la marchandise est humaine.

Le mode opératoire est le même que celui utilisé par les narcotrafiquants. Une voiture puissante se trouve en tête de cortège, et roule s'il le faut à vive allure pour s'assurer qu'il n’y a pas de contrôle à la frontière. Quelques kilomètres derrière elle, se trouvent une ou des voitures qui transportent des migrants.

En mars 2025, un réseau international de passeurs entre l'Espagne et la France a été démantelé. Il avait fait venir 1.700 migrants dans l'Hexagone en quelques mois. Dans ce cadre, 19 personnes à Marseille et en Espagne ont été interpellées.

"On avait d'abord des rabatteurs qui, du côté espagnol, retrouvaient des candidats à l'exil. Et contre rémunération, les transporter, faire comme de la marchandise, comme de la drogue, puisque vous aviez des véhicules ouvreurs, des logisticiens qui assuraient la réception des migrants. On exploite la misère humaine et avec exactement la même méthodologie que le trafic de drogue", explique Nicolas Bessone, procureur de Marseille en charge de cette affaire, au micro de RTL.

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"Exploiter la misère humaine et transporter les migrants, c'est peut-être plus facile et moins sanctionné que de transporter de la cocaïne. On peut penser à une réorientation et à une diversification des activités des narcotrafiquants", souligne le magistrat.

Près de 200.000 euros de trafic

Les passeurs faisaient payer le voyage de 150 à 300 euros. Ce trafic a généré presque 200.000 euros. Ces "go fast" de migrants permettent de déjouer le durcissement des contrôles dans les gares, aux postes frontières ou en mer. Il y a quelques semaines, un autre réseau de passeurs a été démantelé, cette fois-ci à Perpignan. Ces migrants ont été pris en charge en banlieue de Barcelone, en Espagne. 

"En voiture, ce qui est surtout recherché par les douanes dans le cadre d'enquêtes, c'est des stupéfiants. Les contrôles ne donnent pas nécessairement lieu à l'interpellation de personnes qui sont en situation irrégulière", explique Me Tarek Koraitem, qui représente des passeurs dans ce dossier. 

"Au début, je n'en avais absolument aucun, mais là, je constate que ça commence effectivement à arriver de plus en plus. Ce n'est pas bien évidemment aussi imposant que le trafic de stupéfiants, mais effectivement, on en a de plus en plus."

Des opérations de plus en plus violentes

Auprès de RTL, le procureur de Perpignan confirme qu'il est confronté, chaque semaine, à ce nouveau mode de passage. Plus largement, tous les pays européens sont concernés. Europol, l'agence européenne de police criminelle, constate la montée en puissance de ce trafic, avec une inquiétude : les passeurs sont de plus en plus violents.

Si avant, les convois étaient "discrets", aujourd'hui, "ils n'hésitent pas à recourir à la violence, comme percuter les véhicules des forces de l'ordre", souligne le Général Le Couffe, directeur adjoint des opérations.

"On a eu deux policiers qui ont été tués en Bulgarie suite à un franchissement comme ça et une course-poursuite dans lesquelles ils ont été percutés par le véhicule des trafiquants. On voit aussi apparaître des armes", précise-t-il, évoquant un "durcissement et un phénomène de violence dans ce trafic de migrants".

Les migrants - des hommes, des femmes parfois des enfants - ne sont évidemment pas conscients des risques et des dangers de ce trafic d'êtres humains.

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