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Yvelines : "menacée" après un cours sur l'évolution, une enseignante "exfiltrée"

Une professeure de SVT a été contrainte de quitter l'île-de-France après qu'un père de famille a relayé une partie de son cours sur les réseaux sociaux, l'accusant de racisme.

Trappes, dans les Yvelines
Trappes, dans les Yvelines
Crédit : RTL.fr
Florine Boukhelifa & AFP

Elle avait affiché une photo du chanteur Soprano sur une frise chronologique "pour intéresser les élèves". Une enseignante de sciences dans un collège de Trappes a dû être "exfiltrée" de son établissement et du département des Yvelines après avoir subi des menaces sur les réseaux sociaux à la suite d'un cours sur l'évolution de l'Homme donné à une classe de 3e en décembre 2020. Sur cette frise, apparaissait également un singe, suscitant la colère d'un père d'élève, selon Le Parisien qui a révélé l'affaire.

Deux mois après ce cours, la professeure, Stéphanie*, est convoquée par son chef d'établissement pour un rendez-vous avec le parent, qui considère cette approche comme raciste et a relayé une partie du cours sur Facebook en le remettant en cause.

Selon le rectorat de Versailles, "cette situation a été prise très au sérieux par l'académie" car "tout message haineux ou menaçant qui pourrait viser un personnel de l'académie fait l'objet d'une attention très vigilante de nos services", a-t-il indiqué, précisant que les forces de l'ordre ont été "immédiatement informées" et qu'une protection fonctionnelle a été accordée.

L'affaire a pris un tour particulier, car dans le même département, Samuel Paty avait été décapité deux mois plus tôt, en octobre 2020, à Conflans-Saint-Honorine, après avoir été pris à partie sur les réseaux sociaux par un père d'élève, mécontent d'un cours sur la liberté d'expression. Samuel Paty avait été assassiné par Abdoullakh Anzorov, un jeune radicalisé qui lui reprochait d'avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves.

"J'ai eu très peur pour ma vie"

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La professeure de Trappes, aujourd'hui âgée de 35 ans, a elle reçu plusieurs menaces après la publication du père de famille sur les réseaux sociaux qu'il a supprimée après le rendez-vous au collège.

"Traumatisée par l'assassinat de Samuel Paty", Stéphanie a alors déposé plainte et a reçu la visite des renseignements territoriaux qui lui ont demandé "de quitter l'Île-de-France au plus vite", se souvient l'enseignante, désormais remplaçante dans une autre région. "J'ai tout perdu, tout ce que j'ai construit depuis dix ans, cet homme m'a volé ma vie et j'ai eu très peur pour ma vie", raconte-t-elle par téléphone à l'AFP, souhaitant travailler désormais "au plus près de sa famille".

En novembre, le père d'élève a été condamné pour harcèlement au moyen d'un service de communication au public en ligne à six mois de prison ferme et 13.600 euros de dommages et intérêts par le tribunal de Versailles. Le prévenu a été relaxé du chef d'injure publique envers un fonctionnaire par moyen de communication, a indiqué le parquet à l'AFP, précisant qu'un appel était en cours. La date du nouveau procès n'est pas encore connue, selon l'avocat de la partie civile, Stéphane Colmant.

"Je n'ai vu aucun signal d'alerte pendant, ni après le cours, et j'utilise ce support pour illustrer cet enseignement depuis déjà plusieurs années à la demande d'un ancien élève qui souhaitait voir plus d'illustrations de personnes issues de la diversité", poursuit l'enseignante, qui regrette n'avoir reçu que le soutien de son syndicat, le Snalc, et "rien" du rectorat.

"Exfiltrée en seulement quelques jours"

Aujourd'hui, "je n'ai plus confiance dans l'institution, j'appréhende d'aborder d'autres sujets sensibles comme la puberté et la reproduction. Quand va-t-on commencer à faire barrage à ces parents d'élèves qui menacent ?", s'interroge la professeure, qui ajoute : "j'ai dû être exfiltrée en seulement quelques jours".

De son côté, l'académie de Versailles explique que l'enseignante a été "placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service (Citis) du 3 février au 10 septembre". "Sa demande de mutation a pu donner lieu, dans un premier temps, à une affectation à titre provisoire dans une autre académie depuis la rentrée. L'académie de Versailles met actuellement tout en oeuvre pour qu'elle puisse obtenir l'affectation qu'elle souhaite à la prochaine rentrée scolaire", affirme-t-on.

Une rencontre entre le rectorat et les représentants de l'enseignante est prévue cette semaine.

*Le prénom a été modifié.

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