3 min de lecture Daesh

Lafarge / Daesh : ce que l'on apprend des accords passés en Syrie

ÉCLAIRAGE - "Le Monde" révèle les détails de l'accord entre l’entreprise et le groupe terroriste où l'on apprend que Lafarge aurait payé des taxes à l'organisation autoproclamée État islamique.

Le groupe Lafarge en Syrie (archives)
Le groupe Lafarge en Syrie (archives) Crédit : Thibault Camus/AP/SIPA

C'est le scandale qui a secoué Lafarge. En juin 2016, Le Monde révèle que le leader mondial du BTP n'aurait pas cessé ses activités en Syrie - alors en guerre - et aurait dû s'arranger avec ceux qui détenaient le pouvoir sur la région nord-est du pays à cette époque - son fleuron syrien étant basé à Jalabiya. Il s'agit de Daesh. Du printemps 2013 à septembre 2014, le cimentier aurait alors entretenu des liens d'entente avec l'organisation autoproclamée État islamique (EI).

Depuis la publication de l'enquête publiée le 20 septembre dernier, le groupe a condamné les "erreurs inacceptables commises en Syrie". Le quotidien national a dévoilé la nature des arrangements entre les deux entités, connus du bureau de Paris, assure le journal. Notamment le directeur de la sûreté basé à la capitale qui aurait participé à une conférence téléphonique sur les accords à passer pour la survie de la production sur place. 

Pis : "Les points sur la sécurité avec Jean-Claude Veillard à Paris étaient quotidiens. Ils se tenaient par conférence téléphonique à 11 heures", confie un employé au journal. La rédaction a pu consulter les mails envoyés par la direction de Lafarge en Syrie. Des échanges qui révèlent la teneur des rapports entre les deux entités. 

Un laissez-passer estampillé du tampon de l'EI

Le fabricant de ciment a donc bénéficié d'autorisations pour passer les checkpoints tenus par l'organisation terroriste, mais aussi d'une sécurité relative pour les allées et venues de ses salariés et de sa marchandise, notamment pour les trajets qui traversaient des villes tenues par l'EI. Des anciens employés de l'usine témoignent au quotidien : "Lafarge payait le prix fort en échange de leur sécurité relative". 

Le Monde a pu vérifier qu'un "laissez-passer estampillé du tampon de l’EI (...) daté du 11 septembre 2014, atteste des accords passés avec l’EI pour permettre la libre circulation des matériaux". Avec cet ordre : "Les frères combattants [doivent] laisser passer ce véhicule aux checkpoints [qui transporte] du ciment de l’usine Lafarge après un accord passé avec l’usine pour le commerce de ce matériau".

À lire aussi
Irak
Irak : 32 morts dans un double attentat-suicide à Bagdad

Via des "intermédiaires et négociants qui commercialisaient le pétrole raffiné par l'EI", précise Le Monde, Lafarge achetait aussi indirectement du pétrole à Daesh. Le groupe islamiste contrôlait, à cette époque, toutes les sources de production à Raqqa et Deir Ezzor. "Lafarge achetait en moyenne trois camions de pouzzolane et une dizaine de camions de mazout lourd par jour", raconte une source citée par le journal.

Une opération "nécessaire" au fonctionnement de l'usine

Mais un jour, Lafarge reçoit un courrier électronique (daté du 9 septembre 2014, précise le titre de presse) qui le met en garde contre un défaut de paiement. "Cela fait plus de deux mois que vous ne nous avez pas versé la somme de 7.655.000 livres syriennes (...) Essayez s’il vous plaît de comprendre qu’il s’agit de l’argent de fournisseurs qui travaillent avec l’armée islamiste la plus forte sur le terrain. Lafarge ne doit pas les faire tourner en bourrique".

Le 18 septembre 2014, le groupe abandonne finalement l'usine, reprise par l'EI dès le lendemain. Mais ce n'est pas totalement fini puisque l'un de leurs interlocuteurs leur propose de reprendre la production sous la protection "d'hommes d'affaires de Raqqa", contre 15% de la production. Si Lafarge refuse, le groupe a tout de même préparé son axe de défense selon lequel les substances objet du trafic avec Daesh sont "absolument nécessaires" à la survie de la production de l'usine. Depuis février 2015, le site est aux mains des Kurdes.

Depuis 2014, le groupe État islamique est responsable de la mort dans des attentats de plus de 600 personnes en Europe, et 240 en France. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Daesh Terrorisme Syrie
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants