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INFO RTL - Mort de Gaye Camara : plainte de la famille contre l'expert balistique

Le frère et la sœur du jeune homme abattu en 2018 par un policier accusent l’expert balistique d’avoir sciemment menti. La Cour d’appel doit rendre sa décision ce jeudi 21 janvier, après le non-lieu pour le gardien de la paix prononcé en première instance.

Un agent de la police nationale (illustration)
Un agent de la police nationale (illustration) Crédit : BERTRAND GUAY / AFP
Thomas Prouteau édité par Ryad Ouslimani

C’est un des visages que les manifestants brandissent lors de chaque défilé contre les violences policières. Celui de Gaye Camara, 26 ans, abattu dans la nuit du 16 au 17 janvier 2018 à Epinay-sur-Seine d’un tir en pleine tête par un gardien de la paix. Lors de l’instruction par le juge de Bobigny, les policiers avaient revendiqué la légitime défense car le jeune homme, selon eux, leur avait foncé dessus au volant d’une Polo. 

Une version contestée depuis le départ par la famille mais retenue par la justice qui a prononcé un premier non-lieu en 2019. Alors que la Cour d’appel de Paris doit trancher à son tour sur le non-lieu en début d’après-midi, le frère et la sœur de Gaye Camara refusent d’abandonner leur combat. Elles ont porté plainte le 19 janvier contre l’officier de police qui a réalisé l’expertise judiciaire, selon un document consulté par RTL.

Le soir du 16 janvier 2018, des policiers surveillent une Mercedes signalée volée. Au volant de sa Polo, Gaye Camara s’arrête près de la voiture volée, un de ses passagers descend et monte dans la Mercedes. Les policiers interpellent ce dernier puis tentent d’arrêter le véhicule conduit par Camara qui a redémarré. L’un d’eux fait feu à huit reprises sur le pare-brise de la Polo, le conducteur est atteint d’une balle en pleine tête.

Le rapport de [l’expert] comporte une altération de la vérité

Avocat de la famille Camara
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La plainte déposée hier par l’avocat Yassine Bouzrou découle d’une expertise indépendante révélée mercredi par les journalistes du site Disclose et l'agence d'expertise indépendante Index. Ils ont procédé à une reconstitution numérique en modélisant en 3D de la scène du drame. Selon Index, la reconstitution permet d’établir la position des policiers au moment du tir et la trajectoire des projectiles. 

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Or, dans ses conclusions judiciaires, l’expert visé par la plainte affirmait en 2019 qu’il était impossible d’établir cette trajectoire. "Force est de constater que, dans la mesure ou la trajectoire peut être établie, le rapport de [l’expert] comporte une altération de la vérité", écrit l’avocat dans sa plainte. Altération "frauduleuse" selon la famille Camara, selon qui l’expert a plusieurs d’années d’expérience au sein de la police scientifique. La plainte avec constitution de partie civile est donc déposée pour "faux en écriture publique" commise par un fonctionnaire.

La légitime défense au cœur du dossier

Avec l’expertise révélée mercredi et cette nouvelle plainte, la famille Camara et leur avocat veulent empêcher à tout prix la justice de refermer le dossier. Pour eux la réalité de la légitime défense doit être questionnée. Car selon les conclusions de l’institut Index, la balle a suivi une trajectoire oblique dans le crâne de Gaye Camara. Ce qui veut dire que le policier n’était pas obligatoirement "en face" de la voiture lancée à vive allure, et donc directement menacé. 

Autre élément contesté par l’expertise : dans sa déposition le policier a affirmé qu’il se trouvait à deux mètres de la Polo au moment des tirs, la distance réelle serait en réalité comprise entre cinq et neuf mètres.

En toile de fond de l’affaire, c’est la modification des règles d’engagement du feu par les policiers, décidée en 2017 après la vague d’attentats en France et le lynchage de policiers à Viry-Châtillon en 2016, qui est en débat. Les policiers, à l’identique des gendarmes, sont désormais autorisés à faire usage de leur arme lorsqu’un véhicule en mouvement met leur vie en danger.

Après la publication de la nouvelle expertise mercredi, la chambre de l’instruction pourrait en théorie décider de relancer les investigations mais ce type de décision reste extrêmement rare. 

Contacté par RTL, l'avocate du policier auteur des tirs n'a pas souhaité réagir.

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