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Des passant regardent la vitrine de l'armurerie de la Bourse (illustration)
Crédit : PIERRE VERDY / AFP
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Après un week-end de violences en marge des manifestations du 17 octobre, les commerçants qui ont subi de nombreuses dégradations, se préparent à un Acte II, samedi 24 octobre. La coordination des Gilets jaunes, à l'origine de l'appel à manifester le 17 octobre contre "la vie chère", a annoncé lundi 19 octobre une nouvelle mobilisation samedi 24 octobre, mais également un troisième rendez-vous prévu le 31 octobre.
Le gouvernement se prépare à un nouveau week-end de violences. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé vouloir "renforcer les effectifs de police et de gendarmerie sur le terrain, et notamment ce week-end". Certains commerçants se préparent également à affronter cette nouvelle manifestation.
Cédric, gérant d'un magasin de vélos boulevard Voltaire, près de la place de la République à Paris souhaite rester ouvert "par principe". Son commerce a été touché lors des violences du week-end dernier. Il raconte que les vitrines ont été endommagées, sans que les assaillants ne parviennent à entrer dans la boutique. "On était dans l'œil du cyclone", dit-il.
Je n'ai pas envie de taper sur un môme de 15-17 ans
Cédric, gérant d'un magasin
Malgré tout, il ne souhaite pas fermer son magasin. "C'est un acte civique. Et c'est une obligation pour moi parce que fermer, c'est donner la raison à tout ce qui se passe et on se doit d'être ouvert", explique-t-il. Il prévoit néanmoins de vider sa vitrine et de baisser le rideau plus tôt si la protection policière n'est pas suffisante. S'il refuse l'idée d'aller à la confrontation, il assume vouloir rester sur place "pour essayer de défendre ce qui est défendable par ma présence".
Questionné sur l'usage d'une arme improvisée, le commerçant écarte cette option. "Non, je ne le ferai pas. Ce n'est pas notre rôle", répond-il. Il ajoute : "Je n'ai pas envie de taper sur un môme de 15-17 ans", tout en précisant qu'il se défendrait si sa vie était directement menacée.
D'autres commerçants, en revanche, ont choisi de s'équiper pour faire face à d'éventuelles violences dans leur magasin. Depuis le 17 octobre, plusieurs armuriers constatent une nette hausse des achats. À Paris, Yves Goletti, gérant d'une armurerie, évoque même une demande exceptionnelle.
"C'est dix fois plus. Gels, poivre, lacrymogènes, ou bien les Guardian Angels et les JPX, qui sont des appareils un petit peu plus puissants. Là, on a une très forte demande", explique-t-il sur RTL. Sa boutique ne désemplit pas parmi les acheteurs des commerçants directement victimes des casseurs. "C'est principalement des commerçants, des restaurateurs. Là, tout à l'heure, on a eu un institut de beauté où les femmes se sont retrouvées toutes seules face aux agresseurs et aux pilleurs", raconte-t-il.
Même constat pour des armuriers de Saint-Étienne et de Marseille avec qui RTL a pu échanger. À Lyon, ce sont les particuliers qui poussent les portes du magasin de Jean-Marie Serre. "Quand vous voyez un gars qui passe un quart d'heure à défoncer une vitrine et il n'y a pas d'intervention. Il faut pas s'étonner que des gens se disent 'Ouais, mais moi j'habite au premier au-dessus, s'ils escaladent la façade, qu'est-ce que je vais faire ?'".
Le professionnel rappelle toutefois que l'usage de ce matériel sur la voie publique est interdit par la loi. Le transport dans un sac ou une poche d'une arme de catégorie D, telle qu'une bombe lacrymogène ou un gel, doit être justifié par un motif légitime. Et même si son utilisation peut, dans certains cas, relever de la légitime défense, cela ne rend pas pour autant son port légal.
Il est important de souligner que le droit français n'autorise pas une riposte violente au seul motif qu'un commerce est menacé ou pillé. "Il n'y a pas de violence légitime au vu de la loi", explique l'avocat pénaliste Dylan Slama sur RTL. Il existe qu'une exception, la légitime défense, mais elle est "très strictement encadrée". La loi admet qu'une personne puisse user de la violence pour se défendre, mais seulement dans des circonstances très précises.
Trois critères permettent de caractériser la légitime défense. "Il faut que la violence soit nécessaire, proportionnelle et immédiate", explique-t-il. Sur l'immédiateté, il insiste : il n'est pas possible de répondre à une agression passée, même survenue quelques minutes plus tôt, en invoquant ensuite la légitime défense. La riposte doit intervenir au moment même de l'attaque.
Deuxième exigence, la proportionnalité. "On ne répond pas à une attaque par un mineur qui viendrait tenter de mettre une gifle, si vous voulez, par une attaque au couteau", donne-t-il comme exemple. Enfin, la réponse doit être nécessaire, c'est-à-dire indispensable pour faire cesser l'attaque. Sans ces trois conditions réunies, la légitime défense ne peut pas être retenue.
"Si ce ne sont que des atteintes aux biens qui étaient envisagées par le jeune délinquant qui est venu piller, on ne peut pas justement mettre en place la légitime défense"
Dylan Slama, avocat pénaliste
Le point le plus sensible concerne les commerçants confrontés à des pillages ou à des dégradations. Là encore, l'avocat est catégorique. Il distingue "les atteintes aux biens" et "les atteintes aux personnes". Si l'agresseur ne s'en prend qu'au magasin, sans menacer physiquement le commerçant, la légitime défense ne peut pas être invoquée de la même manière.
"Si ce ne sont que des atteintes aux biens qui étaient envisagées par le jeune délinquant qui est venu piller, alors oui, on ne peut pas justement mettre en place la légitime défense", affirme Dylan Slama sur RTL. Et il ajoute la conséquence pénale : "Une réponse violente à cet individu fait encourir à son auteur et donc au potentiel commerçant une peine de prison." Blesser un pilleur pour protéger uniquement sa marchandise ou sa vitrine expose à des poursuites.
Pour les commerçants ou riverains qui voudraient s'organiser pour prévenir de nouvelles attaques, l'avocat est clair : "C'est totalement interdit." Selon lui, ces groupes ne relèvent pas de la légitime défense, puisqu'ils s'inscrivent dans une logique anticipée.
"Ces individus revendiquent de ne pas être dans la légitime défense, mais dans une forme d'attaque préventive", explique-t-il. Dès lors, la justice peut sanctionner ces comportements "de manière encore plus sévère" que le cas d'un commerçant isolé qui réagirait sous le coup de l'événement. L'avocat précise même qu'"il n'y aura pas de circonstances atténuantes pour les jeunes milices qui s'organiseraient en ce sens".
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