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Forcées à uriner et humiliées : les victimes de Christian Nègre appelées à se signaler devant la justice

Mis en examen pour avoir administré des substances diurétiques à des femmes sous couvert d’entretiens professionnels, Christian Nègre, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Culture, est au cœur d’une information judiciaire hors norme. Six ans après le début de l’enquête, la justice appelle de nouvelles victimes à se signaler rapidement.

Des toilettes (illustration)

Crédit : iStock

Yasmine Boutaba & AFP

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C'est un appel inhabituel pour une affaire hors-normes. Dans un communiqué publié ce jeudi 5 février, la procureure de Paris Laure Beccuau a appelé toute victime non encore entendue dans l'affaire de l’ancien haut-fonctionnaire Christian Nègre à se manifester "au plus vite" auprès de l’OCRVP, l’Office central de répression des violences aux personnes. 

Alors en poste au ministère de la Culture puis à la direction régionale des affaires culturelles du Grand Est, il recevait des femmes sous couvert d’entretiens professionnels. Selon l’enquête, il leur faisait absorber des produits diurétiques dans un café ou un thé, attendant qu’elles soient acculées à uriner en sa présence.

À ce stade, 248 victimes ont été identifiées, dont au moins 180 se sont constituées parties civiles, selon le parquet. Mais ce chiffre pourrait encore augmenter, d’autres femmes continuant à se manifester régulièrement, précise une source proche du dossier. Les faits reprochés se seraient déroulés entre 2009 et 2018, dans différents lieux et contextes professionnels.

Les auditions doivent être menées d’ici la fin du mois de mars, avant une possible clôture des investigations attendue pour la fin de l’année 2026. Une échéance qui offre, pour la première fois, une perspective de procès aux victimes.

L'ancien haut fonctionnaire mis en examen pour des faits graves

Christian Nègre, a été mis en examen notamment pour "administration de substances nuisibles", "violences par personne chargée de mission de service public", "atteintes à l’intimité" et "agressions sexuelles". Les juges d’instruction ont été saisis en octobre 2019, après le dessaisissement du parquet de Metz au profit de celui de Paris.

L’affaire a éclaté en juin 2018, lorsqu’une femme porte plainte après avoir surpris Christian Nègre en train de la photographier sous la table lors d’un entretien. L’exploitation de son ordinateur a alors permis aux enquêteurs de découvrir un tableau recensant 181 entretiens avec des femmes. Selon les éléments de l’enquête, il leur faisait absorber des produits diurétiques dans un café ou un thé, attendant qu’elles soient contraintes d’uriner en sa présence.

"Une affaire complètement folle", "fixer un délai aux victimes est extrêmement choquant"

L’appel du parquet a en partie répondu à l’exaspération exprimée par plusieurs victimes fin 2025, lassées par la durée de l’instruction. Si des réunions d’information ont été organisées à destination des avocats fin janvier, puis annoncées pour les victimes au printemps, le délai très court laissé pour se manifester a choqué les conseils.

Pour Me Louise Beriot, avocate de plusieurs victimes et porte-parole de la Fondation des femmes, fixer un délai aux victimes est "extrêmement choquant". Celle-ci a regretté l’absence d’expertises judiciaires en bonne et due forme, estimant que le dispositif d’évaluation des besoins des victimes, confié à des associations, ne saurait s’y substituer. "Cette hâte soudaine, alors que les femmes ne sont pas auditionnées par un juge et n’ont pas accès à une expertise judiciaire, relève de la victimisation secondaire pure et simple", a-t-elle dénoncé. Par ailleurs, à l’époque de la révélation des faits, le ministre de la Culture Franck Riester avait qualifié le dossier d’"affaire complètement folle", évoquant un "pervers". 

En attendant un éventuel procès, certaines victimes ont obtenu des indemnisations en engageant la responsabilité de l’État. D’autres ont espéré bénéficier de la protection fonctionnelle du ministère de la Culture, après s’être rendues rue de Valois pour ce qu’elles pensaient être un entretien de recrutement. Une demande rejetée début janvier, au motif qu’elles n’avaient pas la qualité d’agent public.

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