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"Elle avait peur de l'eau" : comment l’avocat de la famille de Laurence de Schepper, retrouvée morte dans la Sambre, a écarté la piste du suicide pour relancer l’enquête

PODCAST – Le 11 janvier 2018, Laurence de Schepper est retrouvée morte dans la Sambre, à Maubeuge. La piste du suicide est rapidement privilégiée, mais l’avocat de sa famille, Me Van Cauwenberge, n’y croit pas. Dans cet épisode des Voix du crime, il raconte comment il a fait rouvrir l’enquête.

Laurence de Schepper a été retrouvée morte dans la Sambre, en janvier 2018.

Crédit : VIRGINIE LEFOUR / Belga / AFP

Un féminicide maquillé en suicide ? L'avocat de la famille de Laurence de Schepper, retrouvée morte dans la Sambre, raconte comment il a fait rouvrir l'enquête

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Marin Guillon Verne - édité par Marin Guillon Verne

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Le 30 décembre 2017, un homme d’une cinquantaine d’années se présente au commissariat de Maubeuge, dans le Nord. Son nom est David Cornez. Inquiet, il déclare aux policiers que sa compagne a disparu. Il ajoute qu’elle est dépressive et qu’elle suit un traitement, ce qui oriente rapidement les enquêteurs sur la piste du suicide.


Deux semaines plus tard, le 11 janvier 2018, une silhouette féminine est aperçue à proximité d’une écluse, flottant dans les eaux glacées de la Sambre. Il s’agit du corps inerte d’une femme blonde, à la corpulence mince, vêtue d’un legging bleu et d’un pull beige. Sur son épaule droite est tatoué à l’encre noire le signe de l’infini. Aucun doute, il s’agit de Laurence de Schepper, la compagne de David Cornez.

Trois ans plus tard, le 24 décembre 2020, le juge d’instruction décide d’un non-lieu. Pourtant, de nombreuses zones d’ombre entourent le décès de la défunte. Ses proches déclarent notamment "qu’elle a peur de l’eau", témoigne Me Hugo Van Cauwenberge, l’avocat de la famille, au micro des Voix du crime.

Plusieurs incohérences

Lorsqu’il plonge dans le dossier, l’avocat relève plusieurs incohérences. Dès les premières 24 heures de la disparition, David Cornez informe quasiment immédiatement les services de police, sans chercher à contacter sa conjointe. "Il est déjà plus que trouble dès le départ. Il indique immédiatement aux services de police qu’elle se serait jetée dans la Sambre", relève-t-il.

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Me Van Cauwenberge découvre aussi un passif de violences dans le couple. Une voisine a indiqué qu’elle avait vu David Cornez étrangler Laurence de Schepper, et "qu’il l’aurait tué", si elle "n’était pas intervenue". Par ailleurs, dans son travail de brancardier, l’homme est accusé de "mauvais traitement", et se montre "brusque envers certains patients".

En tenant compte de son gabarit, elle ne pouvait pas atteindre le volant, ni les pédales du véhicule, j'ai trouvé ça extrêmement louche

Maître Hugo Van Cauwenberge

Pour élucider le mystère autour de la mort de Mme de Schepper, l’avocat essaie de retracer ses derniers instants de vie. "Elle était très faible, elle était même poussée par son conjoint dans une chaise roulante", se visualise-t-il. Il poursuit : "elle a des enfants qui sont très importants à ses yeux. Et elle monte dans son véhicule alors qu’il pleut, qu’il fait noir, et qu’elle a très peur d’être toute seule".

Quelque chose cloche… Mais Me Van Cauwenberge va plus loin. En se basant sur les constatations faites lors de l’enquête, il règle le siège de sa voiture et imagine Mme de Schepper au volant. "En tenant compte de son gabarit, elle ne pouvait pas atteindre le volant, ni les pédales du véhicule. J’ai trouvé ça extrêmement louche".

Le 31 décembre 2020, l’avocat découvre presque par inadvertance la décision du juge d’instruction de prononcer un non-lieu. En urgence, il fait rouvrir le tribunal – qui était fermé – et fait appel de la décision. "Je l’ai fait car sinon je me serais retrouvé hors délai", précise-t-il.

Déjà condamné pour viol

Par la suite, la chambre de l’instruction décide d’ouvrir une nouvelle information judiciaire, cette fois-ci pour assassinat. Bien qu’il clame son innocence, David Cornez est mis en examen.

"C’est quand même quelqu’un qui, dès la disparition de Mme de Schepper, a dit qu’elle est décédée alors qu’on ne l’avait même pas retrouvée", insiste Me Van Cauwenberge. Un homme qui, par ailleurs, a très rapidement cherché à "trouver une nouvelle compagne" sur Internet, après la disparition de sa conjointe.

Huit ans après les faits, David Cornez a été renvoyé le 31 mars 2026 devant la cour d’assises du Nord. Condamné en 2023 à 6 ans de réclusion pour le viol d’une ex-compagne, il attend son procès derrière les barreaux. "Désormais, on voudrait avoir des réponses", conclut l’avocat de la famille.

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