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Curtis a-t-il tué Elisa Pilarski ? Un pitbull "scellé vivant" au cœur du procès de son compagnon

En novembre 2019, Elisa Pilarski, 29 ans et enceinte de six mois, est retrouvée morte, couverte de morsures canines dans une forêt dans l’Aisne. Le procès de son compagnon pour "homicide involontaire" s'ouvre ce mardi 3 mars devant le tribunal correctionnel de Soissons. Au centre du dossier, Curtis, le chien du couple, soupçonné d'être l'auteur de l'attaque et considéré comme un "scellé vivant" par la justice.

Elisa Pilarski et le chien de son compagnon, Curtis.

Crédit : Capture d'écran Facebook

Yasmine Boutaba

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Près de sept années se sont écoulées depuis la mort d'Elisa Pilarski. Le 16 novembre 2019, le corps sans vie de la femme enceinte de 29 ans est retrouvé dans la forêt de Retz dans l'Aisne, le corps couvert de morsures de chien alors qu'elle promenait Curtis, le chien de son compagnon, Christophe Ellul. Ce dernier est jugé pour l’homicide involontaire à partir du mardi 3 mars à Soissons.

Âgé de deux ans au moment des faits, Curtis vit depuis sous surveillance dans un chenil de Haute-Garonne. Selon Me Alexandre Novion, avocat de Christophe Ellul, interrogé par 20 Minutes, l’animal est maintenu "en réclusion" et pourrait, en théorie, être présenté à l’audience comme toute pièce à conviction. "Généralement, les pièces à conviction sont apportées en salle d’audience", rappelle-t-il, tout en précisant ne pas avoir confirmation de sa présence.

Une hypothèse balayée par Me Sofia Salmeron-Albert, avocate de l’association Les Amis de Sam, également partie civile. Auprès de 20 Minutes, elle estime peu probable qu’un magistrat souhaite faire comparaître le chien : "Pour en faire quoi ? Le mettre dans une cage toute la journée ?".

Depuis 2022, Curtis est hébergé au chenil SACPA de Bonrepos-sur-Aussonnelle, près de Toulouse, dans l’attente de la décision judiciaire.

Une race interdite d'importation et de détention en France sans autorisation spécifique

Dès le début de l’enquête, Christophe Ellul présente Curtis comme un croisé Patterdale terrier et whippet. Mais les vérifications des gendarmes établissent une tout autre réalité en 2019 : le chien est un American Pitbull Terrier, une catégorie interdite d’importation et de détention en France sans autorisation spécifique. Christophe Ellul ne possédait aucun permis de détention d'un tel chien.

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Né le 23 octobre 2017 dans un élevage aux Pays-Bas, importé illégalement et non enregistré au fichier national d’identification des carnivores domestiques, Curtis ne portait ni muselière ni stérilisation réglementaire. Selon les éléments rapportés par RTL en septembre 2024, il s’agit d’un chien musclé d’une vingtaine de kilos, capable d’abattre une proie bien plus lourde que lui.

Curtis ne portait pas de muselière et n'était pas stérilisé. Trois mois avant le drame, le molosse a remporté un concours de "mordant sportif" organisé en Belgique. La pratique de sport canin, réservée à des races spécifiques en France, a pour but de faire mordre le chien afin de développer ses capacités de défense et de protection. Au micro de RTL, Me Guillaume Demarcq évoque "des espèces de parcours commando pour le chien", avec des vidéos montrant l’animal accroché de longues minutes à un pneu en hauteur.

Dans le podcast RTL Les Voix du crime, Me Guillaume Demarcq, avocat du rallye de chasse mis en cause par Christophe Ellul, décrit "un chien qui a fait l’objet d’un dressage spécifique qui a concouru au drame, c’est manifeste". Il ajoute : "C’est un chien qui a mordu à plusieurs reprises, y compris son propre maître (…) Christophe Ellul avait construit une espèce de bombe à retardement."

Un chien "obsédé par le jeu de la chasse" et "obnibulé par l'acte de morsure" : son dressage jugé "contre nature"

Les expertises vétérinaires constituent un point clé du dossier. Deux jours après le drame, un éducateur comportementaliste observe un chien au regard "doux", mais couvert de cicatrices et "obsédé par le jeu de la chasse", rapporte Le Dauphiné Libéré. Dès qu’il mord, il ne lâche plus. Une balle de basket est "dépiautée" en quelques minutes.

Trois jours plus tard, un vétérinaire relate une scène violente : Curtis mord sévèrement une bénévole de la fourrière avant même l’auscultation. "Mes nombreux coups de pied et de chaises n’ont pas suffi à le faire lâcher prise", écrit-il dans son rapport, le qualifiant de "dangereux et imprévisible".

En septembre 2020, de nouveaux examens démontrent qu’une fois "obnubilé par l’acte de morsure", le chien est "hors de contrôle". Suspendu à un leurre fixé au plafond, il peut rester agrippé à deux mètres du sol par la seule force de sa mâchoire. Les experts concluent à un dressage au mordant sur leurre suspendu, pratique interdite en France.

Pour un vétérinaire cité par Le Dauphiné Libéré, Curtis ne serait pas intrinsèquement méchant, mais conditionné à considérer la morsure comme "une activité récréative". Ce dressage "contre nature" pourrait être assimilé à de la maltraitance animale, circonstance aggravante retenue par la juge d’instruction.

Sa dangerosité contestée par la défense

La défense conteste ces conclusions. Selon Me Alexandre Novion, interrogé par 20 Minutes, les expertises ont été menées dans un contexte de stress extrême pour l’animal, retrouvé à proximité du corps de sa maîtresse puis immédiatement placé en refuge. Elles ne permettraient pas d’évaluer objectivement sa dangerosité.

Christophe Ellul, passionné de pitbulls, continue d’affirmer que sa compagne avait été attaquée par une meute de chiens de chasse présents dans la forêt ce jour-là. Un message envoyé à Elisa Pilarski - "Je le fais piquer" - alimente toutefois les interrogations des parties civiles.

Le sort de Curtis est d'ailleurs étroitement lié à celui de son maître. En cas de condamnation pour homicide involontaire, le parquet pourrait requérir l’euthanasie à titre de peine complémentaire. Mais même en cas de relaxe, le tribunal conserve la liberté de statuer sur l’avenir du chien.

Euthanasie ou seconde chance ?

Me Sofia Salmeron-Albert, qui se présente comme "l’avocate de Curtis", plaidera contre l’euthanasie. Auprès du Dauphiné Libéré, celle-ci affirme : "Curtis n’a pas la conscience d’un humain. (…) Il faut donner une seconde chance à ce chien." Elle demandera un délai de six mois et une nouvelle expertise comportementale afin d’évaluer une éventuelle rééducation.

L’association de protection des animaux Les Amis de Sam milite contre l’importation illégale de chiens de catégorie 1 ou 2, interdite depuis 1999. Pour son avocate, un animal doit être éduqué "dans la sécurité et la protection", et non utilisé comme un outil de performance, exprime-t-elle auprès du même média.

Quelle que soit la décision du tribunal, une certitude demeure : Curtis ne retournera pas auprès de Christophe Ellul. "Vivre avec ce chien serait un poids de cristallisation de souvenirs beaucoup trop pénibles", confie Me Novion à 20 Minutes.

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