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"C'est terrifiant d'entendre ça" : la famille juive intoxiquée par une nourrice à Levallois espère que "l'antisémitisme sera retenu" lors du procès en appel

Une ex-nourrice condamnée pour avoir versé des produits ménagers dans l'alcool d’une famille juive est rejugée ce mardi 31 mars en appel. Les parents espèrent la reconnaissance du caractère antisémite. À la veille de l'audience, la mère de cette famille était l'invitée de Marc-Olivier Fogiel.

Cour d'appel de Paris (Illustration).

Crédit : Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

"C'est terrifiant d'entendre ça" : la famille juive intoxiquée par une nourrice à Levallois espère que "l'antisémitisme sera retenu" lors du procès en appel

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Marc-Olivier Fogiel & Jérémy Descours

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Ce mardi 31 mars s'ouvre le procès en appel de la nourrice jugée pour avoir intoxiqué les parents d'enfants juifs dont elle avait la garde. Le parquet de Nanterre avait en effet fait appel de la décision du tribunal correctionnel, qui l'avait condamnée sans retenir la circonstance aggravante d'antisémitisme. Le procès en première instance s'était tenu en décembre 2025. 

Face à Marc-Olivier Fogiel, ce lundi 30 mars, la mère de famille, Déborah (le prénom a été modifié), veut que le caractère antisémite soit retenu contre son ex-nourrice. "On espère être entendus, que notre histoire soit comprise. On attend que l'antisémitisme soit retenu", insiste-t-elle au micro de RTL. 

Pour rappel, cette nourrice, âgée de 42 ans et d'origine algérienne, avait été condamnée le 18 décembre à trois ans de prison, dont deux ans et demi ferme, pour avoir versé en janvier 2024 des produits ménagers dans des bouteilles d'alcool appartenant à cette famille pour laquelle elle travaillait à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine.

"J'aurais jamais dû travailler pour une juive"

Placée en garde à vue après la dénonciation des faits et la plainte de Déborah, la nourrice avait tenu des propos particulièrement marquants, même si ceux-ci avaient été recueillis en l'absence d'un avocat, ce qui constitue aujourd'hui un point de procédure. "J'ai fait ça parce qu'ils ont de l'argent et le pouvoir. J'aurais jamais dû travailler pour une juive. Elle n'a fait que m'apporter des problèmes", avait lâché la suspecte face aux enquêteurs. 

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Des paroles qui ont profondément choqué la mère de famille. "Ce sont des propos qui sont clairement antisémites. Symboliquement, c'est très fort, très chargé. C'est terrifiant d'entendre ça, de faire référence à notre appartenance religieuse. C'est perturbant finalement. Là, on comprend le sens, et véritablement pourquoi elle agit comme ça vis-à-vis de nous : c'est en lien avec notre appartenance religieuse", assure Déborah ce lundi sur RTL. 

Interrogée sur un éventuel conflit autour de la rémunération, avancé par la défense pour expliquer les faits - la nourrice affirmant avoir voulu "alerter" les employeurs et non viser les enfants -, Déborah réfute fermement cette version : "Il y a eu un sujet à un moment donné, c'était début janvier [2024, NDLR], et on a accepté cette augmentation. Je me suis assurée à la fin de la discussion qu'elle était d'accord avec ça. Je lui ai même proposé que, si elle souhaitait qu'on arrête de travailler ensemble, c'était possible, en se laissant le temps, à elle de trouver des employeurs et à moi une nounou. Mais elle a accepté cette augmentation. Donc ce n'est vraiment pas le sujet". 

"C'est important que les mots soient nommés"

Le tribunal de Nanterre n'avait donc pas retenu, en décembre 2025, la circonstance aggravante d'antisémitisme, pourtant requise par le parquet et soutenue par les parties civiles. Lors de l'audience, la prévenue avait affirmé qu'il s'agissait de propos "de haine", mais avait contesté toute motivation raciste ou antisémite. Les juges avaient alors estimé que ces déclarations lors de sa garde à vue, faites en l'absence d'un avocat, ne permettaient pas de caractériser cette circonstance aggravante.

Si Déborah prend la parole à la veille du procès en appel, c'est notamment pour dénoncer ce qu'elle considère comme une incompréhension majeure dans la décision rendue en première instance. Pour la mère de famille, cette décision était difficilement compréhensible au regard des propos tenus : "Je trouve ça aberrant. Et je pense que c'est important au vu des mots qu'elle a prononcés : 'J'aurais pas dû travailler pour une juive. Ils ont l'argent, ils ont le pouvoir.' Ce sont des stéréotypes assez forts, qui ont mené aux heures sombres de l'histoire".

Après l'annonce du jugement, "on était dans l'incompréhension, parce que ça semblait clair, notamment au regard de cette phrase et de toutes les actions qu'elle avait eues face à nos enfants. (…) On espère être entendus. Ce n'est pas anodin de dire ça, ce n'est pas un conflit professionnel, ça va au-delà. Ça nous touche, nous, dans notre identité, et c'est important que les mots soient nommés", poursuit la victime sur RTL. 

Une prise de parole pour toutes les familles juives de France

Avant ce second procès, Déborah évoque aussi les conséquences profondes de cette affaire sur sa vie familiale, et notamment sur ses enfants. Elle décrit un climat de vigilance devenu quotidien : "Malheureusement, depuis le 7 octobre, c'est latent. C'est une vigilance silencieuse. On n'est pas en hyper-vigilance, mais on observe, on fait attention à ce qu'on porte, à ne pas avoir de signes distinctifs".

Une inquiétude qui a directement touché ses filles. L'aînée a compris qu'il fallait parfois dissimuler son identité religieuse, tandis que la plus jeune a été durablement marquée par les faits. "C'est dans l'intime que ça s'est joué, dans notre sphère familiale. À ce moment-là, tout objet du quotidien était devenu une arme potentielle. On a dû tout jeter, de la brosse à dents au biberon, à la carafe filtrante".  

Elle raconte aussi le changement brutal chez sa fille : "Elle, qui était d'ordinaire très joyeuse, est devenue mutique. Elle se rongeait les ongles jusqu'au sang, se mordait l'intérieur des joues. Il a fallu un long travail pour libérer la parole à la maison. On n'a pas voulu en faire un tabou, au contraire, ça fait partie de notre histoire". 

Enfin, si Déborah s'exprime aujourd'hui publiquement, c'est aussi pour donner une portée plus large à son combat. "C'est important pour la reconnaissance des victimes. Quand on touche à l'antisémitisme, on touche à quelque chose de profondément grave, qui dépasse notre famille et qui concerne toute la société".

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