3 min de lecture Attentats à Paris

Aux assises, le procès des jihadistes fantômes de janvier 2015

Ce lundi 6 janvier s'ouvre le procès de jeunes adultes partis de France dans le sillage des attentats de janvier 2015.

Le tribunal correctionnel de Paris le 23 février 2005 (archives)
Le tribunal correctionnel de Paris le 23 février 2005 (archives) Crédit : JOEL SAGET / AFP
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Nicolas Scheffer et AFP

Cela pourrait s'appeler le procès des fantômes du jihad. À partir de ce 6 janvier, la cour d'assises spéciale de Paris juge 24 personnes, dont la plupart sont parties en 2014-2015 en Irak ou en Syrie et y sont mortes au nom du "califat".

Convertis à l'islam radical dans une mosquée clandestine ou auprès de mentors, ils ont pour certains été galvanisés par une dynamique de groupe renforcée par la proclamation du "califat" jihadiste en juin 2014. 

Français, Marocain, Mauritanien ou Algérien, ils avaient entre 20 et 30 ans quand ils ont quitté la France, juste avant ou après les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher.

Ils ne seront que cinq à comparaître devant la cour, pour association de malfaiteurs à visée terroriste. Tous les autres sont officiellement toujours "recherchés" mais une majorité d'entre eux a péri dans des bombardements ou lors d'attaques suicides, selon des témoignages des familles et des renseignements recueillis par les enquêteurs.

Les frères Belhoucine et Quentin Roy certainement morts

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Parmi les accusés fantômes figurent les frères Belhoucine, dont l'aîné Mohamed est considéré comme le mentor du tueur de l'Hyper Cacher, ou le jeune converti Quentin Roy, dont les parents sont devenus des figures du Collectif Familles Unies réclamant le rapatriement des jihadistes pour les juger en France et de leurs enfants.

Apprenti ingénieur, Mohamed Belhoucine est considéré comme l'auteur du serment d'allégeance à Daesh lu par Amedy Coulibaly dans la revendication de la tuerie de l'Hyper Cacher (4 morts), et a pu lui ouvrir un canal de communication avec un commanditaire. Le 2 janvier 2015, quelques jours avant les attaques, il a rejoint la zone irako-syrienne via l'Espagne avec son frère Mehdi et Hayat Boumedienne, la compagne de Coulibaly.

Mehdi Belhoucine serait mort en avril de la même année, mortellement blessé par un tir d'obus en Irak, tandis que son frère Mohamed aurait péri lors de combats début 2016. Plusieurs membres de leur groupe, dont Haïtem Jouini ou le couple Faucheux, sont eux aussi décédés courant 2016 et 2017.

Quentin Roy fait partie de l'autre groupe, celui des jeunes de Seine-Saint-Denis, notamment de Sevran, partis quelques mois plus tôt pour gagner la Syrie via la Turquie. C'est Iliès Benadour, un des cinq accusés qui seront présents au procès, qui aurait conduit en septembre 2014 ses "amis" Quentin Roy et Samba Camara à l'aéroport - tous deux mourront dans des opérations suicides -, puis convoyé d'autres jeunes début octobre 2015.

Iliès Benadour, coordinateur

Pour les enquêteurs, Iliès Benadour "a joué un rôle central dans l'organisation et la coordination des départs" de ces jeunes, en liaison avec Sofiane Nairy, ancien prêcheur d'une mosquée clandestine de Sevran qui "prenait en charge" les nouveaux arrivants en Syrie.

Selon des échanges décryptés sur différentes messageries, Quentin Roy encourageait Iliès Benadour à commettre des attentats en France - "Ceux qui tapent chez vous c'est le meilleur" - à défaut de pouvoir gagner la Syrie, tandis que ce dernier demandait à son ami de "pistonner" les nouveaux arrivants pour qu'ils soient intégrés au groupe des kamikazes.

"Gâteau à la fraise"

Un autre accusé demande des conseils pour une attaque en France - "un gâteau à la fraise" avec "des ingrédients du terroir" - mais a aussi affirmé qu'Iliès Benadour aurait dissuadé Quentin Roy de revenir sur le territoire de peur qu'il ne commette un attentat.

S'ils n'ont pas nié leur intérêt pour l'Etat islamique, les accusés présents ont vivement contesté leur participation à une entreprise criminelle. Iliès Benadour se qualifie de musulman "normal" et a affirmé que ses amis n'étaient partis en Syrie que pour aider les populations en détresse.

Quant à un de ses coaccusés, Sassim Sekour, interpellé début novembre 2015 alors qu'il s'apprêtait à tenter pour la deuxième fois de partir, il s'est dit "ni pour ni contre" les attentats contre Charlie Hebdo.

Le procès est prévu jusqu'au 17 janvier.

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