4 min de lecture Terrorisme

Attentats à Bruxelles : les aveux glaçants de Mohamed Abrini

Le troisième homme des attentats de l'aéroport de Bruxelles aurait avoué aux enquêteurs que les terroristes souhaitaient initialement frapper Paris.

Mohamed Abrini et Salah Abdeslam avaient été identifiés ensemble dans une station-service française le 11 novembre 2015.
Mohamed Abrini et Salah Abdeslam avaient été identifiés ensemble dans une station-service française le 11 novembre 2015. Crédit : WILLIAM ABENHAIM/SIPA
Geoffroy Lang
Geoffroy Lang
et AFP

Mohamed Abrini, soupçonné d'être le logisticien des attaques de Paris du 13 novembre et inculpé pour "assassinats terroristes" en Belgique, a avoué être le troisième homme des attentats du 22 mars à l'aéroport de Bruxelles, scellant les liens étroits entre les deux tueries. Au terme de 24 heures riches en rebondissements, le parquet fédéral belge a fait part des aveux de Mohamed Abrini : il est "l'homme au chapeau", le troisième suspect de l'aéroport international de Bruxelles-Zaventem qui s'est enfui avant que ses deux complices ne lancent la double attaque-suicide.

"Il a été confronté aux résultats de diverses expertises et a reconnu sa présence lors des faits", a expliqué samedi le parquet en précisant que Mohamed Abrini avait jeté sa veste dans une poubelle, puis "revendu" son couvre-chef. Le parquet avait auparavant fait part de son inculpation et de celle de deux individus arrêtés vendredi à Bruxelles pour "assassinats terroristes" et "participation aux activités d'un groupe terroriste" dans les dossiers de Paris et Bruxelles.

Les terroristes du 22 mars prévoyaient de frapper à nouveau Paris

Selon une information du quotidien belge L'Écho - confirmée par le parquet selon le journal - Mohamed Abrini aurait avoué aux enquêteurs et au juge d'instruction qui l'ont interrogé que les commandos du 22 mars voulaient en fait retourner frapper Paris mais qu'ils ont été pris de court par l'enquête et ont décidé précipitamment de commettre les attentats de Bruxelles (32 morts).

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Abrini était l'un des principaux suspects recherchés par les polices d'Europe depuis les tueries du 13 novembre qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis. Le Belgo-Marocain de 31 ans faisait l'objet d'un mandat d'arrêt européen émis par un juge français le 24 novembre. Il a été interpellé dans l'après-midi du 9 avril, lors d'un raid éclair, en pleine rue, dans la commune bruxelloise d'Anderlecht. 

Le rôle de Mohamed Abrini dans les attentats du 13 novembre

Des traces de son passage avaient été localisées dans deux logements de Schaerbeek, une commune de Bruxelles. Un des logements contenait aussi des traces de Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats de Paris, et l'autre, située rue Max Roos, était le point de départ du commando de l'aéroport de Bruxelles. En près de cinq mois, l'enquête a révélé les liens de Mohamed Abrini avec les attaques parisiennes : possible soutien logistique, cet ami d'enfance des frères Brahim et Salah Abdeslam à Molenbeek a été filmé en compagnie de ce dernier dans une station-service de l'Oise (nord de Paris) dans la voiture qui servira à convoyer les kamikazes au Stade de France deux jours plus tard.

Repéré comme islamiste radical par les services belges, Abrini est aussi soupçonné de s'être rendu en Syrie en 2015 pour un bref séjour. L'un de ses frères, Soulaimane, y est mort à 20 ans. Le deuxième principal inculpé, Osama Krayem (dont l'identité complète n'est pas confirmée par le parquet), lève partiellement le mystère du dénommé Naïm Al Hayed, le nom qu'il avait emprunté lors de son enregistrement sur l'île grecque de Leros dans un flot de réfugiés. Ses empreintes avaient aussi été retrouvées dans le logement de la rue Max Roos. 

Osama Krayem identifié comme "l'homme du métro"

Les enquêteurs belges ont désormais la certitude qu'il est le "deuxième homme" du métro, que l'on voit sur des caméras de surveillance s'adresser brièvement au kamikaze Khalid El Bakroui. Grâce à la vidéosurveillance, l'enquête le repère également au centre commercial lors de l'achat des sacs dans lesquels ont été transportés les explosifs à l'aéroport de Bruxelles. Osama Krayem, Suédois, fils d'exilés syriens, intéresse beaucoup Paris car les enquêteurs soupçonnent Salah Abdeslam d'être allé le chercher, ainsi que le dénommé Amine Choukri, à Ulm (Allemagne), le 3 octobre quand ils sont, très probablement, rentrés de Syrie. 

Décrit dans les médias suédois comme un délinquant oscillant entre religion et consommation de stupéfiants avant de prendre le chemin du jihad en Syrie, Osama Krayem a grandi dans un quartier populaire de Malmö (sud). En janvier 2015, il pose sur Facebook en tenue de combat, une kalachnikov à la main, drapeau de l'organisation Etat islamique (EI) en arrière-plan, puis disparaît jusqu'à ce que sa trace soit retrouvée à l'automne.

Les liens entre les attentats de Paris et Bruxelles se resserrent

Preuve des liens qui unissent les différents protagonistes au sein d'une même cellule jihadiste, la justice belge a inculpé deux hommes pour "complicité d'assassinats terroristes", soupçonnés "d'avoir aidé Mohamed Abrini et Osama Krayem". Hervé B. M., un Rwandais de 25 ans, a été arrêté en même temps qu'Osama K., et Bilal E. M., 27 ans, a été interpellé dans la commune de Laeken vendredi soir.

Selon une source proche du dossier, ce dernier s'appelle Bilal El Makhoukhi, condamné en 2014 à cinq ans de prison lors du procès du groupuscule islamiste Sharia4Belgium à Anvers (nord). Ce Bruxellois a combattu en Syrie où il a été blessé à la jambe, selon la presse locale. Mais son rôle présumé dans les attentats n'est pas défini. Les arrestations ont été suivies de plusieurs opérations de police : à Anderlecht, au lieu de résidence possible de Mohamed Abrini, et dans les logements de Bilal El Makhoukhi et Hervé B. M. Ni arme ni explosif n'ont toutefois été découverts.

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