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Affaire Luka Rocco Magnotta : les internautes ont-ils aidé l'enquête sur "le dépeceur de Montréal" ?

PODCAST - Dans "Les Voix du crime", l'ancien porte-parole de la police de Montréal, Ian Lafrenière, reste mitigé sur le rôle qu'ont joué les internautes dans la traque de Luka Rocco Magnotta, coupable du meurtre de Jun Lin, un étudiant chinois.

Luka Rocco Magnotta, lors de son transfert depuis l'Allemagne vers le Canada, le 18 juin 2012
Luka Rocco Magnotta, lors de son transfert depuis l'Allemagne vers le Canada, le 18 juin 2012
Crédit : SPVM / AFP
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Marie Zafimehy & Jean-Alphonse Richard

Tout a commencé par la publication d'une vidéo. Diffusée sur Internet en mai 2012, elle met en scène un homme qui semble poignarder une autre personne devant la caméra. Une séquence très violente que les internautes n'hésitent pas à signaler aux autorités. Pourtant, il faudra attendre la découverte de restes humains au pied d'un immeuble de Montréal pour qu'un lien soit fait entre le film et le crime commis dans un des appartements. Il tient en un seul nom : Luka Rocco Magnotta. 

Ce jeune Canadien s'avère être l'assassin de Jun Lin, la victime, et l'auteur de la vidéo... qui fascine un certain nombre d'internautes. "Rapidement, les gens se sont intéressés à cette vidéo par les médias sociaux, raconte Ian Lafrenière, ancien porte parole de la police de Montréal dans Les Voix du crime. On a tenté de la faire retirer à plusieurs reprises. Ça a été presque un échec."

Le nombre de vues de cette vidéo ne cesse de progresser. "J'utilisais beaucoup le sentiment humain pour dire aux gens 'Écoutez, c'est horrible, n'allez pas voir cette vidéo'", explique-t-il. Aujourd'hui encore, il ne comprend pas l'engouement autour de cette mise en scène traumatisante. "Moi, j'ai des policiers qui sont encore en traitement pour choc pour avoir vécu l'événement alors imaginez, vous allez aller voir une vidéo qui dépasse tout ce qu'on peut s'imaginer dans l'humanité."

Ces gens-là ont pu être mis à contribution et nous fournir de l'information

Ian Lafrenière

La fascination des internautes pour Luka Rocco Magnotta, bien qu'elle puisse être jugée malsaine, a permis de faire avancer les investigations. Une partie s'était constitué en petit groupe chargé d'enquêter sur le jeune Canadien, déjà soupçonné d'être l'auteur de vidéos dans lesquelles on le voyait torturer puis tuer des chatons. 

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"Ces gens-là ont pu être mis à contribution et nous fournir de l'information sur ses allées et venues, sur ce qu'il avait fait", explique Ian Lafrenière. Ils ont surtout rassemblé les faux noms du tueur. "Ça nous a permis d'avoir toutes les identités sur lesquelles Luka Rocco Magnotta fonctionnait et ça, ça nous a aidés dans notre traque", ajoute-t-il.

L'incroyable médiatisation de l'affaire et le rôle des réseaux sociaux a eu aussi des impacts négatifs. "Quelqu'un qui nous contacte d'habitude, on est capable de savoir si c'est quelqu'un qui a vraiment vu le crime. Est ce que c'est quelqu'un qui connaît vraiment le suspect ou c'est quelqu'un qui a écouté les médias et qui a besoin d'attention ? Là, ça devenait presque impossible de faire la distinction entre des vrais témoins puis des gens qui sont un grand besoin d'attention", se rappelle Ian Lafrenière.

C'est Internet qui a mené à la chute de ce suspect. C'est Internet qui l'a créé aussi.

Ian Lafrenière

Sans oublier que Luka Rocco Magnotta, surnommé "le dépeceur de Montréal" était lui-même obsédé par la célébrité. Preuve irréfutable de cela : lors de son arrestation le 4 juin 2012, il était connecté dans un cybercafé de Berlin pour lire ce qui se disait de son crime, et surtout de lui. En faire un sujet incontournable des médias était alors à double-tranchant. "C'est Internet qui a mené à la chute de ce suspect. C'est Internet qui l'a créé aussi. C'est les médias sociaux qui ont créé ce personnage. Tout cela fait que je ne suis pas prêt à dire merci", résume Ian Lafrenière.

Ian Lafrenière soutient que Rocco Magnotta savait très bien ce qu'il faisait. "Ce n'est pas pour rien qu'il avait plusieurs identités", explique-t-il. Aujourd'hui en prison, le tueur continue d'ailleurs à faire parler de lui directement - il s'est marié avec un autre détenu - et indirectement - il a fait l'objet de multiples livres et documentaires, dont "Don't F*ck With Cats" diffusé sur Netflix.

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>> Les Voix du crime sont avocats ou avocates, enquêteurs ou enquêtrices, proches de victimes, de suspects ou de coupables. Ces témoins-clefs se confient au micro des journalistes de RTL. Des témoignages inédits, qui apportent un éclairage nouveau sur la justice et les grandes affaires criminelles d’aujourd’hui.


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