2 min de lecture Procès

Affaire Élodie Kulik : le "frère" de l'accusé change de version à la barre

Âgée de 24 ans, Élodie Kulik, avait été violée puis tuée en janvier 2002, et son corps avait été retrouvé en partie calciné. Le procès de Willy Bardon, le principal suspect, se tient aux assises d'Amiens depuis le 20 novembre.

Willy Bardon, mis en examen pour le meurtre et le viol d'Elodie Kulik, escorté par des gendarmes.
Willy Bardon, mis en examen pour le meurtre et le viol d'Elodie Kulik, escorté par des gendarmes. Crédit : AFP / Philippe Huguen
Noémie Grinberg et AFP

Un "virage à 90 degrés" qui pourrait tout faire basculer. Appelé à la barre ce mardi 3 décembre, à la cour d’assise d’Amiens, le fils du demi-frère de Willy Bardon est revenu sur ses déclarations. 

Aujourd'hui sapeur-pompier, Romuald J. avait un temps fréquenté la "bande" du 4x4, le cercle amical de passionnés de mécanique auquel appartenait Gregory Wiart, confondu par son ADN dans cette affaire mais décédé en 2003, et Willy Bardon, seul sur le banc des accusés.  

Interrogée par la présidente de la cour, Martine Brancourt, sur l’implication de celui qu'il considère comme son "frère", le témoin a répondu par la négative. "On a pu discuter et, finalement, je pense que non", assure-t-il face aux jurés. Une position qu'il maintient à chaque nouvelle question et qui "interpelle" la présidente, qui voit-là, un "virage à 90 degrés" par rapport aux propos tenus pendant sa garde-à-vue. 

Alors pour Romuald J. face à ses contradictions, l'avocate générale, Anne-Laure Sandretto, demande la diffusion de la vidéo de son interrogatoire à la section de recherche d'Amiens, réalisé en janvier 2013. On y voit le jeune homme en pull à capuche noir, mal rasé et l'air fatigué, confirmé aux gendarmes reconnaître la voix de Willy Bardon sur l’enregistrement de l’appel au secours de la victime. 

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Dans une autre vidéo enregistrée à la fin de sa garde-à-vue et également diffusée à l'audience, Romuald J. est confronté à son "frangin", à qui il soutient l'avoir "reconnu". "C'est toi, on t'a entendu. S'il y a une bêtise de faite, il faut l'assumer. Je suis formel. Ca m'arrache le coeur mais c'est comme ça", martèle-t-il, ému aux larmes. 

"Votre conviction à l'époque était totalement différente", expose au témoin devant la cour l'avocate générale, "comment vous l'expliquez ?". 

Le témoin évoque alors la "pression" à laquelle l'auraient soumis les gendarmes. "Ils ont dit tellement de mal", soutient-il, "tout était contre lui, j'avais l'impression d'être le seul à le défendre, donc à un moment...". 

La défense dénonce "la loyauté des méthodes utilisées dans ce dossier" ce dossier »

La défense, elle, n'a "pas du tout la même interprétation" des déclarations de Romuald J., et de son revirement. Elle rappelle que, dès 2013, peu de temps après sa garde-à-vue, le témoin était revenu sur ses affirmations lorsqu'un expert lui avait fait entendre le même appel au secours, mais sur une bande "plus propre", nettoyée des bruits parasites. "La voix que j'avais dit au départ, de Bardon Willy, là, c'est totalement différent", avait alors déclaré Romuald J., selon un enregistrement diffusé à l'audience. 

Après ses dénégations, et à l'appui d'écoutes téléphoniques, il avait été placé en garde-à-vue pour "faux témoignage" en octobre 2013. 

"En 20 ans, c'est la première fois que je vois ça", a souligné Stéphane Daquo, avocat de Willy Bardon. "Tout ça pour dire la loyauté des méthodes qui ont été utilisées dans ce dossier". 

Vous êtes le seul à changer d'avis

Didier Seban, l'avocat de Jacky Kulik
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Didier Seban, l'avocat de Jacky Kulik, le père de la victime, rappelle au témoin qu'il n'est "pas le seul à reconnaître" la voix de l'accusé : quatre personnes l'ont fait avant lui depuis le début du procès. "Vous êtes le seul à changer d'avis", pointe-t-il, soulignant ses liens familiaux avec l'accusé. Une telle affaire, "c'est très dur, ça bouffe une famille", admet Romuald J. 

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