4 min de lecture Année 2017

2017, l'année qui a vu le terrorisme devant la Justice

En octobre 2017 s'est ouvert un procès historique sur des faits de terrorisme. Abdelkader Merah et Fettah Malki sont passés devant une cour d'assises spéciale pour les crimes commis en 2012 à Toulouse et Montauban par Mohamed Merah.

Abdelkader Merah lors du réquisitoire du ministère public le 30 octobre 2017
Abdelkader Merah lors du réquisitoire du ministère public le 30 octobre 2017 Crédit : Benoit PEYRUCQ / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

C'est un procès qui va marquer l'histoire de la Justice française. Pour la première fois depuis 1996, les assises ont tenté de juger des actes revendiqués au nom du terrorisme islamiste. Des "faits terribles", selon les mots du président de la cour, Franck Zientara, qui se sont produits en mars 2012 à Toulouse et Montauban. Le procès est si historique que certaines parties ont demandé à ce qu'il soit filmé, à l'instar du procès de Nuremberg. Une demande finalement rejetée.

Imad Ibn Ziaten, 30 ans ; Abel Chennouf, 26 ans ; Mohamed Legouad, 24 ans ; Jonathan Sandler, 30 ans ; Arieh Sandler, 5 ans ; Gabriel Sandler, 3 ans, et Myriam Monsonégo, 8 ans. Mohamed Merah, a revendiqué les assassinats de 7 personnes, dont 3 militaires et 3 enfants, au nom d'al-Qaïda, trois ans avant les attentats à Charlie Hebdo et ceux du 13 novembre qui vont traumatiser toute la France en faisant, en tout, plus de 140 morts, et des centaines de blessés. Les attentats de 2012 sont les premiers en France depuis 1996. Et particulièrement cruels.

C'est dans ce contexte post-13 novembre 2015 qu'Abdelkader Merah, mis en examen et en détention depuis mars 2012, passe devant une cour d'assises spécialement constituée à partir du 2 octobre 2017. Il est jugé pour complicité d'assassinats terroristes et association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste. À ses côtés, Fettah Malki est accusé d'avoir prêté l'arme avec laquelle le terroriste a exécuté les victimes de l'école juive de Toulouse, et de lui avoir vendu le gilet par-balles qu'il portait lors de l'assaut. 

L'horreur s'invite au Palais

Pendant 5 semaines, s'enchaînent témoignages, interrogatoires, paroles d'experts et réponses des accusés. Cinq semaines où l'horreur s'invite boulevard du Palais à Paris, avec des récits glaçants de cruauté. Mohamed Merah n'a montré aucune pitié envers les victimes âgées de 3 à 30 ans, froidement exécutées les 11, 15 et 19 mars 2012, à bout portant, parfois touchant. 

À lire aussi
La France, premier exportateur de vin dans le monde en 2017 (en litres) vin
La France, premier exportateur de vin dans le monde en 2017

Sans compter Loïc Libert, laissé pour mort et aujourd'hui tétraplégique à vie. Les familles des victimes seront présentes tous les jours et afficheront une dignité exemplaire devant des récits horrifiants des témoins des attaques terroristes. Le "tueur au scooter", abattu quelques jours après avoir assassiné sa dernière victime, Myriam Monsonégo, ne sera jamais jugé. Son fantôme hantera tous les jours les murs de la salle Voltaire.

C'est la première fois qu'un enfant français, qui a grandi dans le pays, animé par la haine de la France, part se former en zone de guerre pour revenir assassiner ses compatriotes. Pas n'importe lesquels : trois militaires - parce qu'ils représentent l'État - et quatre juifs, parce qu'ils étaient juifs. "Les faits ont créé un émoi important dans l'opinion", rappelle, dès ses premiers mots, le président à la cour et au public. L'assaillant d'alors 23 ans est devenu une référence dans le milieu jihadiste.

Un procès qui servira d'exemple

Ce procès, comme le soulignent les avocats des parties civiles pendant leurs plaidoiries et l'avocate générale lors du réquisitoire, servira d'exemple pour les affaires à suivre. Au vu de sa durée et de son caractère exceptionnel, les parties civiles réclament une sanction "exemplaire" et le président demande un "climat apaisé ou en tout cas empreint de dignité" tout au long du procès. 

Ce qui ne sera pas toujours le cas. Notamment avec les interventions jugées provocatrices de l'avocat de la défense Éric Dupond-Moretti, dit "Acquittator". Jusqu'au verdict toutes les audiences auront été électriques. 21 gendarmes dans la salle, encore plus à l'extérieur et des fourgons stationnés devant le palais en attendant le délibéré, sont là pour assurer la sécurité.

Le 2 novembre, le verdict est rendu : Abdelkader Merah est reconnu coupable d'association de malfaiteurs terroriste et écope de 20 ans de réclusion criminelle, mais il est jugé innocent de la complicité des assassinats commis par son frère. Fettah Malki, aussi jugé coupable d'association de malfaiteurs, est condamné à 14 ans de prison. Le Parquet, qui avait requis la réclusion à perpétuité pour Abdelkader Merah a fait appel de la décision.

Le procès d'Abdelkader Merah et Fettah Malki marquera forcément l'histoire de la Justice contre le terrorisme. Il laisse présager un climat plus que houleux pour celui, très attendu, de Salah Abdeslam (pas avant 2019) seul survivant parmi les assaillants des attentats du 13 novembre, qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Année 2017 Mohamed Merah Procès
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants