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13 novembre 2015 : François Molins, la voix apaisante de la justice

PORTRAIT - Architecte de conférences de presse très maîtrisées, le procureur est devenu le visage de la justice lors de la vague d'attentats terroristes qui touchèrent la France à partir de 2012.

François Molins, le 14 novembre 2015
François Molins, le 14 novembre 2015
Crédit : AFP
Aymeric Parthonnaud & La Rédaction RTL

Dans la cohue et le brouhaha des événements de 2015, il est devenu un phare. Un ton calme, un phrasé net et précis. Les faits, rien que les faits. Le procureur François Molins est rapidement devenu l'une des voix officielle les plus respectées de notre pays. La plupart des Français ont connu François Molins à la télévision, lorsqu'il commentait face aux caméras la terrible vague d'attentats qui a frappé la France. Il était alors procureur de la République de Paris, et menait les conférences de presse, minutieusement préparées, afin d'informer et de rassurer la population sans gêner les enquêteurs. 

Ce Catalan d'origine, né à Banyuls-dels-Aspres dans les Pyrénées-Orientales, passionné de marches en montagne et à l'accent discrètement méridional, apparaît réservé, presque austère. Le soir du 13 novembre 2015, celui qui est depuis devenu procureur général près la Cour de cassation, a expliqué ne "pas vraiment ressentir de la peur". "On était dans l'action, c'était plutôt une angoisse. On était face à une sorte de spirale infernale, on avait l'impression que l'on n'en sortirait jamais. C'était très angoissant et déstabilisant", confiait le magistrat à l'antenne de RTL

S'il ne cède jamais à la panique ou à l'émotion lors de ses interventions publiques, François Molins a toujours souhaité faire entrevoir l'humanité qui habite tout naturellement les magistrats et les enquêteurs. Sobre, oui. Froid et mécanique, certainement pas. Lors de sa première conférence de presse après les attentats du 13 novembre 2015, François Molins égrenait horaires, lieux et bilans... Mais si les mots restaient factuels, sa voix trahissait l'émotion. 

Dans le documentaire Rendre justice, de Robert Salis, François Molins racontait, par exemple, une scène de cette soirée du 13 novembre qu'il n'"oubliera jamais" selon ses mots. "J'ai vu le corps d'une femme (une victime des attentats, ndlr) qui reposait, et dans son sac, un téléphone qui n'arrêtait pas de sonner. Tout ça dans le silence", explique-t-il. Les magistrats "ont le droit d'avoir des émotions. Le défi c'est d'arriver à les maîtriser, les garder pour soi, faire en sorte qu'elles ne perturbent pas notre travail", expliquait-il.

Des journalistes "amoureux"

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Avec son allure d'ascète, François Molins est rapidement devenu une figure très appréciée des médias. "Monsieur le procureur François Molins, je vous aime" allait jusqu'à titrer Libération dans un édito où on louait "la précision du vocabulaire, le phrasé, le regard, la coupe de cheveux toujours impeccable". Un procureur "rassurant, terrien, pro", écrivait le journal de gauche qui n'a pourtant pas l'habitude d'être sous le charme du Parquet. "Les guerres révèlent des généraux, les attentats ont fait surgir François Molins", résumait assez justement le journal Le Monde qui a consacré un portrait au procureur en 2015. 

Bien loin des effets de manche et de la dramaturgie que l'on associe souvent avec la figure du procureur fougueux, François Molins a installé des rituels. Ses conférences de presse étaient toutes construites de la même manière. Maîtrisées de bout en bout. L'exercice débutait invariablement par un message de compassion aux victimes, et se poursuivait par un énoncé sobre des faits. Les rites ont toujours une capacité à rassurer les ouailles. François Molins l'avait bien compris. Il avait aussi compris que les Français n'avaient pas besoin d'inutiles agitations. 

"On n’est pas là pour faire peur aux gens. On s’est rendu compte qu’on rassurait. En tous cas, on a toujours eu la volonté de ne pas en rajouter", expliquait-il sur France 3. S'il entretient de bonne relation avec la presse, il sait aussi mettre en garde les médias. Quand il estimait par exemple que la machine médiatique avait dérapé après l'arrestation de Redoine Faïd, il l'avait fait savoir. 

"Durant ces attentats, il y a effectivement eu des débordements inacceptables à mes yeux, expliquait le procureur au journal La Croix. Quelques semaines après [l'interview de plusieurs terroristes en janvier 2015 au téléphone], je me souviens que ce sujet avait été abordé lors d’une session à l’ENM (école nationale de ma magistrature) avec des journalistes. Je peux vous dire que j’avais eu une explication franche et directe avec plusieurs directeurs de rédaction !"

Une figure toujours centrale

Nommé en novembre 2011, quatre mois avant les tueries perpétrées par Mohamed Merah à Toulouse et Montauban, ce procureur discret et réservé a été propulsé en quelques années dans le cercle restreint des magistrats familiers du grand public. Devenu incontournable, son nom avait même circulé pour remplacer Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur durant un temps. "Il est tellement reconnu dans son domaine, qu'il a un poids, une légitimité. Il a une vraie aura", déclarait alors un bon connaisseur de Beauvau. C'est finalement à la Cour de cassation que le magistrat de 67 ans aujourd'hui finira sa carrière. Un décret ministériel l'a ainsi nommé au plus haut poste de magistrat du parquet de France. 

Aujourd'hui, il reste une figure importante de l'institution judiciaire. S'il faut signer une tribune pour préserver l'indépendance de la justice selon lui menacée, il le fait. En 2020, il a écrit avec sa consœur Chantal Arens une tribune dans Le Monde pour s’émouvoir de propos tenus par le garde de Sceaux, Eric Dupond-Moretti, à propos de l’enquête administrative déclenchée contre trois magistrats du Parquet national financier. L'ancien directeur de cabinet des Michèle Alliot-Marie et Michel Mercier, place Vendôme, connaît bien les liens entre justice, médias et politique.

Lors du procès du 13-Novembre qui va se tenir près de 6 ans après les faits, ils seront trois à porter la voix de l’accusation : Camille Hennetier (cheffe de la section antiterroriste  qui était sur les lieux des attentats au côté de François Molins), Nicolas Le Bris (celui qui a reçu le premier coup de téléphone d’alerte) et Nicolas Braconnay. François Molins observera avec attention les débats et ne manquera pas d'être dans les esprits de ses collègues et du grand public.

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