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Des Américains faisant la queue pour voter lors des Midterms, le 6 novembre 2018
Crédit : Daisuke Tomita/AP/SIPA
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En Virginie, les électeurs ont approuvé de justesse mardi 21 avril une nouvelle carte électorale favorable aux démocrates, lors d’un référendum présenté comme une réponse au redécoupage voulu par Donald Trump dans plusieurs États républicains. Un vote stratégique, à un peu plus de six mois seulement des midterms, les élections de mi-mandat programmées en novembre, cruciales pour la majorité au Congrès - et donc pour la capacité de Donald Trump à mener sa politique.
Le président américain a dénoncé sur Truth Social un référendum "truqué". "Les démocrates s'en sont sortis avec une autre victoire malhonnête", a-t-il écrit. "Toute la journée, les républicains gagnaient, l'enthousiasme était incroyable, jusqu'à la toute fin quand, bien sûr, il y a eu un dépouillement massif de 'bulletins de vote par correspondance' ! Où est-ce que j'ai déjà entendu ça", a-t-il ajouté.
Tous les dix ans, les États-Unis réalisent un recensement national afin de mesurer l’évolution démographique du pays. En fonction des résultats, certains États gagnent ou perdent des sièges à la Chambre des représentants. Chaque État doit ensuite redessiner les limites de ses circonscriptions pour tenir compte des changements de population.
L’objectif officiel est simple : garantir une représentation équitable en respectant le principe "une personne, une voix". Chaque district doit compter un nombre d'habitants comparable. Cependant, la manière dont ces frontières sont tracées ouvre la porte à de nombreuses manipulations.
L'un des principaux enjeux du redécoupage électoral est le "gerrymandering" qui consiste à redessiner les circonscriptions d’un État pour affaiblir le poids électoral d’un camp adverse, quitte à suivre des contours géographiques ubuesques. La pratique n'est pas nouvelle : le terme remonte même à 1811. Cette année-là, le gouverneur du Massachusetts, Elbridge Gerry, approuve un redécoupage électoral dont l’une des circonscriptions évoque la forme d’une salamandre. Le mot est resté, né de la contraction entre "Gerry" et "salamander".
En 2025, Donald Trump a relancé cette pratique en encourageant le Texas à adopter un nouveau tracé électoral pouvant rapporter cinq sièges supplémentaires aux républicains au Congrès. L’Ohio et la Caroline du Nord ont ensuite suivi, en modifiant à leur tour leur carte pour avantager le parti républicain.
En réponse à cette offensive, les démocrates ont choisi de contre-attaquer en lançant leur propre redécoupage électoral dans plusieurs États, et notamment en Californie. Dans cet État solidement ancré à gauche, une nouvelle carte a été largement approuvée par référendum en novembre dernier. Elle pourrait compenser les gains espérés par les républicains au Texas. À ce stade, selon le décompte du New York Times, le bilan serait en effet presque neutre.
"Même si les républicains le font dans plus d’États que les démocrates, ils ne remportent pas de gains significatifs en dehors du Texas", analyse le politologue américain Barry C. Burden auprès du média Vox. "Et il y a tellement d’autres facteurs en jeu qu’il est, selon moi, difficile de savoir exactement comment la situation va évoluer."
Mais la bataille du redécoupage est loin d’être terminée. D’après la presse américaine, le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, envisagerait lui aussi de revoir la carte électorale de son État. Un nouveau découpage qui pourrait, s'il aboutit, faire pencher largement la balance côté trumpiste, toujours selon le décompte du New York Times.
À quelques mois des midterms, les redécoupages électoraux sont ainsi devenus un enjeu central, aussi bien pour les républicains que pour les démocrates. Mais ils ont des effets très concrets sur la démocratie américaine. Lorsque les circonscriptions sont dessinées pour favoriser un camp, la composition du Congrès ne reflète plus fidèlement le choix des électeurs. Il peut alors se créer un décalage entre le vote populaire et la réalité de la représentation politique.
Comme le note le Washington Post, cette pratique réduit la concurrence électorale dans de nombreuses circonscriptions et accentue la polarisation politique. Bien qu’elle soit contestée, elle reste légale et échappe en grande partie au contrôle des tribunaux fédéraux. En 2019, la Cour suprême a estimé que le gerrymandering partisan relevait d’une question politique, et non judiciaire.
Pour limiter les manipulations politiques, certains États, comme la Californie, l’Arizona, le Michigan ou encore le Colorado, ont confié le redécoupage des circonscriptions à des commissions indépendantes. Composées de citoyens, elles sont soumises notamment à des règles strictes de neutralité, de transparence.
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