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Un signe de radioactivité près de Tchernobyl.
Crédit : SERGEI SUPINSKY / AFP
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40 ans après la pire catastrophe nucléaire de l’histoire, un phénomène inattendu intrigue les scientifiques : la nature a repris ses droits dans la zone d’exclusion de Tchernobyl. Mais cet équilibre fragile est aujourd’hui menacé par des dangers bien plus récents. Depuis l’explosion du réacteur en avril 1986, des dizaines de milliers d’habitants ont fui la région. Résultat : une vaste zone d’environ 2 600 km², grande comme le Luxembourg, est restée presque vide d’activité humaine. Et contre toute attente, la vie y est revenue.
Dans cette région autour de Tchernobyl, les scientifiques observent aujourd’hui une biodiversité riche : loups, lynx, élans, cerfs… et même des ours bruns, absents de la zone depuis plus d’un siècle. Les chevaux de Przewalski, introduits à la fin des années 1990, s’y sont également installés durablement et vivent désormais à l’état sauvage. Sans agriculture, sans routes fréquentées, sans urbanisation, les forêts ont progressé, les villes ont été envahies par la végétation et les animaux ont recolonisé les lieux. Un véritable laboratoire à ciel ouvert pour les chercheurs.
Malgré ce retour spectaculaire de la faune, la radioactivité n’a pas disparu. Elle reste présente dans les sols et les écosystèmes. Pour autant, les scientifiques ne constatent pas d’effondrement massif des populations animales. En revanche, des effets plus discrets sont observés : certaines espèces présentent des anomalies, comme des cataractes plus fréquentes chez les oiseaux ou des variations de pigmentation chez les amphibiens. Des signes qui rappellent que cet environnement reste profondément marqué par la catastrophe.
Aujourd’hui, les inquiétudes ne viennent plus uniquement du passé nucléaire. Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, la zone de Tchernobyl a été le théâtre d’opérations militaires. Des troupes ont circulé dans des zones contaminées, creusé des positions et perturbé des sols sensibles. Mais surtout, les incendies de forêt se multiplient. Certains sont provoqués par des chutes de drones ou des activités militaires. Or, ces feux représentent un double danger : ils détruisent les habitats naturels et peuvent remettre en suspension dans l’air des particules radioactives piégées dans la végétation et les sols depuis des décennies. À cela s’ajoute une dégradation des infrastructures et des conditions de surveillance, rendant la gestion de ces risques plus complexe.
Quatre décennies après la catastrophe, Tchernobyl est devenu un symbole paradoxal : un territoire marqué par la radioactivité… mais où la nature a démontré une capacité de résilience spectaculaire. Un sanctuaire inattendu pour la biodiversité. Mais un sanctuaire fragile. Car aujourd’hui, ce n’est peut-être plus la radioactivité qui inquiète le plus les scientifiques, mais bien le retour de l’activité humaine, dans un environnement qui avait appris à vivre sans elle.
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