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Vatican : un sulfureux procès financier met à mal l'image du gouvernement de l'Église

Le cardinal déchu Angelo Becciu, ex-proche conseiller du pape, et neuf autres prévenus seront jugés à partir de mardi 27 juillet pour l'achat opaque d'un immeuble londonien.

La basilique du Vatican à Rome
La basilique du Vatican à Rome
Crédit : FILIPPO MONTEFORTE / AFP
Florine Boukhelifa & AFP

Un coup rude pour le pape François, pourfendeur acharné de la corruption et de la spéculation financière mondiale, qui a accéléré ces derniers mois les réformes financières internes. Un procès, qui s'ouvre mardi 27 juillet au Vatican, autour de l'achat opaque d'un immeuble londonien par le Saint-Siège, s'annonce délicat pour l'image du gouvernement de l'Église, au mieux escroqué par des hommes d'affaires, au pire frappé de corruption interne jusqu'au sommet.

Sur le banc des accusés, le cardinal déchu Angelo Becciu, ex-proche conseiller du pape, devrait voler la vedette médiatique de ce procès qui durera des mois, le minuscule tribunal pénal du Vatican ayant l'art d'espacer ses audiences. La première date prévue mardi sera d'ordre technique, centrée autour d'un acte d'accusation complexe de 500 pages, fruit de deux ans d'enquête. Parmi les dix inculpés, la moitié était au service du pape François au cours de l'achat en deux temps d'un immeuble de 17.000 m2 dans le chic quartier londonien de Chelsea, dont le pape rêve désormais de se séparer au plus vite.

L'acquisition de l'immeuble à un prix surévalué, via des montages financiers hautement spéculatifs et deux hommes d'affaires vivant à Londres, a "généré des pertes substantielles pour les finances du Vatican et puisé jusque dans les ressources destinées à l'action caritative personnelle du Saint-Père", a déploré le Saint-Siège avant le coup d'envoi du procès.

Des pertes financières pour le Saint-Siège

En 2013-2014, la Secrétairerie d'État emprunte 200 millions de dollars, essentiellement au Crédit Suisse, pour investir dans le fonds luxembourgeois Athena d'un homme d'affaires italo-suisse vivant à Londres, Raffaele Mincione. La moitié de la somme vise à s'emparer d'une partie de l'immeuble londonien, l'autre à réaliser des placements boursiers.

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Raffaele Mincione utilise l'argent de l'Église pour "des opérations spéculatives", comme le rachat de banques italiennes en difficulté. Le Saint-Siège, qui essuie des pertes et n'a aucun contrôle sur la nature des investissements, décidera quatre ans plus tard, fin 2018, de mettre fin à cette alliance. Un nouvel intermédiaire, Gianluigi Torzi, est alors choisi pour négocier avec Raffaele Mincione, qui va obtenir 40 millions de livres sterling du Saint-Siège pour que ce dernier devienne propriétaire à 100%.

Reste que Gianluigi Torzi s'adjugera ensuite le contrôle du bien, grâce à des actions avec droits de vote, à la barbe du Vatican et ira même jusqu'à extorquer 15 millions d'euros à la Secrétairerie d'État, théoriquement propriétaire légitime, en négociant son départ, selon l'acte d'accusation.

Les magistrats ont identifié deux personnages centraux qui ont aidé Raffaele Mincione et Gianluigi Torzi à s'introduire dans la bergerie du Vatican, en échange de pots de vin. Il s'agit d'Enrico Crasso, un financier de nationalité suisse, ex-Crédit Suisse, qui a été pendant des années un consultant de la Secrétairerie d'État, et de Fabrizio Tirabassi, un fonctionnaire de la Secrétairerie d'État qui s'occupait d'investissements.

La Secrétairerie d'État se constitue partie civile

L'influent prélat Angelo Becciu était encore en 2014 "Substitut de la Secrétairerie d'État", l'équivalent d'un ministre de l'Intérieur, en contact constant avec le pape François. Il est soupçonné notamment "d'interférences" plus tardives en 2020 dans le dossier. Son ancien assistant, le père Mauro Carlino, est également dans le collimateur.

La jadis sulfureuse "banque du pape" (IOR) avait sonné l'alarme en interne à l'été 2019, pointant du doigt son propre contrôleur, le gendarme financier du Vatican (AIF), censé traquer toutes les transactions suspectes au Vatican. L'ancien président de cette autorité, le Suisse René Brülhart, et son ex-directeur, l'Italien Tommaso Di Ruzza, font partie des prévenus.

La grande question sera de savoir si l'affaire éclaboussera aussi d'autres personnalités de la hiérarchie de l'Église. La Secrétairerie d'État a annoncé qu'elle se portera partie civile. À sa tête, le cardinal Pietro Parolin, bras droit du pape François, mal informé des détails de la transaction selon les magistrats.

Un personnage féminin, sans lien avec l'achat londonien, ajoutera du sel au procès : Cecilia Marogna, déjà affublée du sobriquet de "dame du cardinal Becciu" par la presse, même si elle jure ne pas être sa maîtresse. Affirmant faire des activités de renseignement pour faire libérer des religieux enlevés, elle a reçu 575.000 euros sur le compte de sa société slovène sur recommandation du cardinal.

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