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Turquie : ce qu'il faut savoir sur le référendum favorable à Erdogan

ÉCLAIRAGE - Le "oui" l'a emporté, octroyant des pouvoirs renforcés au président turc. L'opposition dénonce des manipulations.

Recep Tayyip Erdogan à Kocaeli (Turquie) le 30 juin 2016.
Recep Tayyip Erdogan à Kocaeli (Turquie) le 30 juin 2016. Crédit : Kayhan Ozer/AP/SIPA
Clémence Bauduin
Clémence Bauduin
et La rédaction numérique de RTL

Quelque 55,3 millions de Turcs étaient appelés aux urnes. Après le dépouillement de près de la totalité du dépouillement des urnes, dimanche 16 avril, 51,34% des électeurs s'étant exprimés ont voté "oui" à un référendum renforçant les pouvoirs de leur président Recep Tayyip Erdogan, qui appelle les pays étrangers à "respecter" ce qu'il qualifie de "décision historique". Ce résultat lui permet d'accomplir une révision constitutionnelle, laquelle prévoit notamment la suppression du poste de Premier ministre au profit d'un hyperprésident qui concentrerait, entre ses mains, de vastes prérogatives. "Mes chers concitoyens, d'après les résultats non-officiels, le référendum prévoyant la présidentialisation du système s'est conclu par (une victoire du) oui", a déclaré M. Yildirim, le Premier ministre turc, lors d'un discours de victoire depuis le quartier-général de son parti, l'AKP, à Ankara.

Le Haut-Conseil électoral (YSK) en Turquie a confirmé la victoire du "oui" au référendum sur le renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan. Au cours d'une conférence de presse, le chef de l'YSK, Sadi Güven, a affirmé que le "oui" devançait le "non" de quelque 1,25 million de voix, avec seulement 600.000 bulletins de vote qui restent à dépouiller, ajoutant que le résultat définitif serait annoncé "d'ici à 11 ou 12 jours". 

Les deux principaux partis d'opposition ont dénoncé des "manipulations". Bülent Tezcan, secrétaire-général adjoint du premier parti d'opposition, le CHP (social-démocrate), a dénoncé sur la chaîne CNN-Türk une "violation" après la décision du Haut-Conseil Electoral (YSK) de valider les bulletins de vote non marqués du sceau officiel. Et le deuxième parti d'opposition, le HDP, a fait savoir sur Twitter qu'il allait contester les votes provenant de "deux tiers" des urnes.

La sécurité occupait une grande place dans le déroulement du scrutin, la Turquie ayant été frappée ces derniers mois par une vague sans précédent d'attaques meurtrières liées au groupe État islamique (EI) et à la rébellion kurde. Quelque 33.600 policiers étaient ainsi déployés à Istanbul. Les opérations de vote se sont déroulées sans incident majeur.

Que contient la réforme constitutionnelle ?

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Le gouvernement présente cette révision constitutionnelle comme indispensable pour assurer la stabilité du pays et lui permettre d'affronter les défis sécuritaires et économiques. L'opposition, elle, dénonce la dérive autoritaire d'un homme qu'elle accuse de chercher à museler toute voix critique, surtout depuis le putsch manqué. 

Avec cette réforme, Recep Tayyip Erdogan disposera de l'essentiel du pouvoir exécutif. Le poste de Premier ministre disparaîtra et le président sera en mesure de nommer lui-même les ministres et de désigner un ou plusieurs vice-présidents. Il disposera aussi de nouveaux pouvoirs dans le domaine judiciaire, avec la possibilité de choisir six des treize membres du Haut conseil des juges et procureurs (HSYK), chargé de nommer et destituer le personnel du système judiciaire. L'état d'urgence pourra être instauré en cas de "soulèvement contre la patrie" ou d'"actions violentes qui mettent la nation (...) en danger de se diviser". 

Le nombre de députés passera de 550 à 600. Les élections législatives et présidentielle seront simultanées et se dérouleront tous les cinq ans, contre quatre actuellement. Le Parlement aura toujours le pouvoir d'élaborer, d'amender ou d'abroger les lois. Il supervisera les actions du président, mais ce dernier pourra promulguer des décrets dans les domaines relevant de la large sphère de ses compétences exécutives.

Aussi, Erdogan pourrait être président jusqu'en 2029. En effet, le projet de réforme constitutionnelle fixe au 3 novembre 2019 la date des prochaines élections présidentielle et législatives. Le président sera élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois, mais il ne sera pas tenu compte du mandat actuel au moment du passage au nouveau système. Âgé de 63 ans, l'actuel président a été élu en août 2014, après 12 ans passés comme Premier ministre. Il pourrait rester au pouvoir jusqu'à ses 75 ans.

Les opposants craignent un recul de la démocratie

Si le texte est approuvé, "il enclencherait la restructuration la plus drastique des 94 ans d'histoire de la politique turque et de son système de gouvernance", estiment Sinan Ekim et Kemal Kirisci, du think-tank Brookings Institution, dans un rapport.

L'opposition et les ONG ont déploré une campagne inéquitable, avec une nette prédominance du "oui" dans les rues et les médias. Le pays est par ailleurs sous état d'urgence depuis le putsch auquel a échappé Recep Tayyip Erdogan il y a neuf mois. Depuis, quelque 47.000 personnes ont été arrêtées et plus de 100.000 limogées ou suspendues. Le parti prokurde HDP a ainsi dû faire campagne avec ses deux coprésidents et nombre de ses élus en prison, accusés de liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

"C'est le destin de la Turquie qui est soumis au vote", avait pour sa part déclaré Kemal Kiliçdaroglu, le chef du CHP, le principal parti d'opposition, après avoir voté à Ankara. Lors d'un meeting samedi 15 avril, celui-ci avait comparé le système voulu par Recep Tayyip Erdogan à "un bus sans freins dont on ne connaît pas la destination". Mais le Premier ministre Binali Yildirim a assuré, après avoir voté dans la ville d'Izmir (ouest), que "le verdict du peuple" serait "respecté" quelle que soit l'issue du scrutin.

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Une Turquie divisée en deux Crédit Image : AFP / Ozan Kose | Durée : | Date :
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