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Syrie : quelles conséquences au "carnage" de Raqqa par la coalition ?

ÉCLAIRAGE - Un rapport d'Amnesty International publié le 5 juin fait état d'un "carnage" à Raqqa lors des combats pour la libération de la capitale syrienne de Daesh. Un bilan qui pourrait avoir des conséquences néfastes.

La ville de Raqqa après sa libération, en novembre 2017
La ville de Raqqa après sa libération, en novembre 2017 Crédit : GEAI LAURENCE/SIPA
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

"Les causes varient mais la mort est invariable". C'est un dicton arabe que Wassim Nasr aime à partager et repartager régulièrement sur Twitter. Le journaliste à France 24, auteur de L'État islamique, le fait accompli, réagit ainsi au rapport publié par Amnesty International mardi 5 juin.

L'ONG y fait état d'un "carnage" à Raqqa, lors de la libération de l'ancienne capitale jihadiste syrienne à l'automne 2017, grâce aux forces arabo-kurdes soutenues par la coalition internationale avec les États-Unis à sa tête, et ses bombardements.

Une "guerre d'anéantissement" de l'État islamique qui a, d'après Amnesty International, "fait des milliers de morts et de blessés parmi la population civile et a détruit la majeure partie de la ville". L'ONG rapporte 30.000 tirs d'artillerie et des dizaines de milliers de frappes aériennes. Alors que l'armée américaine s'était targuée d'avoir effectué "la campagne aérienne la plus précise dans toute l'histoire des conflits armés", ce n'est pas l'avis des habitants interrogés par Amnesty. 

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Nous pensions que les forces qui venaient chasser Daesh savaient ce qu'elles faisaient

Habitant de Raqqa
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Une centaine de témoignages racontent comment ils étaient pris au piège. "Ceux qui sont restés sont morts et ceux qui ont essayé de s'enfuir sont morts aussi. Nous n'avions pas les moyens de payer les passeurs ; nous étions piégés", confie une habitante qui a finalement pu fuir.

"Nous pensions que les forces qui venaient chasser Daesh savaient ce qu'elles faisaient et s'en prendraient à Daesh en épargnant les civils. Nous étions naïfs", ajoute un autre habitant dont 39 membres de la famille ont été tués. Frédéric Pichon, chercheur spécialiste du Moyen-Orient contacté par RTL.fr, n'est pas surpris d'un tel rapport car il n'a "jamais cru aux frappes chirurgicales" et à "une guerre propre". De même pour Wassim Nasr selon qui, ces 70 pages "confirment ce que tout le monde savait".

En juin 2017, le journaliste partageait d'ailleurs des vidéos montrant l'utilisation du phosphore blanc à Mossoul (Irak), puis à Raqqa, par les forces américaines. Une arme chimique pourtant prohibée lorsqu'elle est employée contre des objectifs militaires qui ne sont pas clairement séparés des civils. La coalition avait assumé une telle offensive près d'un hôpital, justifiée à l'époque par "la sécurité des civils".

Un sentiment anti-Occident nourri ?

Le rapport n'aura pas d'effet sur la population, les faits oui. "Un sentiment anti-occidental nourrit par la réalité de ce qu'ils ont vécu", c'est le risque décrit par Wassim Nasr. Il ajoute : "Ça peut nourrir les rangs jihadistes".

Si ce n'est pas la seule racine du jihad, loin de là, le risque existe. "Les gens qui ont vécu à Raqqa et qui sont aujourd'hui dans des camps pour plusieurs années, que va-t-il en sortir ? Du radicalisme", prévient ainsi Frédéric Pichon.

Ce sentiment anti-occidental est aussi un outil de propagande pour Bachar al-Assad qui s'en sert, selon Wassim Nasr, pour récupérer des sympathisants dans l'est du pays, contrôlé par les forces de la coalition aujourd'hui. 

L'Occident décrédibilisé dans le conflit syrien ?

Alors qu'Emmanuel Macron tente de se positionner dans la résolution du conflit syrien, ce rapport peut-il décrédibiliser l'Occident ? "Oui il y a un risque", lance Wassim Nasr, selon qui les "anti-Occidentaux vont s'en servir", avant d'expliquer que c'est aussi "une guerre de propagande".

Frédéric Pichon "voit bien comment la propagande russe et syrienne va utiliser grossièrement ce rapport". Mais "ce n'est pas la première sale guerre que les États-Unis mènent", rappelle-t-il.

"Les États-Unis, c'est Hiroshima et Disney", lâche-t-il pour illustrer le fait que Washington ne prend pas un énorme risque sur la scène internationale. Et pour la France, "on est pris en porte-à-faux car on n'assume pas, on est censés être les bons", contrairement aux Russes qu'il compare davantage aux "brutes". Les "truands" sont joués par les jihadistes.

Un "carnage" pour rien ?

Comme le rappelle Amnesty International, le secrétaire américain de la Défense avait promis, dans le cadre de cette offensive militaire, "une guerre d'anéantissement" de l'EI. Raqqa a bien été libérée. Les derniers civils épargnés par l'arrêt des bombardements et des combats avec un pacte laissant partir les derniers habitants et jihadistes de la ville

Frédéric Pichon applaudit le "côté symbolique" d'avoir libéré la capitale politique du groupe terroriste, ajoutant qu'à "court terme on a expulsé un groupe dangereux". Toutefois, il est loin d'être "anéanti". D'après Wassim Nasr, il occuperait encore 4 poches en Syrie : à l'extrême est à al-Hasakah, dans le désert syrien Badiya, vers la province de Deir Ezzor et à la frontière avec la Jordanie et Israël. 

Selon le journaliste "des témoignages font état d'affrontements sporadiques entre les composantes kurdes et arabes à Raqqa", alliés contre Daesh, mais répondant à nouveau à des "dynamiques ancestrales".

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