3 min de lecture Russie

Sibérie : des incendies ravagent plus de 3 millions d'hectares, Poutine envoie l'armée

Vladimir Poutine a envoyé l'armée appuyer les 2.700 pompiers qui luttent contre les incendies qui ravagent la Sibérie. Trois millions d'hectares auraient déjà brûlé selon les autorités russes, douze millions selon Greenpeace.

Des incendies ravagent la Sibérie
Des incendies ravagent la Sibérie Crédit : Capture YouTube
Eleanor Douet
Eléanor Douet
et AFP

Vladimir Poutine a ordonné mercredi 31 juillet à l'armée de prendre part aux combats contre les gigantesques feux de forêt qui ravagent depuis des semaines la Sibérie, détruisant des millions d'hectares et recouvrant des villes entières de fumée.

Cette décision intervient quelques jours après le signal d'alarme lancé par les organisations de défense de l'environnement, qui s'inquiètent du manque de réaction des autorités russes face à ces incendies allant jusqu'à menacer d'accélérer la fonte de l'Arctique.

Sitôt la décision du président russe, le ministère de la Défense a annoncé l'envoi de dix avions et de dix hélicoptères bombardiers d'eau dans le territoire de Krasnoïarsk, l'une des régions les plus touchées, où près de 800 pompiers sont actuellement à pied d'œuvre.

Arrivé mercredi dans ce territoire, le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, a promis de l'aide et affirmé en direct à la télévision que les incendies ne présentaient pas de "danger immédiat" pour la population.

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"Il y a des difficultés objectives : le problème des distances, des endroits difficiles à atteindre et des facteurs propres à cette année", a-t-il déclaré, tout en rappelant les incendies de 2010 qui avaient plongé plusieurs régions du pays, dont Moscou, sous une épaisse fumée.  

Provoqués par des orages secs et une chaleur "anormale" de 30 degrés qui s'est abattue sur ces régions, les feux sont propagés cette année par des vents forts, affectant les régions voisines, a expliqué l'Agence fédérale des forêts. Au total, selon les chiffres officiels, près de trois millions d'hectares, soit un peu moins de la taille de la Belgique, étaient en proie aux flammes mercredi, essentiellement dans les immenses régions de Iakoutie, de Krasnoïarsk et d'Irkoutsk. Selon Greenpeace, plus de 12 millions d'hectares ont déjà brûlé tandis que 2.700 pompiers sont déployés sur place, d'après l'agence Interfax.

L'état d'urgence a été déclenché dans l'ensemble de la région d'Irkoutsk et du territoire de Krasnoïarsk. Des districts dans trois autres régions sont également placés en état d'urgence.

Des réactions qui vont s'aggraver dans le futur

La fumée de ces incendies a déjà envahi une centaine de localités dans les zones où ils sont concentrés, mais a aussi atteint les grandes villes des régions de l'Altaï (Sibérie occidentale) et de l'Oural comme Ekaterinbourg et Tchéliabinsk. La directrice de l'agence russe de protection des consommateurs (Rospotrebnadzor), Anna Popova, a toutefois soutenu mercredi que ces fumées ne présentaient pas de "risques majeurs" pour la santé.

De son côté, Maxime Iakovenko, le chef de l'agence fédérale météorologique russe, a déclaré que ces incendies allaient "s'aggraver d'années en années du fait des changements climatiques visibles partout, y compris en Russie". Selon lui, les températures en Sibérie dépassent déjà de 8 à 10 degrés celles de saison.

"Nous nous attendons donc à des vagues de chaleur durables, à l'assèchement des sols, et par conséquent à une augmentation des températures à un rythme plus élevé que la moyenne mondiale", a-t-il indiqué à la presse.  

La réaction "assez tardive" du Kremlin

Réagissant à l'envoi de l'armée, un responsable de l'ONG Greenpeace Russia, Grigori Kouksine, a regretté une décision "assez tardive" qui ne devrait pas, selon lui, changer "fondamentalement" la situation. "Il aurait mieux valu éteindre ces feux à des étapes plus précoces, quand il était encore possible de le faire", a-t-il affirmé sur la radio Ekho Moskvy, ajoutant que l'arrivée de militaires risquait de désorganiser le travail des pompiers.

L'ampleur de ces feux a atteint cette année un niveau exceptionnel et fait craindre un impact environnemental à long terme, y compris sur la fonte des glaces de l'Arctique, d'après les associations de défense de l'environnement.

Selon Greenpeace, la suie et les cendres accélèrent notamment la fonte des glaces de l'Arctique et celle du permafrost, cette couche gelée en permanence qui a tendance à se réduire cette année, libérant des gaz qui, eux-mêmes, renforcent le réchauffement climatique.

Tous les ans, de gigantesques incendies font rage dans les vastes forêts isolées de Sibérie, au point que les autorités préfèrent parfois laisser faire tant que la population n'est pas menacée, ou que les dégâts engendrés ne dépassent pas le coût des opérations anti-incendie. 

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