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Qui était Desmond Tutu, décédé dimanche à l'âge de 90 ans ?

Jusqu'à son dernier souffle, le prix Nobel de la paix a imposé sa petite silhouette ronde et son franc-parler légendaire pour dénoncer les injustices et écorner tous les pouvoirs, quels qu'ils soient.

Barack Obama remet la médaille présidentielle de la liberté à Desmond Tutu lors d'une cérémonie à la Maison Blanche le 12 août 2009.
Barack Obama remet la médaille présidentielle de la liberté à Desmond Tutu lors d'une cérémonie à la Maison Blanche le 12 août 2009.
Crédit : Jewel SAMAD / AFP
Romain Giraud & AFP

Il était un rire, une énergie et surtout une conscience. L'ancien archevêque sud-africain Desmond Tutu, est décédé dimanche à l'âge de 90 ans au terme d'une vie de combat, d'abord contre l'apartheid puis pour la réconciliation de son pays et la défense des droits de l'Homme. 

Né le 7 octobre 1931 à Klerksdorp en Afrique du Sud d'une mère domestique et d'un père directeur d'école primaire, Desmond Tutu a acquis sa notoriété aux pires heures du régime raciste de l'apartheid. Alors prêtre, il organise des marches pacifiques contre la ségrégation et plaide pour des sanctions internationales contre le régime blanc de Pretoria. 

En 1978, il devient le premier dirigeant noir du Conseil sud-africain des églises (SACC), qui compte 15 millions de fidèles actifs dans la lutte contre l'apartheid. Seule sa robe lui épargnera la prison. Son combat non-violent est finalement couronné du prix Nobel de la paix en 1984.

Lors de l'avènement de la démocratie dix ans plus tard, celui qui a donné à l'Afrique du Sud le surnom de "Nation arc-en-ciel" préside la Commission vérité et réconciliation (TRC) qui, espère-t-il, doit permettre au pays de tourner la page de la haine raciale : "Je marche sur des nuages. C'est un sentiment incroyable, comme de tomber amoureux. Nous, Sud-Africains, allons devenir le peuple arc-en-ciel du monde", confiait-il. 

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Ses espoirs seront vite déçus. La majorité noire a acquis le droit de vote, mais reste largement pauvre. Fidèle à ses engagements, le "curé" du Cap devient alors le pourfendeur des dérives du gouvernement de l'ANC, à commencer par les errements de l'ancien président Thabo Mbeki dans la lutte contre le sida. 

En 2013, il promet même de ne plus jamais voter pour le parti qui a triomphé de l'apartheid. "Je n'ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d'autres qui pensent en être aussi", avait-il déploré. Malgré un cancer de la prostate diagnostiqué en 1997 et plusieurs séjours à l'hôpital, cet homme d'une vitalité stupéfiante ne s'est retiré que très progressivement de la vie publique, partageant un compte Twitter avec sa fille Mpho, qui dirige sa Fondation. Jusqu'au bout, il s'est accroché à son rêve d'une Afrique du Sud multiraciale et égalitaire.

Son combat lui fait gagner le coeur de plusieurs personnalités

Desmond Tutu était également présent sur le terrain à l'étranger. On le voit sur tous les théâtres de conflits : RDCongo, Soudan, Kenya ou encore Palestine. Il appelle notamment à juger les dirigeants occidentaux pour la guerre en Irak.

Chemin faisant, il gagne le coeur de nombreuses personnalités. Le Dalaï Lama en fait son "frère aîné spirituel", le président américain Barack Obama "un symbole de gentillesse et de paix". Et le dernier président sud-africain blanc Frederik de Klerk confessait "un immense respect pour sa témérité". Nelson Mandela en faisait même un saint. "Dieu attend l'archevêque, il va l'accueillir à bras ouverts", écrivait-il, ajoutant que "si Desmond arrive au paradis et se voit refuser l'entrée, alors aucun de nous n'y entrera". 

L'archevêque était aussi sur d'autres fronts : contre sa hiérarchie, il a défendu les homosexuels et le droit à l'avortement. A la fin de sa vie, malade, le sud-africain a ouvert un nouveau front contre son église anglicane, tout aussi sensible, celui du droit au suicide assisté.

Une pluie d'hommage

Les réactions n'ont cessé de se multiplier en son hommage ce dimanche. Le groupe des ex-personnalités formant les "Sages" a dit perdre "un ami cher, dont le rire contagieux et le sens de l'humour espiègle les ont tous ravis et charmés. Le monde a perdu une source d'inspiration, dont cependant les réalisations ne seront jamais oubliées, et dont l'engagement en faveur de la paix, de l'amour et de l'égalité fondamentale de tous les êtres humains continuera d'inspirer les générations futures", a-t-il écrit dans un communiqué. 

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a exprimé "sa profonde tristesse après le décès" de ce "patriote sans égal". Sa mort "est un nouveau chapitre de deuil dans l'adieu de notre nation à une génération de Sud-Africains exceptionnels qui nous ont légué une Afrique du Sud libérée", a-t-il dit, évoquant "un homme d'une intelligence extraordinaire, intègre et invincible contre les forces de l'apartheid". La Fondation Mandela a quant à elle qualifié sa perte d'"incommensurable".

Le président et la Première dame, Joe et Jill Biden, ont de leur côté dit avoir le "cœur brisé" mais assurent que son "exemple transcende les frontières et trouvera un écho à travers les âges". Côté européen, alors que le Premier ministre britannique Boris Johnson a salué "une figure essentielle de la lutte contre l'apartheid et de la lutte pour la création d'une nouvelle Afrique du Sud", Emmanuel Macron a salué le "combat" de Desmond Tutu "pour la fin de l'apartheid et la réconciliation sud-africaine restera dans nos mémoires".

Enfin, le pape François s'est déclaré "attristé" par cette perte et s'est dit "conscient du service rendu à l'évangile par la promotion de l'égalité raciale et de la réconciliation" dans son pays. Ses obsèques auront lieu le samedi 1er janvier au Cap, dans la cathédrale Saint-Georges, son ancienne paroisse, a annoncé dimanche soir sa fondation. 

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