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Présidentielle américaine : Facebook peut-il encore influencer le scrutin cette année ?

ÉCLAIRAGE - Très critiqué après la campagne électorale de 2016, Facebook a multiplié les mesures pour garantir l'intégrité du scrutin. Mais le risque de manipulation est toujours présent.

Facebook est le premier réseau social mondial avec plus de 2 milliards d'utilisateurs
Facebook est le premier réseau social mondial avec plus de 2 milliards d'utilisateurs Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Facebook ne veut pas sortir aussi discrédité des élections américaines qu'il y a quatre ans. La campagne présidentielle qui a vu l'accession au pouvoir de Donald Trump en 2016 avait été entachée par plusieurs soupçons de manipulation via la plateforme. L'équipe du candidat Trump avait notamment eu recours aux services du cabinet britannique Cambridge Analytica qui avait collecté et détourné les données de dizaines de millions d'utilisateurs du réseau à des fins de propagande.

Le camp Trump est aussi accusé d'avoir essayé de décourager le vote afro-américain, majoritairement pro-Clinton, en diffusant des publicités ciblées dans certains Etats clés. Et des organisations proches de Moscou sont fortement soupçonnées d'avoir interféré dans le scrutin en menant des campagnes de désinformation favorables à Donald Trump. L'histoire peut-elle se répéter cette année ?

"Il y a très peu de chances que ce qu’il s’est passé avec Cambridge Analytica se reproduise à l’identique, tranche Tristan Mendes France, maître de conférences associé à l'université de Paris et spécialiste des cultures numériques, joint par RTL. Mais le dispositif de la plateforme permet toujours de faire du micro ciblage. Il suffit de diffuser des publicités malhonnêtes, de mettre en place un ciblage opportuniste, pour essayer de détourner certains d’aller voter, en visant l’électorat d’un adversaire ou indécis avec un argumentaire calibré pour leurs centres d’intérêts".

Plus de transparence qu'il y a quatre ans

Pour ne plus qu'on l'accuse d'être le faiseur de rois de l'élection américaine, Facebook a mis en œuvre plusieurs dispositifs censés limiter les atteintes au scrutin. "Facebook a essentiellement actionné le levier de la transparence pour assainir son écosystème publicitaire depuis l’époque Cambridge Analytica", dit Tristan Mendès France. 

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Le réseau social a créé une bibliothèque publicitaire qui permet de voir quelles pages poussent quel type de publicités et quelles publicités sont actuellement actives. Facebook a aussi ajouté une information relative à qui est à l’origine de la publicité à laquelle les utilisateurs sont exposés. Les pages de médias contrôlés par des Etats sont désormais signalées comme telles. "Mais il est difficile d’estimer si ces avertissements mettent vraiment la puce à l’oreille des utilisateurs qui voient ces informations", souligne le spécialiste.

Contre la désinformation, Facebook a également investi dans un dispositif de vérification des publications par des tiers. Les informations jugées fausses ou trompeuses par une soixantaine de médias participant au programme voient leur portée atténuée sur le réseau social au profit d'articles de vérification. Et il n'est plus possible de transférer une publication à plus de cinq contacts à la fois sur Messenger, une limitation déjà en vigueur sur WhatsApp.

Toujours des tentatives d'ingérence

Malgré ces efforts, le spectre d'une manipulation étrangère plane toujours sur le scrutin. "Les réseaux sociaux restent un espace majeur de propagande politique. Une part non négligeable des Américains s’informe en priorité via Facebook. La fabrique de l’opinion et la bataille des idées de propagande se joue en partie sur ces espaces qui permettent à chaque camp d’atteindre plus facilement un électorat difficile à interpeller avec les méthodes traditionnelles", explique Tristan Mendès France.

Mois après mois, Facebook démantèle régulièrement des campagnes de manipulation des électeurs, orchestrées depuis l'étranger, avant qu'elles n'atteignent une taille critique. Début septembre, le réseau a bloqué une opération de l'Internet Research Agency (IRA), une organisation russe déjà à la manœuvre lors de l'élection de 2016. Plus récemment, des tentatives d'ingérences venues d'Iran et du Mexique ont été avortées.

Facebook lutte aussi contre les stratégies dites de "suppression de vote", qui visent à décourager des populations de voter pour gonfler les résultats de l'un ou l'autre des candidats. Le réseau social a promis par exemple de supprimer toutes les publications qui assurent que les personnes qui iront voter auront plus de chance de contracter le coronavirus. 

Pour limiter l'impact de ces tactiques, les publicités politiques ont été interdites sur la plateforme les jours précédant l'élection. Mais des responsables démocrates et républicains se sont rapidement plaints de suspensions abusives et de publications passées à travers les filtres de la plateforme. "Vu la toxicité de cet écosystème qui accentue les travers d’une campagne déjà hystérisée, il est dommage que Facebook n’ait pas suivi Twitter, qui a décidé de ne plus accepter les publications politiques depuis l'an dernier", regrette Tristan Mendès France.

Un risque d'émeutes en cas de contestations des résultats

Malgré le déploiement de cet arsenal de mesures, Facebook est en état d'alerte à l'approche du scrutin. Ses équipes prévoient une élection mouvementée et très contestée. Des scénarios catastrophes sont envisagés au cas où les résultats mettraient longtemps à être validés et seraient disputés par les deux candidats. "Je suis inquiet qu’il y ait un risque de troubles civils dans tout le pays, alors que notre nation est si divisée et que les résultats électoraux prendront potentiellement des jours ou des semaines à être finalisés", a mis en garde Mark Zuckerberg mercredi.

Facebook a prévu des mesures d'urgence au cas où la situation vire au chaos. Si l'un des deux candidats revendique la victoire avant qu'un net vainqueur ne se détache, la plateforme ajoutera un avertissement sur chacune de ses publications et un lien renverra vers les résultats officiels. Le réseau social se réserve aussi la possibilité de réduire la circulation des contenus en cas de flambée de violences. Des mesures qui s'appliqueront aussi sur Instagram.

"C’est un pansement sur une jambe de bois, regrette Tristan Mendès France. Il y aura de toute façon des semaines de tension après l’élection. Facebook a un tel rôle d’amplificateur des travers, des frustrations et des mécontentements de la société américaine que, quelle que soit l’éruption, elle sera aggravée". 

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