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"Nous ne sommes qu'au début des combats" : combien de temps la guerre en Iran peut-elle durer ?

Une semaine après le début de l'offensive contre Téhéran, les frappes se poursuivent au Moyen-Orient. Donald Trump évoque un conflit de "quatre semaines", mais plusieurs éléments laissent penser que la guerre pourrait durer.

Un panache de fumée s'élève après une frappe sur la capitale iranienne Téhéran, le 5 mars 2026.

Crédit : ATTA KENARE / AFP

Juliette Vignaud

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Une guerre qui pourrait durer. Alors que l'offensive lancée par Israël et les États-Unis contre la République islamique le 28 février embrase le Moyen-Orient et inquiète les acteurs économiques mondiaux, la durée du conflit demeure incertaine.

Au deuxième jour de l'opération, Donald Trump a évoqué une intervention qui durerait "quatre semaines" voire "moins". Un délai confirmé le lendemain par Pete Hegseth, le ministre de la Défense américain, précisant qu'il ne s'agissait pas d'un conflit "sans fin". "Ce n'est pas l'Irak", a-t-il déclaré, faisant référence à la guerre menée par les États-Unis entre 2003 et 2011.

Depuis, les autorités américaines entretiennent le flou autour de la durée du conflit, à commencer par Donald Trump lui-même. Lundi 2 mars, le chef des États-Unis a prévenu que l'armée américaine avait les "capacités" pour un conflit durant "bien plus longtemps" que "quatre à cinq semaines".

"Nous ne sommes qu'au début des combats", a également affirmé jeudi 5 mars, devant la presse, Pete Hegseth, assurant que Washington disposait d'assez de munitions pour "mener cette campagne aussi longtemps qu'il le faudra".

Des stocks de munitions en baisse

Dans un bref entretien au New York Times, Donald Trump a également affirmé que l'armée américaine disposait "d'énormes quantités de munitions", permettant de faire durer la guerre. "Vous savez, nous avons des munitions stockées partout dans le monde, dans différents pays." a-t-il dit.

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Le président américain n'a fait part d'aucune inquiétude du Pentagone quant au fait que le conflit puisse épuiser les réserves. Pourtant, trois hauts responsables de la défense, interrogés par le Washington Post, affirment que les stocks d'armes de précision diminuent rapidement. Cela pourrait contraindre l'armée américaine à choisir les cibles à intercepter en priorité d'ici quelques jours. Jusqu'à présent, selon la même source, l'armée américaine a utilisé des centaines de ses munitions les plus sophistiquées, notamment des missiles de croisière Tomahawk.

Un autre responsable américain a même déclaré que les stocks étaient si faibles qu'une campagne prolongée contre l'Iran ne laisserait pas suffisamment de munitions pour faire face à d'autres menaces, notamment la Chine. Le général Dan Caine, chef d'état-major des armées, avait précédemment averti de ces inquiétudes. Lors d'une réunion à la Maison-Blanche, il avait affirmé que toute action d'envergure contre Téhéran se heurterait à des difficultés, car les stocks de munitions américains ont été considérablement réduits par la défense continue d'Israël et le soutien apporté à l'Ukraine par Washington.

Essoufflement de la résistance iranienne

À en croire Washington et Israël, la résistance iranienne s'essouffle également. Selon le chef d'état-major américain, les tirs de missiles balistiques sont en baisse de 86% par rapport aux premiers jours de la guerre et les attaques de drones ont diminué de 73%.


Selon Behnam Ben Taleblu, qui suit les programmes d'armement de Téhéran au sein de la Fondation pour la défense des démocraties, l'Iran utilise ses munitions plus efficacement. Il s'agit notamment des drones à bas coût utilisés pour cibler les alliés des États-Unis dans le Golfe, l'objectif étant d'épuiser leur défense aérienne.

"L’Iran tire des salves de missiles de plus faible envergure, signe de sa volonté de préserver ses stocks tout en continuant de tester et d’affaiblir les défenses aériennes et antimissiles israéliennes", analyse-t-il dans les colonnes du Washington Post.

La logique de résilience du système iranien

Les bons connaisseurs de l'Iran parient aussi sur un conflit prolongé, en raison de la résilience du régime, malgré la mort du guide suprême. L'ayatollah Ali Khamenei a été tué dans des frappes samedi 28 février, et sa succession relève quasi de l'impossible, révélant les fractures internes du régime entre clergé et Gardiens de la révolution.

"Le système iranien - c'est-à-dire essentiellement le corps des Gardiens de la révolution qui contrôle tout le système aujourd'hui - peut tenir dans une logique de résilience en étant complètement bunkerisé", explique Gilles Kepel, politologue et spécialiste du monde arabe contemporain, sur RTL. "Le conflit va durer, mais la résilience iranienne aussi, avec cette volonté d'élargissement, d'enflammer l'ensemble de la région", note l'ex-ministre de la Défense et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur TF1.

Le régime iranien souhaite ainsi créer l'embrasement régional, en attaquant les pays du Golfe. "Il a cette volonté d'entraîner l'ensemble de la région dans la guerre pour faire en sorte que les pays de la région exercent eux-mêmes des pressions sur l'Amérique, en disant que 'ça a trop duré, c'est trop coûteux économiquement, ça va être trop coûteux pour vous aussi, il faut mettre fin à cette guerre", estime Dominique Moisy, géopolitologue, conseiller spécial de l'Institut Montaigne, dans le podcast RTL Iran, histoire d'une guerre.

"Cette volonté d'élargir la guerre [à l'ensemble de la région] pour la raccourcir dans le temps, c'est un pari audacieux qui peut échouer", pointe-t-il. "À terme, leur idée est d'aller vers cette déstabilisation régionale", confirme Azadeh Kian, professeure de sociologie politique, et donc d'aller vers "l'expansion de la guerre".

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Si les groupes de proxys - ces milices armées partenaires du régime de Téhéran - ont été largement affaiblis, ils possèdent toujours une capacité de nuisance. "Tant que les causes principales de leur existence demeurent, on ne peut pas s'attendre à ce qu'ils disparaissent", souligne Azadeh Kian. 

Dans ces conditions, la guerre pourrait dépasser largement les quelques semaines évoquées par Washington et s’installer dans un conflit d’usure au Moyen-Orient.

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