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Guerre en Iran : pourquoi la succession d'Ali Khamenei relève de l'impossible

L’Iran traverse une période d’incertitude après la mort d’Ali Khamenei, frappé lors d’attaques américaines et israéliennes. La succession du Guide suprême, enjeu crucial pour l’équilibre du régime, attise les tensions entre clergé et Gardiens de la Révolution, sur fond de conflit régional.

L'ayatollah Ali Khamenei, le 8 janvier 2020 (illustration)

Crédit : HO / IRANIAN SUPREME LEADER'S WEBSITE / AFP

Eléonore Aparicio

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La mort du Guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février 2026 lors de frappes américaines et israéliennes sur Téhéran, a plongé la République islamique dans une crise politique sans précédent depuis la révolution de 1979. Au moment où l’Iran est engagé dans un conflit régional majeur, la question de sa succession se pose dans l’urgence, révélant les fractures internes du régime et l’équilibre fragile entre pouvoir religieux et appareil sécuritaire. 

Dans l'immédiat, les institutions iraniennes ont mis en place un Conseil de direction intérimaire chargé d'assurer les fonctions du Guide suprême. Ce collège regroupe notamment le président Masoud Pezeshkian, le chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni-Eje'i et le religieux Alireza Arafi, figure importante du clergé de Qom. Leur mission consiste à maintenir la continuité de l'État tout en préparant la désignation d'un nouveau Guide par l'Assemblée des experts, l'organe religieux chargé de cette décision. 

Le futur guide suprême, cible privilégiée d'Israël

Le pouvoir iranien a indiqué, mercredi 4 mars, "faire de son mieux" pour désigner rapidement un successeur à Khamenei. Une tâche qui s'avère assez complexe. Cette transition se déroule dans des circonstances exceptionnelles, les frappes qui ont coûté la vie de Khamenei ont également visé des centres de pouvoir iranien, y compris des lieux liés à l'Assemblée des experts, compliquant ainsi le processus de succession. 

Les autorités iraniennes pourraient également être tentées de retarder cette nomination pour éviter que le nouveau guide suprême ne devienne immédiatement une cible dans le conflit. Mercredi 4 mars, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a prévenu que "tout dirigeant nommé par le régime terroriste iranien sera une cible sans équivoque pour élimination".

L'élite iranienne divisée sur la succession

La succession de Khamenei divise jusqu'aux élites iraniennes. Plusieurs noms circulent parmi les religieux et les responsables politiques susceptibles de reprendre la fonction suprême. "Cela indique peut-être qu'il n'y a pas un consensus dans le clergé pour suivre les gardiens de la révolution dans leur jusqu'au boutisme, puisque le successeur doit être en principe quelqu'un qui fait l'objet du consensus de ce qu'on pourrait appeler le haut clergé", explique sur RTL Gilles Kepel, politologue et spécialiste du monde arabe contemporain. 

À écouter

Gilles Kepel sur la guerre en Iran : "Ce n'est plus un conflit régional, c'est un conflit international"

00:09:50

"Déjà, Khamenei, qu'un certain nombre appellent indument l'ayatollah Khamenei, ne l'était pas du tout. Il a été poussé politiquement, si vous voulez. Il n'avait pas les qualifications", précise-t-il. D'après la Constitution iranienne, pour accéder à la fonction de guide suprême, il est nécessaire de détenir le titre d""ayatollah marja" réservé aux membres les plus élevés du clergé chiite qui ont eu une carrière exemplaire. 

La piste de Mojtaba Khamenei, fils du défunt guide suprême

Parmi les potentiels successeurs, figure Alireza Arafi, religieux ultraconservateur déjà impliqué dans la direction intérimaire, ainsi que Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique. Récemment, le nom qui revient le plus est celui de Mojtaba Khamenei, fils du défunt Guide, réputé proche des Gardiens de la Révolution, très influent en coulisses depuis des années mais qui ne possède pas le titre d'"Ayatollah marja".

Sa nomination donnerait "le sentiment que c'est complètement resté à l'intérieur du groupe, de la tribu, des gardiens, et que justement, les religieux qui sont censés faire le lien entre le pouvoir et la société seraient mis hors-jeu", estime Gilles Kepel.

Depuis la révolution de 1979, la stabilité du régime reposait précisément sur un compromis entre deux piliers : le clergé chiite, garant de la légitimité religieuse du système, et les Gardiens de la Révolution, qui en assurent la défense militaire et politique. 

"Le problème, c'est que l'Iran a réussi à tenir précisément en mélangeant ce pouvoir du clergé et la puissance des gardiens de la Révolution. Si le clergé est complètement écarté du système, s'il n'a pas le choix pour le successeur, ça veut dire que les gardiens s'isolent. Or le clergé est la clé du soutien d'une partie de cette population", explique le politologue sur RTL. 

La transition politique devra non seulement préserver l’unité du régime, mais aussi convaincre sa base qui doute de plus en plus de l’avenir du pays.

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