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Un élève dans une salle de classe (photo d'illustration)
Crédit : Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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"Les enfants ne vivent pas sur la planète Mars" résume François Dufour, rédacteur en chef de journaux d’actualité pour enfants Le Petit Quotidien pour les 7-10 ans et de Mon Quotidien pour les 10-13 ans.
Même s’ils ne vivent pas directement les conflits, les enfants sont eux aussi concernés par la guerre. "Les guerres concernent toujours les enfants, et à double titre", explique la pédopsychiatre Marie-Rose Moro. Comme les adultes, ils peuvent être affectés par la violence des images, la mort ou l’incertitude sur l’avenir.
Mais il existe aussi une autre source d’angoisse : l’inquiétude des parents eux-mêmes. Les enfants perçoivent facilement les émotions des adultes. "Ils voient que leurs parents, censés les protéger, sont inquiets. Et ils peuvent se demander s’ils seront capables de les protéger", poursuit la spécialiste. Ces inquiétudes apparaissent souvent très tôt. Dès l’école maternelle, les enfants entendent parler de guerre, à l’école, à la maison ou dans les médias.
Pour les spécialistes, il ne faut pas attendre pour aborder ces sujets. "À partir du moment où les enfants vont à l’école, la question de la guerre peut se poser à eux", explique Marie-Rose Moro. L’important est d’utiliser un langage adapté à leur âge. Mais une chose est sûre "on ne cache rien" martèle la pédopsychiatre et autrice de Bye bye l'angoisse ! : Vivre en bonne santé mentale.
Même les plus jeunes sont exposés à l’actualité. "Les enfants ne vivent pas dans une bulle", rappelle François Dufour, rédacteur en chef de journaux d’actualité pour les jeunes. Dans la voiture, à la radio, à la télévision ou dans les conversations des adultes, le sujet finit presque toujours par apparaître. Le rédacteur en chef illustre ses propos par le fait que, dans son journal, chaque jour un enfant est invité pour jouer le rôle de rédacteur en chef. Autrement dit, il décide des sujets qui l'intriguent, et le journal y répond.
Le rôle des parents consiste donc à "traduire" cette réalité avec des mots compréhensibles. "Parler adulte à un enfant, c’est comme parler chinois", souligne le journaliste. Les notions complexes de géopolitique doivent être simplifiées pour être accessibles.
Il faut être à côté d'eux, leur tenir la main. Il ne faut pas les tenir à distance. Ils entendent par mille et une voix le fait que la guerre est là. Ils perçoivent que leurs parents et que les adultes sont inquiets. Donc il faut leur traduire d'une certaine façon ce qui est en train de se passer à hauteur d'enfant.
Marie-Rose Moro, pédopsychiatre
Celle-ci nuance cependant en précisant qu'il faut dire les choses, mais de manière à ne pas susciter l'idée qu'il s'agit de "la fin du monde". "C'est normal qu'ils aient peur, c'est normal que leurs parents aient peur, mais si on leur transmet la guerre et la peur de la guerre, alors on leur transmet quelque chose de très dur à supporter".
Face aux questions des enfants, la sincérité est essentielle. "Nous, les journalistes, on dit ce qu’on sait, mais aussi ce qu’on ne sait pas", explique François Dufour. Reconnaître l’incertitude fait aussi partie de l’explication.
Il n’est pas nécessaire d’édulcorer la réalité. Les mots comme "guerre", "bombes" ou "bombardements" peuvent être prononcés, à condition de les expliquer. "Tout peut se dire aux enfants", estime Marie-Rose Moro. Le défi consiste surtout pour les adultes à se mettre réellement à leur place.
Partir des questions des enfants est souvent une bonne entrée en matière. Certains s’inquiètent par exemple de savoir si leur père pourrait être envoyé au front ou s’interrogent sur les alliances entre pays rapporte François Dufour.
Si les enfants posent des questions parfois très profondes, leur anxiété vient souvent des adultes eux-mêmes. "Ce n’est pas tellement le fait qu’il y ait la guerre quelque part qui leur fait du mal, mais l’angoisse que cela génère chez nous", souligne la pédopsychiatre.
Il est donc important de reconnaître leurs émotions sans leur transmettre une peur excessive. Dire à un enfant qu’il est normal d’avoir peur peut déjà le rassurer.
Le moment de la discussion compte également. Les spécialistes conseillent d’aborder le sujet lorsque les parents sont "disponibles et calmes", afin de pouvoir répondre aux questions sereinement.
Regarder un journal télévisé peut aussi être l’occasion d’échanger, à condition que l’enfant ne soit pas laissé seul face aux images. L’école joue également un rôle essentiel pour mettre des mots sur l’actualité et aider les élèves à comprendre le monde.
Car malgré leur jeune âge, les enfants s’intéressent souvent à ces questions. Les conflits passés comme la Seconde Guerre mondiale suscitent toujours beaucoup de curiosité. "La guerre inquiète, mais elle fascine aussi, et il faut en parler avec eux", conclut Marie-Rose Moro. Raison de plus pour ne pas éviter le sujet, mais l’expliquer avec justesse et bienveillance.
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