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Le président algérien Abdelmadjid Tebboune rencontre le président français Emmanuel Macron en marge du sommet du G7 organisé par l'Italie, à Savelletri, dans la région des Pouilles, le 13 juin 2024.
Crédit : Ludovic MARIN / AFP
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La mesure a été annoncée à l’issue du Conseil des ministres présidé par Abdelmadjid Tebboune, ce dimanche 11 janvier. Dans un communiqué, le chef de l’État a appelé les "jeunes Algériens" se trouvant à l’étranger "en situation de précarité et irrégulière" à regagner leur pays. Le décret vise à permettre la régularisation administrative de ressortissants algériens partis clandestinement, parfois depuis de nombreuses années, et qui se retrouvent aujourd’hui bloqués -s'ils veulent rester en France- hors de leurs frontières d'origine.
La décision pourrait concerner plusieurs dizaines de milliers de personnes ayant quitté l’Algérie par les réseaux de l’immigration clandestine. Le communiqué ne cite aucun pays, mais selon l’Organisation internationale pour les migrations, 54.000 Algériens ont gagné l’Europe entre 2020 et 2024. Majoritairement installés en France, en Espagne ou en Italie, beaucoup sont arrivés sans passeport ni documents d’identité, se retrouvant ainsi en situation irrégulière à la fois dans leur pays d’accueil et vis-à-vis de l’Algérie, qu’ils ne peuvent plus rejoindre.
Concrètement, les démarches de régularisation se feront dans les consulats d’Algérie à l’étranger. Ainsi, les personnes éligibles devraient se voir remettre de nouveaux passeports, leur permettant de retrouver une identité administrative et, le cas échéant, de rentrer au pays. Puisque comme son nom l'indique, l'émigration clandestine, la "harga" selon sa désignation en Algérie (du verbe "brûler", c’est-à-dire se débarrasser de ses papiers pour ne pas être identifié et reconduit.
Les autorités algériennes ont justifié cette mesure par la situation de grande détresse dans laquelle vivent ces jeunes, décrits comme "loin de leur patrie, de leurs proches, de leurs amis, de leur famille", confrontés à "la misère et des privations, pour être exploités dans des travaux dégradants" et parfois "instrumentalisés contre leur pays". De telles situations "ne justifient pas de telles souffrances" a poursuivi le communiqué. Ces jeunes peuvent être "exploités par des groupes criminels et mafieux", et ils sont exposés à une "atteinte à leur réputation, tant dans leur pays d’accueil que dans leur pays d’origine".
Mais des limites strictes sont précisées dans cette mesure exceptionnelle. Les personnes impliquées dans des "crimes de sang, le trafic de drogues ou d’armes, ainsi que celles ayant collaboré avec des services de sécurité étrangers dans un but hostile à l’Algérie", sont exclues du dispositif. Selon le communiqué officiel, la majorité des jeunes concernés n’auraient commis que des "infractions mineures, liées à l’ordre public".
Concrètement, les jeunes migrants clandestins sont invités au retour avec la promesse de ne subir aucune poursuite à leur arrivée, à condition "qu’ils s’engagent à ne pas récidiver". Malgré l’ouverture annoncée, le média le Jeune Afrique a pointé du doigt la méfiance reste forte chez les principaux intéressés. Beaucoup redoutent une arrestation ou des poursuites judiciaires une fois de retour en Algérie, même munis d’un passeport régularisé.
Les "sans papiers" sont dans une situation compliquée double. "Ils sont partis de leur pays illégalement donc ils ont enfreint la loi en Algérie, et lorsqu'ils arrivent en France illégalement ils enfreignent la loi aussi", a souligné à RTL Marwa Boutaba, étudiante en "Master Justice, procès et procédures - pratique du droit des étrangers". La "harga" ou immigration clandestine est en effet criminalisée sur le sol algérien depuis une loi de 2009, qui prévoit des peines d'emprisonnement allant de 2 à 6 mois, ainsi qu'une amende pouvant atteindre 60.000 dinars algériens, soit plusieurs mois de salaire minimum.
En France, "dès lors que les ressortissants clandestins sont identifiés par l'Etat français comme étant arrivés illégalement sur le territoire - autrement dit sans visa, ni titre de séjour - ils ont une Obligation de quitter le territoire (OQTF), cela intervient généralement lorsqu'ils sont placés dans un asile, lors d'un contrôle de papiers, lors d'une interpellation par la police si la personne a commis un délit ou même si la personne fait simplement une demande de régularisation à la préfecture, parce qu'elle la personne est arrivée en France sans accord", a-t-elle expliqué. Sur le site de Service Public, on peut lire que parmi les premières personnes concernées par une OQTF il y a "les personnes entrées irrégulièrement en France, ou dans l'espace Schengen, sans de titre de séjour".
Retourner en Algérie est donc possible lorsque l'OQTF est exécutée mais est-ce envisageable par ces personnes ? Le contexte socio-économique constitue un autre frein majeur à ce possible retour a analysé le média le Jeune Afrique. "Ces immigrés ne sont pas seulement des migrants économiques, mais souvent des jeunes en quête d’une nouvelle vie, meilleure à l'étranger". En 2025, plus de 9.500 Algériens ont rejoint l’Espagne par la mer, illustrant l’ampleur persistante du phénomène migratoire.
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