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Francis, un jeune Kényan enrôlé de force par l'armée russe
Crédit : Nicolas Burnens / RTL
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Engagés dans une guerre qui ne les concerne pas à plus de 5.000 kilomètres de chez eux. Des centaines de jeunes Kényans ont été enrôlés de force par l'armée russe pour combattre sur le front ukrainien. Leurs familles racontent toutes la même histoire, celle d'un père, d'un fils, attirés en Russie, par la promesse d'un emploi civil.
En juin 2025, Oscar, un ancien militaire de 38 ans au chômage est parti en quelques jours, après avoir répondu à une annonce sur Internet.
"Cette agence de recrutement avait un bureau au centre-ville de Nairobi. Mon frère et les candidats ont eu plusieurs autres rendez-vous. Il m'a dit qu'ils avaient accepté un travail dans le bâtiment. Ils ont donc pris l'avion pour Saint-Pétersbourg. Ils ont voyagé deux-trois jours par la route et ils ont atterri dans un camp militaire. On leur avait menti. Le contrat qu'ils avaient signé au Kenya était différent de celui qu'ils avaient reçu en Russie dont ils ne comprenaient pas la langue", explique sa sœur Mary, au micro de RTL depuis Nairobi.
La Russie prend nos frères, nos pères, pour mener leur guerre alors que cela ne les concerne pas. Pour eux, les Africains sont comme de la chair à canon.
Mary, sœur d'Oscar, un Kényan enrôlé de force par l'armée russe
Le passeport d'Oscar est confisqué pour l'empêcher de s'enfuir. Il reçoit un entraînement militaire de deux semaines. En janvier dernier, sa sœur reçoit un message, envoyé par le commandant de son bataillon.
"Il m'a dit qu'Oscar était mort une semaine seulement après avoir été déployé sur le front. Normalement les corps sont laissés sur le champ de bataille, ils ne sont pas récupérés mais Oscar a été emmené à la morgue de Rostov. Il m'a expliqué qu'il pouvait seulement nous aider à transporter sa dépouille jusqu'à Moscou et que seules les familles russes ont droit à une indemnisation financière", raconte Mary.
Oscar aux côtés d'autres Kényans portant l'uniforme russe
Crédit : Nicolas Burnens / RTL
Aujourd'hui, sa sœur explique ne pas avoir suffisamment d'argent pour rapatrier son corps. Mary a écrit à l'ambassade de Russie au Kenya, sans succès.
"J'ai l'impression qu'ils ont trahi l'humanité. La Russie prend nos frères, nos pères, pour mener leur guerre alors que cela ne les concerne pas. Pour eux, les Africains sont comme de la chair à canon. Oscar a laissé des enfants derrière lui. S'il vous plaît, rapatriez son corps ici chez lui pour l'enterrer dignement", appelle-t-elle.
Ils n'ont pas de nourriture. Ils doivent boire leur urine. Ils sont tellement maltraités.
Anne, la mère de Francis, un Kényan enrôlé de force par l'armée russe
Les Kényans qui ne sont pas tués sur le front subissent bien souvent de mauvais traitements. Des images diffusées sur les réseaux sociaux, montrent des soldats kényans, qui chantent, dans une forêt, transis de froid, obligés de traverser des champs, à découvert, jonchés de cadavres, sous le feu de drones ukrainiens. Dans une autre vidéo glaçante, tournée dans une cave, un homme en uniforme, effrayé, a une mine terrestre attachée à la poitrine. Il est insulté par un militaire russe.
Il s'appelle Francis, il a 35 ans. Ce diplômé en génie électrique a payé 620 dollars à un intermédiaire pour aller travailler en Russie. Au Kenya, il vivait avec sa mère Anne. "J'étais tellement choquée en voyant cette vidéo. Comment ont-ils pu l'emmener là-bas ? Mon fils n'est pas un militaire. Il n'a pas suivi d'entraînement. On leur confisque leur téléphone. Ils n'ont pas de nourriture. Ils doivent boire leur urine. Ils sont tellement maltraités. Francis est mon fils unique. Je ne sais pas s'il est vivant. J'aimerais tellement le revoir", explique Anne en retenant ses larmes.
Francis, un des jeunes Kényans enrôlés de force par l'armée russe
Crédit : Nicolas Burnens / RTL
Il y a quelques semaines, Francis a réussi à envoyer une vidéo à sa famille. Il apparaît amaigri, fatigué. Il met en garde ses compatriotes. "Les gens qui sont emmenés là-bas finissent par être enrôlés dans l'armée, même si vous n'avez pas d'expérience militaire. Vous êtes envoyés au front. C'est un massacre ici. Beaucoup d'amis sont morts juste pour de l'argent. Si on vous parle de la Russie, il faut y réfléchir à deux fois, où que vous soyez", indique-t-il.
Ces derniers mois, les autorités de Nairobi ont aidé une trentaine de jeunes Kényans à rentrer chez eux. Mais ils sont encore plusieurs centaines actuellement déployés sur le front. Le chef de la diplomatie kényane a annoncé cette semaine qu'il se rendrait à Moscou en mars pour échanger sur le sort de ses compatriotes dans le pays.
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