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La Corée du Nord peut-elle vraiment faire face au coronavirus ?

ÉCLAIRAGE - Le système de santé nord-coréen a été classé 193e sur 195 pays par une étude l'an dernier. En outre, aucun nord-coréen n'est vacciné contre le coronavirus.

Kim Jong Un, lors d'une réunion le 17 mai 2022
Kim Jong Un, lors d'une réunion le 17 mai 2022
Crédit : AFP PHOTO/KCNA VIA KNS
Thomas Pierre & AFP

De l'aveu même de Kim Jong-Un, l'épidémie de coronavirus provoque "de grands bouleversements" en Corée du Nord. Jusque-là officiellement épargné par la pandémie, le royaume ermite comptait mercredi 18 mai 1,7 million de cas de "fièvre" et 62 décès

Une situation très préoccupante pour le dirigeant nord-coréen qui a fustigé la négligence et la paresse des fonctionnaires du pays. Présidant une réunion du Parti communiste mardi, le leader a déclaré qu'il y avait "un manque de maturité dans la capacité de l'État à faire face à la crise" et a critiqué "l'attitude non positive, la mollesse et l'inactivité des hauts responsables de l'État", a rapporté l'agence officielle KCNA. 

Depuis que Pyongyang a annoncé son premier cas de Covid jeudi 12 mai, le dirigeant a pris personnellement en main la lutte contre l'épidémie. Kim Jong Un a ainsi ordonné des mesures de "confinement" à l'échelle nationale. Pas sur pour autant que cela suffise. Car, selon de nombreux experts, le régime pourrait bien se retrouver en difficulté dans cette crise sanitaire. Et ce à plusieurs titres. 

L'un des pires système de santé mondial

Le système de santé est officiellement l'un des pires au monde, classé 193e sur 195 pays, selon une enquête de l'université Johns Hopkins en 2021. Selon les autorités, les soins de santé sont gratuits pour tous, mais les ONG affirment que la population doit depuis longtemps payer les services médicaux essentiels, généralement en cigarettes ou en alcool.
 
Les familles des patients doivent acheter des médicaments au marché noir, et les médecins sont contraints de pratiquer des soins clandestins pour gagner leur vie. Il n'y aurait pas non plus d'hôpitaux équipés d'unités de soins intensifs dans les zones rurales ou les petites villes, selon un transfuge interrogé par l'AFP. 

Malnutrition et diabète

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On sait très peu de choses sur la santé de la population, mais l'Organisation mondiale de la santé a déclaré en 2018 que les maladies non transmissibles comme le diabète sont responsables de 84% des décès en Corée du Nord. Ahn Chan-il, un transfuge devenu chercheur, a déclaré que la mauvaise santé, en particulier la malnutrition généralisée, rendait la Corée du Nord particulièrement vulnérable au Covid-19. 

Les médias d'État ont déclaré l'année dernière que le pays était confronté à une "crise alimentaire", un expert des Nations unies ayant averti que les populations vulnérables risquaient de mourir de faim. "La plupart des Nord-Coréens souffrent de malnutrition chronique", a déclaré Lina Yoon, chercheuse pour Human Rights Watch. Après deux ans de blocus aux frontières, "il n'y a presque plus de médicaments", a-t-elle ajouté. 

Aucun Nord-Coréen vacciné

La Corée du Nord a fermé ses frontières il y a deux ans, interrompant les échanges commerciaux, suspendant les vols entrants et donnant l'ordre de tirer sur toute personne traversant illégalement la frontière depuis la Chine. Pyongyang affirme que ces mesures draconiennes ont permis de tenir le virus à distance, mais n'en a pas profité pour vacciner sa population. 

L'année dernière, le pays a rejeté une offre de trois millions de doses de vaccin chinois, suggérant qu'elles soient données aux "pays qui en ont le plus besoin". Il a également refusé le vaccin AstraZeneca proposé dans le cadre du programme Covax de l'OMS. Selon l'OMS, la Corée du Nord et l'Érythrée sont les seuls pays à ne pas avoir lancé de campagne de vaccination. Qui plus est, le régime n'a pas les capacités pour tester massivement sa population.

Pyongyang refuse l'aide internationale

Face à l'épidémie, la Chine, la Corée du Sud et l'OMS ont immédiatement offert leur soutien, le nouveau gouvernement de Séoul s'étant dit prêt à envoyer des vaccins. Mais le régime de Kim Jong Un, qui a procédé au tir d'essai de trois missiles balistiques interdits quelques heures après l'annonce des premiers cas de Covid, ne semble pas vouloir de l'aide internationale.

Pourtant, les experts estiment qu'ils n'auront peut-être bientôt plus le choix. En annonçant publiquement faire face à une épidémie massive dans des médias anglophones, le régime envoie un "message indirect selon lequel le Nord pourrait demander une aide en matière de vaccins aux États-Unis ou à des organisations internationales à l'avenir", a déclaré Yang Moo-jin, professeur à l'Université des études nord-coréennes. 

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