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"L'argent ne suffit pas pour tenir" : de Rome à Tirana, la colère gronde en Europe pour de meilleures conditions de vie

Grèce, Italie, Espagne, Portugal, Albanie…. À travers l'Europe, les manifestations se multiplient avec des revendications similaires. Le coût trop cher de la vie est dénoncé, tout comme la difficulté d'accès à un logement abordable mais aussi des conditions d'enseignement dégradées. Une colère qui fait écho à celle qui gronde en France.

Une manifestation pour le droit au logement et contre la vie chère à Lisbonne le 17 octobre 2026.

Crédit : Filipe AMORIM / AFP

Marine Langlois

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Les Français ne sont pas les seuls à protester contre le coût cher de la vie. Des manifestations ont lieu dans plusieurs pays d'Europe, parfois émaillées de dégradations, depuis plusieurs jours. Tous dénoncent des prix qui augmentent, un manque de visibilité pour leur avenir, un accès au logement de plus en plus compliqué. 

En Italie, 100.000 étudiants, travailleurs, chômeurs et retraités sont descendus dans les rues de Rome samedi 17 octobre pour protester contre la hausse du coût de la vie. Parmi les revendications : une hausse des salaires, un droit au logement pour tous, la rénovation des établissements scolaires mais aussi une lutte contre la précarité et moins de dépenses pour le secteur de la défense. "Dans les écoles, il y a beaucoup de problèmes et des équipements qui ne fonctionnent pas. L’argent doit donc aller aux écoles et à la santé plutôt que de le gaspiller dans les armes et la guerre", a dénoncé un enseignant au micro de RFI. 

Des manifestations ont également eu lieu dans plusieurs villes italiennes alors que dès le vendredi, des lycéens et professeurs s'étaient déjà mobilisés à l'instar de la jeunesse française. 

Une grève générale annoncée le 20 octobre en Italie

Des heurts ont été recensés entre les forces de l'ordre et les jeunes du côté de Milan : plusieurs magasins ont été dégradés et pillés dans le quartier central de la cathédrale ce week-end. La police a notamment utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser divers groupes sur la place de la cathédrale dimanche 18 octobre. D'après l'agence de presse Ansa, plus de 200 personnes ont été arrêtées depuis samedi. 

Le maire de Milan Giuseppe Sala (centre gauche) a déclaré avoir vu "des vitrines brisées, des magasins pillés et des citoyens effrayés". "Ce qui s'est passé ici, c'est ce que nous voyons dans de nombreuses villes dans le monde ", a-t-il assuré dimanche à l'agence de presse italienne Ansa. "Je suis très inquiet parce qu'il s'agit d'un nouveau phénomène, qui trouve aussi son origine dans un contexte international et se nourrit donc de lui-même". 

Une manifestation contre le coût cher de la vie à Milan le 17 octobre 2026.

Crédit : Piero CRUCIATTI / AFP

Une réunion de sécurité a été convoquée ce lundi par la Première ministre Giorgia Meloni. Cette dernière a qualifié samedi les vandales de "voyous qui exploitent les manifestations pour semer le chaos, attaquer ceux qui garantissent la sécurité et prendre des villes entières en otage". Le syndicat de la CGIL a de son côté appelé à une grève générale le 20 octobre. 

La crise du logement secoue le Portugal et l'Espagne

Plus au sud, au Portugal, c’est principalement pour dénoncer une crise du logement que des manifestants se sont réunis : à Lisbonne, Porto ou encore Coimbra. Loyers en hausse, prix de l’immobilier qui grimpe : en plus de s’indigner sur l’état des services publics et les bas salaires, les Portugais regrettent le manque d’accès à un logement abordable. 

Des manifestants ont même installé des tentes dans le centre de Lisbonne et Porto, et étaient toujours installés lundi matin malgré les avertissements des autorités. La nuit s’est déroulée dans le calme, d’après l’AFP. Les occupants appellent à se mobiliser à l’échelle de la péninsule ibérique, rejoignant un mouvement se préparant en Espagne, pour une grève générale le 11 novembre prochain. Chez le voisin espagnol, des manifestations pour le logement en sont à leur quatrième semaine et ont abouti à la convocation d'élections législatives anticipées pour le 29 novembre. 

La jeunesse dans la rue en Belgique et en Grèce

En Belgique, des centaines de personnes ont également manifesté à Bruxelles ou Liège samedi pour protester contre la vie chère : la police a fait usage de gaz lacrymogènes en fin d'après-midi pour disperser des individus lançant des projectiles. Plusieurs arrestations ont eu lieu en marge des manifestations. 

Le pays a été gagné par la contestation étudiante début octobre, les lycéens dénoncent notamment la hausse récente des frais d'inscription à l'université. La situation s'est tendue à Bruxelles depuis le 9 octobre, alors que lors d'une manifestation syndicale (30.000 personnes selon la police), des jeunes disent avoir été la cible de la répression policière. 

Les lycéens mobilisés à Liège (Belgique) le 6 octobre 2026.

Crédit : Nicolas TUCAT / AFP

La jeunesse était aussi dans la rue en Grèce le 13 octobre dernier, arborant parfois des slogans français, pour dénoncer la vie chère et les difficultés d'accès au logement. "Nous sommes confrontés à des dépenses élevées, l'argent ne suffit pas pour tenir jusqu'à la fin du mois, la plupart d'entre nous travaillent juste pour joindre les deux bouts, nous ne pouvons pas payer nos loyers, et les frais liés à l'éducation sont exorbitants : fournitures, nourriture, transports. La situation est devenue ingérable et ne peut pas durer", a dénoncé auprès de Reuters, Eleftheria Giannoula, 21 ans, présidente de l’Union des étudiants de l’Université agricole d’Athènes.

Une semaine de mobilisation en Albanie

Les Albaniens sont de leur côté mobilisés depuis une semaine avec, entre autres, une demande bien précise : la démission du Premier ministre Edi Rama. Les étudiants dénoncent notamment la dégradation des conditions d'enseignement, le coût des études mais aussi la corruption, sur fond de défiance envers les institutions. L'écrivaine et militante Lura Elezi a dit à l'AFP qu'elle manifestait pour "une vie meilleure, l'État de droit et contre la criminalité et la corruption", ajoutant : "J'aime mon pays mais mon gouvernement ne nous respecte pas - il nous défie. Chaque citoyen doit assumer la responsabilité de son pays, en prenant sur lui le devoir de diriger, d'aimer et de ne pas détruire sa propre nation"."

Des dégradations ont notamment lieu dans la capitale, Tirana, depuis plusieurs jours : vitres brisées, poubelles incendiées, siège du Parti socialiste attaqué, commissariat incendié et affrontements avec les forces de l'ordre. Dimanche 18 octobre, la police est intervenue pour repousser la foule à l'aide de canons à eau et de gaz lacrymogène puis avec des balles en caoutchouc (qui n'avaient pas été utilisées avant samedi) alors que les affrontements se sont éparpillés dans le centre-ville. Environ 300 personnes ont été blessées depuis le début du mouvement mardi. 

Un manifestant à Tirana (Albanie) le 17 octobre 2026, lors d'une mobilisation contre le gouvernement.

Crédit : Adnan Beci / AFP

Le Premier ministre Edi Rama refuse de son côté de démissionner, assurant que les manifestations sont "l'œuvre d'une main extérieure". "Les manifestations sont un droit, tandis que la violence est un crime. Cette ligne rouge doit être clairement tracée à ce stade critique de notre développement démocratique", a-t-il dénoncé dans un message Facebook lundi, se disant néanmoins prêt au "dialogue avec tout le monde, sauf avec ceux qui recourent à la violence et les partis politiques qui refusent de s'en démarquer". 

Ces manifestations arrivent alors que la "révolution des flamants rose" agite l'Albanie depuis plusieurs mois, dénonçant un projet de construction d'une station balnéaire, mené par la fille et le gendre de Donald Trump, sur une réserve protégée. 

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